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Sortir du nucléaire n°83

Automne 2019

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Automne 2019




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Lors du congrès triennal du Réseau “Sortir du nucléaire“ s’est tenue une table-ronde sur le thème : Quelles synergies entre mouvements sociaux et associations ? Comment agir en RéseauX ? À la tribune, des représentants de divers mouvements sociaux. L’occasion pour chacun de raconter les succès et les échecs et d’imaginer comment lutter ensemble.



Cheminots et travailleurs, des alliés pour les antinucléaires

Dans le combat anti-nucléaire, deux catégories sont en prise directe avec cette industrie : les travailleurs et les cheminots.

Pour le représentant du syndicat Sud-Rail, l’enjeu est de faire comprendre les risques encourus par les cheminots qui conduisent exclusivement, pour certains, des trains de matières radioactives. Bien qu’il soit très difficile de mener des études épidémiologiques, de nombreux cancers de la tyroïde sont constatés chez les cheminots concernés. Il suggère donc de relancer les vigies et les actions sur les trains. En 1995, suite à des mobilisations conjointes, un moratoire d’un an sur les transports nucléaires a été voté et toute l’industrie s’est retrouvée paralysée.

Pour le représentant de France Nature Environnement (FNE), c’est avec les travailleurs du nucléaire qu’il faut agir. Il suggère de se rassembler sur la question de la sûreté et celle de la santé. Il cite alors l’exemple du travail entre FNE, Ma zone contrôlée et la CFDT à Chooz ou la CGT à Tricastin où la question n’est pas pour ou contre le nucléaire, mais pour les conditions de travail et la santé des travailleurs, ou encore à Chinon où les syndicats ont voté avec les écolos contre l’employeur EDF !

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Concordance des luttes pour la terre et contre le nucléaire

Le représentant de la Confédération paysanne pense que le combat des agriculteurs pour le maintien du foncier et celui de collectifs antinucléaires peuvent se rejoindre. Le combat conjoint à Saint-Laurent-des-Eaux, par exemple, a permis que la Safer [1], mandatée par EDF pour négocier les achats de terres, se rende compte que l’extension du site allait poser des problèmes pour les agriculteurs. Les manifestations et leur médiatisation ont eu raison du projet. De l’importance de mutualiser les moyens et les informations.

Les bois, les forêts... des histoires de défense de territoires et de répression

La forêt de Romainville est une forêt naturelle nichée au cœur de l’un des départements les moins végétalisé de France. L’ouverture prochaine de stations de métro, le rasage d’un quartier populaire et celui d’une partie de la forêt pour implanter une base de loisir a mis la population très en colère. Le projet date de plus de 15 ans, les préoccupations de la population ont changé : il faut préserver les espaces arborés... tous les arguments sont là pour faire reculer le projet.

Une pétition, lancée par des associations locales et des collectifs rassemble 31 000 signatures. Des ballades exploratoires et une chaîne humaine sont organisées. Mais les choses s’accélèrent, les engins et les forces de l’ordre arrivent... Le chantier sera bloqué par les militant.es pendant 3 mois, jusqu’à leur évacuation, leur procès puis leur relaxe. Tous les leviers ont été activés et toute la palette d’actions a été expérimentée. Malgré cela, 8 hectares de forêt ont été rasés.

Comment ne pas voir dans cette lutte des similitudes avec celle menée à Bure ? En 2015, 1 500 personnes viennent à Bure pendant 10 jours pour dire non au projet Cigéo. Comme à Romainville, les autorités vont vite pour que les militants n’aient plus rien à défendre. Et comme à Romainville, les militants ne réfléchissent plus en terme tactique mais quelque chose de très viscéral les anime... ils s’interposent pour qu’un arbre ne soit pas détruit. Pour poursuivre la lutte à Bure par la suite, il a fallu faire le choix d’habiter là. Le nucléaire avait tout préempté, les habitants étaient écrasés par cette industrie. C’est un paradoxe dans ces luttes : l’urgence est permanente, pourtant, il faut penser une construction lente car pour que les gens rejoignent ces combats, il faut tout d’abord les rejoindre.

Des inspirations altermondialistes pour nos luttes locales

Joël, militant à Bure, témoigne de son engagement qui a débuté dans les cercles altermondialistes des années 90 et 2000 où pour préparer un événement, anarchistes, chrétiens et communistes se retrouvaient autour de la table en synergie. Cette recherche de complémentarité des luttes et des pratiques, fait la force de ces mouvements. Notre-Dame-des-Landes a pu accueillir autant de personnes grâce à la mise en place d’outils de la lutte internationale comme l’auto-média, l’autogestion, le fonctionnement collectif, l’horizontalité...

Les débats violence/non-violence, organisé/non-organisé, collectifs/associations, militants radicaux/associations citoyennes sont un défi quotidien. Il faut trouver l’articulation intelligente dans tout ça. Lorsque l’on trouve la passerelle, on devient efficace.

Une question de bienveillance ?

Pour Guy, à l’origine avec d’autres de la mobilisation des gilets jaunes de Commercy, c’est la confiance, l’écoute de l’autre et la bienveillance qui fait le succès de cette mobilisation. Sans cela, elle ne prendra pas. Et de constater que malgré les prises de becs internes, ce qui unit les gilets jaunes est plus fort. “Heureusement qu’on ne savait pas que c’était impossible, autrement on ne l’aurait jamais fait.“

Aujourd’hui militer, s’engager, c’est prendre de vrais risques... mais c’est aussi, et surtout, se connecter à la terre et aux autres pour faire avancer l’histoire.

Anne-Lise Devaux

Ce papier n’est pas un compte-rendu exhaustif de ce qui a été partagé lors de cette table ronde. Vous pouvez retrouver l’intégralité de la table-ronde à l’adresse suivante : https://frama.link/ConfRes19

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Notes

[1Safer : Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural missionnées par EDF pour négocier l’achat des terres agricoles

Cheminots et travailleurs, des alliés pour les antinucléaires

Dans le combat anti-nucléaire, deux catégories sont en prise directe avec cette industrie : les travailleurs et les cheminots.

Pour le représentant du syndicat Sud-Rail, l’enjeu est de faire comprendre les risques encourus par les cheminots qui conduisent exclusivement, pour certains, des trains de matières radioactives. Bien qu’il soit très difficile de mener des études épidémiologiques, de nombreux cancers de la tyroïde sont constatés chez les cheminots concernés. Il suggère donc de relancer les vigies et les actions sur les trains. En 1995, suite à des mobilisations conjointes, un moratoire d’un an sur les transports nucléaires a été voté et toute l’industrie s’est retrouvée paralysée.

Pour le représentant de France Nature Environnement (FNE), c’est avec les travailleurs du nucléaire qu’il faut agir. Il suggère de se rassembler sur la question de la sûreté et celle de la santé. Il cite alors l’exemple du travail entre FNE, Ma zone contrôlée et la CFDT à Chooz ou la CGT à Tricastin où la question n’est pas pour ou contre le nucléaire, mais pour les conditions de travail et la santé des travailleurs, ou encore à Chinon où les syndicats ont voté avec les écolos contre l’employeur EDF !

© AdobeStock

Concordance des luttes pour la terre et contre le nucléaire

Le représentant de la Confédération paysanne pense que le combat des agriculteurs pour le maintien du foncier et celui de collectifs antinucléaires peuvent se rejoindre. Le combat conjoint à Saint-Laurent-des-Eaux, par exemple, a permis que la Safer [1], mandatée par EDF pour négocier les achats de terres, se rende compte que l’extension du site allait poser des problèmes pour les agriculteurs. Les manifestations et leur médiatisation ont eu raison du projet. De l’importance de mutualiser les moyens et les informations.

Les bois, les forêts... des histoires de défense de territoires et de répression

La forêt de Romainville est une forêt naturelle nichée au cœur de l’un des départements les moins végétalisé de France. L’ouverture prochaine de stations de métro, le rasage d’un quartier populaire et celui d’une partie de la forêt pour implanter une base de loisir a mis la population très en colère. Le projet date de plus de 15 ans, les préoccupations de la population ont changé : il faut préserver les espaces arborés... tous les arguments sont là pour faire reculer le projet.

Une pétition, lancée par des associations locales et des collectifs rassemble 31 000 signatures. Des ballades exploratoires et une chaîne humaine sont organisées. Mais les choses s’accélèrent, les engins et les forces de l’ordre arrivent... Le chantier sera bloqué par les militant.es pendant 3 mois, jusqu’à leur évacuation, leur procès puis leur relaxe. Tous les leviers ont été activés et toute la palette d’actions a été expérimentée. Malgré cela, 8 hectares de forêt ont été rasés.

Comment ne pas voir dans cette lutte des similitudes avec celle menée à Bure ? En 2015, 1 500 personnes viennent à Bure pendant 10 jours pour dire non au projet Cigéo. Comme à Romainville, les autorités vont vite pour que les militants n’aient plus rien à défendre. Et comme à Romainville, les militants ne réfléchissent plus en terme tactique mais quelque chose de très viscéral les anime... ils s’interposent pour qu’un arbre ne soit pas détruit. Pour poursuivre la lutte à Bure par la suite, il a fallu faire le choix d’habiter là. Le nucléaire avait tout préempté, les habitants étaient écrasés par cette industrie. C’est un paradoxe dans ces luttes : l’urgence est permanente, pourtant, il faut penser une construction lente car pour que les gens rejoignent ces combats, il faut tout d’abord les rejoindre.

Des inspirations altermondialistes pour nos luttes locales

Joël, militant à Bure, témoigne de son engagement qui a débuté dans les cercles altermondialistes des années 90 et 2000 où pour préparer un événement, anarchistes, chrétiens et communistes se retrouvaient autour de la table en synergie. Cette recherche de complémentarité des luttes et des pratiques, fait la force de ces mouvements. Notre-Dame-des-Landes a pu accueillir autant de personnes grâce à la mise en place d’outils de la lutte internationale comme l’auto-média, l’autogestion, le fonctionnement collectif, l’horizontalité...

Les débats violence/non-violence, organisé/non-organisé, collectifs/associations, militants radicaux/associations citoyennes sont un défi quotidien. Il faut trouver l’articulation intelligente dans tout ça. Lorsque l’on trouve la passerelle, on devient efficace.

Une question de bienveillance ?

Pour Guy, à l’origine avec d’autres de la mobilisation des gilets jaunes de Commercy, c’est la confiance, l’écoute de l’autre et la bienveillance qui fait le succès de cette mobilisation. Sans cela, elle ne prendra pas. Et de constater que malgré les prises de becs internes, ce qui unit les gilets jaunes est plus fort. “Heureusement qu’on ne savait pas que c’était impossible, autrement on ne l’aurait jamais fait.“

Aujourd’hui militer, s’engager, c’est prendre de vrais risques... mais c’est aussi, et surtout, se connecter à la terre et aux autres pour faire avancer l’histoire.

Anne-Lise Devaux

Ce papier n’est pas un compte-rendu exhaustif de ce qui a été partagé lors de cette table ronde. Vous pouvez retrouver l’intégralité de la table-ronde à l’adresse suivante : https://frama.link/ConfRes19

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