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Sortir du nucléaire n°106



Été 2025
Crédit photo : © ATD Quart Monde

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"Coup de chaud sur les inégalités" : un jeu pour s’attaquer aux inégalités climatiques

Créé en 2022 par des membres du mouvement ATD Quart Monde, le jeu « Coup de chaud sur les inégalités » met en lumière les dimensions sociales des enjeux climatiques et environnementaux, grâce au partage d’expériences qui font évoluer les mentalités autour de la précarité.

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« Dans notre petite bulle boulot-dodo on est coupé de la précarité », témoignait en 2023 une salariée de l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Elle venait de participer à un atelier autour du jeu « Coup de chaud sur les inégalités », avec d’autres professionnels de l’Ademe et des militants ATD Quart Monde, vivant ou ayant vécu la pauvreté. En effet, le jeu est animé à la fois au sein des groupes locaux d’ATD, mais aussi à l’extérieur, comme récemment à la DREAL Centre-Val de Loire, la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement.

Ce jeu est né d’un constat : dans les ateliers pédagogiques autour du changement climatique, la question des inégalités de vulnérabilité et de responsabilité est souvent un point aveugle. Thomas Thery-Dupressoir, un des auteurs du jeu, s’en rappelle : « J’avais une frustration par rapport à un atelier qui était très scientifique, qui abordait très peu les responsabilités qui sont quand même différenciées en fonction des modes de vie ».
Le jeu a donc été conçu comme un outil pour mettre en lumière les inégalités climatiques et montrer que les personnes les plus précaires sont à la fois les moins responsables et les plus touchées par les effets du changement climatique. Parmi ces derniers, les canicules sont au cœur du jeu. « On sortait des canicules de 2019 et du confinement en 2020. On s’est rendu compte que ça avait marqué les gens de se retrouver l’été dans un petit appartement », explique Thomas.

« Coup de chaud sur les inégalités » commence ainsi par un partage d’expériences autour des canicules. L’objectif est de réunir des personnes avec des vécus différents. Ensuite, à l’aide de cinq personnages représentés sur des cartes et délibérément caricaturaux, qui vont d’une personne sans abri à un cadre dans une grande entreprise, les participants s’interrogent sur leurs différents niveaux de vulnérabilité face aux canicules, ainsi que sur les moyens dont chacun dispose pour y faire face. Assez rapidement, le débat peut faire émerger quelques idées reçues. « J’ai été marqué par le partage d’expérience d’une personne qui avait connu la rue. Elle a expliqué que pendant les canicules il n’y avait pas les réseaux de solidarité et qu’on lui avait refusé plusieurs fois de l’eau potable. J’ai eu le sentiment qu’il y avait une prise de conscience autour de la précarité », témoigne Thomas concernant l’atelier avec l’Ademe.
Le jeu se poursuit sur les différents niveaux d’émissions de gaz à effet de serre, correspondant à chaque personnage selon ses modes de vie : logement, transports, alimentation, loisirs… Une manière de montrer la responsabilité négligeable des personnes les plus pauvres : « En parlant de bilan carbone, on explique qu’en France les 50 % les plus pauvres sont déjà alignés sur les objectifs de 2030 de l’Accord de Paris », précise Thomas.

Enfin, des solutions au niveau local sont proposées par les participants. L’idée étant de s’interroger sur les solutions qui permettent aussi de réduire les inégalités sociales. Le jeu peut alors permettre de créer des liens entre personnes aux vécus différents et, possiblement, comme le dit Thomas : « une dynamique qui ne s’arrête pas juste à l’atelier, pour réfléchir à des solutions qui soient meilleures aussi d’un point de vue social ».



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