Depuis plus d’un an, le gouvernement entretient le flou sur la construction de nouveaux réacteurs, demandant à EDF de se mettre en ordre de marche pour prouver, d’ici mi-2021, sa capacité à construire 6 nouveaux réacteurs, tout en répétant qu’une décision ne sera pas prise avant 2022, comme l’a récemment répété Barbara Pompili [1].
Mais EDF, elle, semble considérer que la décision est déjà actée. Après avoir quasiment déjà déterminé les sites choisis (Penly, et semble-t-il aussi Gravelines et Tricastin/Bugey), EDF déclare maintenant avoir demandé à Framatome de "lancer la production de certaines pièces forgées" destinées à la construction de six nouveaux EPR. 600 pièces métalliques pourraient être fabriquées à l’usine du Creusot, où perdurent certaines mauvaises pratiques [2].
Nous dénonçons fermement ce coup de poker visant à présenter la construction de ces réacteurs comme inéluctable, au mépris de l’avis de la population, majoritairement opposée à la construction de nouveaux réacteurs. Alors que de nouveaux travaux, dont un scénario officiel (AIE et RTE), viennent de démontrer la faisabilité du 100% renouvelable [3], EDF continue de procéder, avec la complaisance du gouvernement, comme si le renouvellement du parc était une fatalité incontournable. La décision sur nos choix énergétiques devrait appartenir aux citoyen·es, et non relever de ce fait accompli.
Cette fuite en avant d’EDF n’est pas seulement profondément antidémocratique, elle est aussi absurde. Enfoncer la France pour de nouvelles décennies dans l’impasse nucléaire avec la construction de 6 réacteurs représenterait un gouffre économique et un non-sens écologique. Alors que l’urgence climatique exige que nous réduisions rapidement nos émissions, la France ne peut pas se permettre de gaspiller des dizaines de milliards d’euros dans des réacteurs qui, au vu de l’état de la filière nucléaire française, connaîtraient à coup sûr retards, surcoûts et malfaçons. La question de la vulnérabilité de ces installations au changement climatique doit également être posée, certains sites pressentis étant construits sur des polders [4] qui pourraient être submergés et le débit des fleuves étant appelés à se réduire.
Nous appelons à résister à ces nouveaux projets inutiles et imposés. Ce dont la France a besoin, c’est d’évoluer vers un système énergétique sobre, renouvelable, décentralisé, résilient et donc sans nucléaire, et non de faire payer aux générations futures les dangereux caprices d’une industrie dépassée. Plus l’on tarde à engager cette mutation, plus les conséquences seront lourdes.
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