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Sortir du nucléaire n°84

Hiver 2020

S’ouvrir : lobby

Nuclear Pride : association philanthropique ?

Hiver 2020




Confronté au déclin du nucléaire, le lobby atomique a trouvé un nouveau mode d’action pour sa stratégie d’influence : créer des ONG.



Ce dimanche 20 octobre, près du Forum des Halles, un curieux spectacle s’offre aux badauds parisiens. Au milieu de barnums ornés de banderoles fleuries à la gloire de l’atome, des ours polaires gonflables patrouillent, portant l’énigmatique inscription “Split, don’t emit“  [1]. Bienvenue à la “Nuclear Pride“, un événement “populaire et festif“ organisé par l’association “Voix du nucléaire“. Sa présidente, Myrto Tripathi, ancienne cadre d’Areva, saisit le micro : “Certains se demandent qui nous sommes… Nous sommes des humanistes, des environnementalistes qui voulons plus d’énergie pour plus de justice sociale et plus d’environnement (sic !)… Nous voulons le beurre et l’argent du beurre, le pain et les roses, nous voulons de la joie, de l’amour, de la gaîté !“. Et un petit groupe de membres d’entamer un hymne : “Power to the people, the atom makes us strong !“.

Officiellement, Voix du Nucléaire a été créée par et pour des travailleurs fiers de leur filière. Les réactions réservées du personnel EDF au tour de France d’un de ses membres venu visiter différents sites nucléaires pour les inviter à la Nuclear Pride  [2] laissent cependant douter que cette initiative émane de la base. On notera que l’association est domiciliée au même endroit qu’une société de “Conseil en stratégie, développement, innovation et communication dans les domaines de l’énergie, du climat et de l’environnement“ également présidée par Myrto Tripathi.

Voix du Nucléaire semble constituer la déclinaison française d’un mouvement plus large, relié à l’ONG américaine Environmental Progress. Se présentant comme une association philanthropique désireuse de promouvoir une énergie propre pour le monde entier, celle-ci est en réalité dédiée à la communication d’influence en faveur du nucléaire. Dans ce cadre, elle organise notamment des événements internationaux de promotion, telle la journée “Stand Up For Nuclear“ dans laquelle s’inscrivait la manifestation parisienne. Visuels “cools“, photos de jeunes souriants et discours à la Calimero : sur le site de Stand Up for Nuclear, tout est bon pour renvoyer l’image d’une industrie glamour et injustement mal-aimée. “Seul le nucléaire peut sortir tous les humains de la pauvreté tout en protégeant l’environnement. Malgré cela, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, le nucléaire subit les attaques de militants antinucléaires financés par les industries du gaz naturel et des énergies renouvelables.“

Tout comme Environmental Progress, Voix du Nucléaire met en avant des figures issues du monde scientifique qui promeuvent publiquement le nucléaire  [3], “incontournable dans la lutte contre le changement climatique“, pour des raisons “environnementales“. Toujours pour des raisons “environnementales“, ces mêmes scientifiques, sur les réseaux sociaux, prennent régulièrement (et avec virulence) la défense du glyphosate, des OGMs… “En toute indépendance“ ? En tout cas, avec une foi absolue dans les industries...

Charlotte Mijeon


Notes

[1Traduction : “De la fission, pas d’émissions !“

[2Un moment de lyrisme à retrouver sur https://www.voix-du-nucleaire.org/tour-de-france-du-nucleaire/

[3Tel François-Marie Bréon, chercheur au Laboratoire des Sciences de l’Énergie et du Climat du CEA, qui siège à son conseil d’administration.

Ce dimanche 20 octobre, près du Forum des Halles, un curieux spectacle s’offre aux badauds parisiens. Au milieu de barnums ornés de banderoles fleuries à la gloire de l’atome, des ours polaires gonflables patrouillent, portant l’énigmatique inscription “Split, don’t emit“  [1]. Bienvenue à la “Nuclear Pride“, un événement “populaire et festif“ organisé par l’association “Voix du nucléaire“. Sa présidente, Myrto Tripathi, ancienne cadre d’Areva, saisit le micro : “Certains se demandent qui nous sommes… Nous sommes des humanistes, des environnementalistes qui voulons plus d’énergie pour plus de justice sociale et plus d’environnement (sic !)… Nous voulons le beurre et l’argent du beurre, le pain et les roses, nous voulons de la joie, de l’amour, de la gaîté !“. Et un petit groupe de membres d’entamer un hymne : “Power to the people, the atom makes us strong !“.

Officiellement, Voix du Nucléaire a été créée par et pour des travailleurs fiers de leur filière. Les réactions réservées du personnel EDF au tour de France d’un de ses membres venu visiter différents sites nucléaires pour les inviter à la Nuclear Pride  [2] laissent cependant douter que cette initiative émane de la base. On notera que l’association est domiciliée au même endroit qu’une société de “Conseil en stratégie, développement, innovation et communication dans les domaines de l’énergie, du climat et de l’environnement“ également présidée par Myrto Tripathi.

Voix du Nucléaire semble constituer la déclinaison française d’un mouvement plus large, relié à l’ONG américaine Environmental Progress. Se présentant comme une association philanthropique désireuse de promouvoir une énergie propre pour le monde entier, celle-ci est en réalité dédiée à la communication d’influence en faveur du nucléaire. Dans ce cadre, elle organise notamment des événements internationaux de promotion, telle la journée “Stand Up For Nuclear“ dans laquelle s’inscrivait la manifestation parisienne. Visuels “cools“, photos de jeunes souriants et discours à la Calimero : sur le site de Stand Up for Nuclear, tout est bon pour renvoyer l’image d’une industrie glamour et injustement mal-aimée. “Seul le nucléaire peut sortir tous les humains de la pauvreté tout en protégeant l’environnement. Malgré cela, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, le nucléaire subit les attaques de militants antinucléaires financés par les industries du gaz naturel et des énergies renouvelables.“

Tout comme Environmental Progress, Voix du Nucléaire met en avant des figures issues du monde scientifique qui promeuvent publiquement le nucléaire  [3], “incontournable dans la lutte contre le changement climatique“, pour des raisons “environnementales“. Toujours pour des raisons “environnementales“, ces mêmes scientifiques, sur les réseaux sociaux, prennent régulièrement (et avec virulence) la défense du glyphosate, des OGMs… “En toute indépendance“ ? En tout cas, avec une foi absolue dans les industries...

Charlotte Mijeon