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Sortir du nucléaire n°85

printemps 2020

Dossier : Et l’humain dans tout ça ?

L’intersectionnalité des luttes et l’ouverture de la lutte antinucléaire

printemps 2020




Les questions sociales et environnementales sont désormais incontournables. L’année 2019 a vu se succéder les mobilisations, des Gilets jaunes aux Marches climat jusqu’à la grève contre la réforme des retraites, avec bien souvent, les mêmes personnes dans les rues. Où se trouve la lutte antinucléaire dans cette cartographie des contestations ? Que partage-t-elle d’éthique et de pratiques avec ces combats ? Quel rôle peut-elle jouer ?



À l’heure où les protestations sont croissantes, il semble important de s’assurer que la pensée contre l’atome soit incluse dans toutes les batailles contre l’ensemble du système capitaliste. Qu’il devienne évident que le nucléaire ne sauvera pas le climat. Que le nucléaire est antidémocratique. Que la lutte trouve sa place dans les collectifs contre les violences policières. Que la lutte se positionne contre le système patriarcal et colonial. Chacun et chacune d’entre nous est à l’intersection de plusieurs luttes. Il y a trop de luttes pour s’intéresser à toutes ; chacune permet de s’attaquer par un bout au fonctionnement absurde et insoutenable de la société dans laquelle nous vivons. Nous faisons donc des choix, par exemple celui de nous impliquer dans un combat spécifique plutôt qu’un autre, pas forcément parce qu’un problème est plus important mais parce qu’il nous affecte plus. Il semble ainsi indispensable que les informations circulent entre les collectifs en lutte, que les cloisons s’effacent et qu’il y ait une mutualisation des outils et des réflexions.

La co-signature de communiqué de presse peut être un des outils. Celle-ci permet de se rencontrer autour d’une revendication et d’afficher publiquement les liens entre différents collectifs. On a ainsi pu voir le Réseau ”Sortir du nucléaire” co-signer des appels contre les violences policières avec le collectif Vérité justice pour Adama, ce qui semble une bonne perspective. La répression des manifestations, de Gilets jaunes notamment, mais aussi des militant·e·s pour les causes environnementales, a en effet donné une forte visibilité à la question des violences policières. Or, ce que les manifestant·e·s ont subi (et médiatisé) s’apparente à ce qui se passait depuis longtemps dans les quartiers où s’expérimente la violence d’État. Reconnaître ces liens, cela permet de lutter ensemble et de créer de la solidarité entre des mondes qui se croisent trop peu.

L’organisation d’événements multi-thématiques crée également d’excellents ponts comme ont pu l’expérimenter les Bombes atomiques, collectif féministe et antinucléaire. Les événements des Bombes atomiques ont été l’occasion de faire venir à Bure des personnes qui ne s’intéressent pas de prime abord à l’antinucléaire. Les trois quarts des participant·e·s du week-end de septembre 2019 (500 personnes) et de la semaine de février 2020 (150 personnes) n’avaient jamais mis les pieds sur ce territoire. Elles sont venues parce que le combat féministe les porte et parce qu’elles se sentent concernées par l’écologie. Par ailleurs, pour certaines, le contexte de la non-mixité était indispensable pour se sentir à l’aise dans une lutte aussi dure et réprimée que la lutte contre la poubelle Cigéo. Le climat de bienveillance et d’écoute a permis d’ouvrir les discussions à tou·te·s, spécialistes ou non de la question antinucléaire, des questions féministes et éco-féministes. Cela a également été l’occasion de se plonger dans une histoire qui a ressurgi grâce à la ferveur féministe du moment et face à la destruction actuelle du vivant avec la réédition de livres sur l’histoire des luttes de femmes contre les missiles nucléaires et sur l’histoire des femmes en lutte contre la centrale de Plogoff, notamment. Mettre en lien la question du pouvoir patriarcal sur les existences de meufs [1] et la question du pouvoir industriel et nucléaire sur nos vies et sur les territoires qui nous entourent n’est pas incongru. Dans les deux cas, il s’agit de dépossession. De même, en tant que meufs, il y a une nécessité à reprendre prise sur sa vie, ses choix, et d’avoir une place dans les luttes.

L’intersectionnalité des luttes est une manière de prendre en compte toutes les oppressions systémiques, de dire qu’elles sont interdépendantes et d’affirmer qu’on ne peut pas lutter contre le nucléaire sans lutter :

  • Contre le système colonial qui le permet (extraction d’uranium au Niger – Cf. article p.18) ;
  • Contre le système patriarcal viriliste et guerrier qui a besoin d’affirmer sa puissance par une force de frappe (Cf. article p.31) ;
  • Contre les méthodes répressives d’un État autoritaire qui soit dit en passant met aussi en prison les militants écologistes (Cf. articles p. 20 et p. 22) ;
  • Contre l’accaparement des terres et pour une agriculture paysanne...

La lutte antinucléaire existe depuis 70 ans ; elle est pourtant encore d’actualité. Elle a pris des formes différentes et a été traversée de pratiques diverses. Elle a vécu des victoires et des défaites. Un héritage est à construire et des liens doivent être établis entre les générations de militant·e·s. Pour ce faire, des échanges doivent exister et les militant·e·s antinucléaires ont un rôle important à y assumer.

Il semble ainsi essentiel d’entretenir les liens entre tous les collectifs, générations et organisations qui luttent contre le nucléaire et son monde.

Clara Simon


Notes

[1Ici le terme “meuf“ inclut les personnes non-binaires, les femmes et hommes trans, les femmes.

À l’heure où les protestations sont croissantes, il semble important de s’assurer que la pensée contre l’atome soit incluse dans toutes les batailles contre l’ensemble du système capitaliste. Qu’il devienne évident que le nucléaire ne sauvera pas le climat. Que le nucléaire est antidémocratique. Que la lutte trouve sa place dans les collectifs contre les violences policières. Que la lutte se positionne contre le système patriarcal et colonial. Chacun et chacune d’entre nous est à l’intersection de plusieurs luttes. Il y a trop de luttes pour s’intéresser à toutes ; chacune permet de s’attaquer par un bout au fonctionnement absurde et insoutenable de la société dans laquelle nous vivons. Nous faisons donc des choix, par exemple celui de nous impliquer dans un combat spécifique plutôt qu’un autre, pas forcément parce qu’un problème est plus important mais parce qu’il nous affecte plus. Il semble ainsi indispensable que les informations circulent entre les collectifs en lutte, que les cloisons s’effacent et qu’il y ait une mutualisation des outils et des réflexions.

La co-signature de communiqué de presse peut être un des outils. Celle-ci permet de se rencontrer autour d’une revendication et d’afficher publiquement les liens entre différents collectifs. On a ainsi pu voir le Réseau ”Sortir du nucléaire” co-signer des appels contre les violences policières avec le collectif Vérité justice pour Adama, ce qui semble une bonne perspective. La répression des manifestations, de Gilets jaunes notamment, mais aussi des militant·e·s pour les causes environnementales, a en effet donné une forte visibilité à la question des violences policières. Or, ce que les manifestant·e·s ont subi (et médiatisé) s’apparente à ce qui se passait depuis longtemps dans les quartiers où s’expérimente la violence d’État. Reconnaître ces liens, cela permet de lutter ensemble et de créer de la solidarité entre des mondes qui se croisent trop peu.

L’organisation d’événements multi-thématiques crée également d’excellents ponts comme ont pu l’expérimenter les Bombes atomiques, collectif féministe et antinucléaire. Les événements des Bombes atomiques ont été l’occasion de faire venir à Bure des personnes qui ne s’intéressent pas de prime abord à l’antinucléaire. Les trois quarts des participant·e·s du week-end de septembre 2019 (500 personnes) et de la semaine de février 2020 (150 personnes) n’avaient jamais mis les pieds sur ce territoire. Elles sont venues parce que le combat féministe les porte et parce qu’elles se sentent concernées par l’écologie. Par ailleurs, pour certaines, le contexte de la non-mixité était indispensable pour se sentir à l’aise dans une lutte aussi dure et réprimée que la lutte contre la poubelle Cigéo. Le climat de bienveillance et d’écoute a permis d’ouvrir les discussions à tou·te·s, spécialistes ou non de la question antinucléaire, des questions féministes et éco-féministes. Cela a également été l’occasion de se plonger dans une histoire qui a ressurgi grâce à la ferveur féministe du moment et face à la destruction actuelle du vivant avec la réédition de livres sur l’histoire des luttes de femmes contre les missiles nucléaires et sur l’histoire des femmes en lutte contre la centrale de Plogoff, notamment. Mettre en lien la question du pouvoir patriarcal sur les existences de meufs [1] et la question du pouvoir industriel et nucléaire sur nos vies et sur les territoires qui nous entourent n’est pas incongru. Dans les deux cas, il s’agit de dépossession. De même, en tant que meufs, il y a une nécessité à reprendre prise sur sa vie, ses choix, et d’avoir une place dans les luttes.

L’intersectionnalité des luttes est une manière de prendre en compte toutes les oppressions systémiques, de dire qu’elles sont interdépendantes et d’affirmer qu’on ne peut pas lutter contre le nucléaire sans lutter :

  • Contre le système colonial qui le permet (extraction d’uranium au Niger – Cf. article p.18) ;
  • Contre le système patriarcal viriliste et guerrier qui a besoin d’affirmer sa puissance par une force de frappe (Cf. article p.31) ;
  • Contre les méthodes répressives d’un État autoritaire qui soit dit en passant met aussi en prison les militants écologistes (Cf. articles p. 20 et p. 22) ;
  • Contre l’accaparement des terres et pour une agriculture paysanne...

La lutte antinucléaire existe depuis 70 ans ; elle est pourtant encore d’actualité. Elle a pris des formes différentes et a été traversée de pratiques diverses. Elle a vécu des victoires et des défaites. Un héritage est à construire et des liens doivent être établis entre les générations de militant·e·s. Pour ce faire, des échanges doivent exister et les militant·e·s antinucléaires ont un rôle important à y assumer.

Il semble ainsi essentiel d’entretenir les liens entre tous les collectifs, générations et organisations qui luttent contre le nucléaire et son monde.

Clara Simon



Thèmes
Luttes et actions Organisations antinucléaires françaises