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L’HÉCATOMBE INVISIBLE : CE QUE L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE CACHE SOUS LA SURFACE.

Crédit photo : Réseau "Sortir du nucléaire"

L’hécatombe invisible : synthèse du rapport [FR/EN]

En croisant des recherches internationales et 38 documents internes transmis par EDF sous la pression du droit à l’information, nous avons levé le voile sur un massacre invisible : l’impact du nucléaire sur la biodiversité aquatique. Pas le temps de lire l’intégralité de notre rapport ? Découvrez sa synthèse !

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Chaque minute, pour son refroidissement, une centrale nucléaire à circuit ouvert pompe l’équivalent d’une piscine olympique d’eau. Les prises d’eau aspirent à vive allure toute la vie qui s’y trouve : les animaux se retrouvent pris au piège et peuvent mourir des chocs subis, d’asphyxie à l’air libre, des changements de température ou de pression, ainsi que du traitement à la Javel.

Nous avons recensé plus de 100 espèces différentes piégées par les centrales françaises. Cela fait 5,9 milliards de victimes aspirées chaque année en France. L’invisibilité du milieu aquatique permet de masquer les conséquences de la mort de milliards d’individus.

La mer silencieuse : une hécatombe statistique

Le pompage des centrales nucléaires s’inscrit dans un contexte déjà dramatique pour la faune aquatique :

  • Depuis 1970, les populations de poissons migrateurs ont décliné de 81% à l’échelle mondiale ;
  • En France, les milliards d’individus victimes du parc nucléaire doivent aussi affronter les diverses pollutions et le dérèglement climatique. Cela pousse les écosystèmes vers un point de non-retour.
« Les piégeages biologiques aux prises d’eau constituent une pression chronique. » - Autorité Environnementale

Protection du vivant : deux poids, deux mesures

Alors que le moindre projet d’aménagement est aujourd’hui soumis à des règles environnementales strictes, l’industrie nucléaire évolue sans être inquiétée par le massacre aquatique qu’elle génère. EDF n’est pas tenue d’assurer le suivi des espèces (protégées ou non) victimes de ses prises d’eau. Plus inquiétant encore, la quasi-totalité des centrales échappe à l’obligation d’appliquer la séquence « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC), pourtant conçue pour limiter les impacts sur la biodiversité.

Cette impunité est d’autant plus marquante que les centrales françaises sont celles qui font le plus de victimes dans le monde.

La « nucléolangue » ou l’art de masquer le massacre

Pour évacuer la question de la responsabilité environnementale, l’industrie nucléaire opère un renversement sémantique saisissant.

Dans ses documents, EDF qualifie les bancs de poissons ou les méduses d’« agresseurs » dès lors qu’ils risquent d’obstruer les prises d’eau. Par ce glissement de langage, le réacteur devient l’entité à protéger contre la nature devenue hostile, occultant le fait que c’est la centrale qui aspire et détruit le vivant.
EDF ne parle jamais de « mortalité », mais de « piégeage » ou d’« entraînement ». L’accumulation de cadavres sur les filtres se résume à du « colmatage ». L’utilisation de termes cliniques et techniques font disparaître la notion de souffrance animale.

Pour minimiser l’ampleur du désastre, EDF préfère exprimer l’impact en tonnes plutôt qu’en nombre d’individus. Cette méthode permet d’invisibiliser les victimes les plus nombreuses : les œufs, les larves et les juvéniles qui pèsent moins qu’un spécimen adulte. En annonçant un prélèvement de 279 t/an sur la centrale actuelle de Penly, l’exploitant masque le fait que ce chiffre représente en réalité 1 milliard d’êtres vivants.

Sous la surface, des êtres sentients, qui ressentent la douleur

Longtemps perçus comme des automates biologiques (théorie de « l’animal machine » de Descartes), les poissons sont aujourd’hui reconnus par la communauté scientifique comme des êtres dotés d’une riche vie intérieure. Ils possèdent des nocicepteurs, des récepteurs sensoriels qui leur permettent de ressentir une douleur physique réelle. En plus de cette douleur physique, les poissons éprouvent de la peur et de l’anxiété. Les céphalopodes et les crustacés, également victimes, sont désormais officiellement reconnus comme des sujets conscients de leur propre vie.

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ENGLISH VERSION BELOW

The Invisible Massacre : Summary of the Report

By combining international research with 38 internal documents provided by EDF, we have shed light on an invisible catastrophe : the impact of nuclear power on aquatic biodiversity. Don’t have time to read our full report ? Check out the summary !

Every minute, an open-circuit nuclear power plant pumps the equivalent of an Olympic-sized swimming pool of water for cooling. The intake structures suck up all the aquatic life in the water at high speed : animals become trapped and may die from the impact, from suffocation once exposed to the open air, from changes in temperature or pressure, or from treatment with bleach.

We have identified more than 100 different species trapped by French power plants. It represents 5.9 billion victims sucked in each year in France. The invisibility of the aquatic environment hides the consequences of the deaths of billions of individuals.

The Silent Sea : A Statistical Massacre

The water intake is taking place against a backdrop that is already dire for aquatic wildlife :

  • Since 1970, migratory fish populations have declined by 81% worldwide ;
  • In France, the billions of fish affected by nuclear power plants must also contend with various forms of pollution and climate change. This is pushing ecosystems toward a point of no return.
“Biological impingements at water intakes constitute a chronic problem.” — Environmental Authority

Protecting Life : Double Standards

While even the smallest development project is now subject to strict environmental regulations, the nuclear industry operates unchecked, undisturbed by the aquatic devastation it causes. EDF is not required to monitor the species—protected or otherwise—that fall victim to its water intakes. What is even more concerning is that virtually all power plants are exempt from the requirement to apply the “Avoid, Reduce, Compensate” (ARC) framework, which was designed to limit impacts on biodiversity.

This impunity is all the more striking given that French power plants cause the most casualties worldwide.

“Nukespeak” or the Art of Concealing the Massacre

To sidestep the issue of environmental responsibility, the nuclear industry employs a striking semantic reversal.

In its documents, EDF refers to schools of fish or jellyfish as “aggressors” whenever they risk blocking water intakes. Through this linguistic shift, the reactor becomes the entity to be protected against nature that has turned hostile, obscuring the fact that it is the power plant itself that sucks in and destroys living creatures.

EDF never speaks of “mortality,” but rather of “entrainment” or “impingement” The accumulation of individuals on the filters is simply described as “clogging.” The use of clinical and technical terms erases the notion of animal suffering.

To downplay the scale of the disaster, EDF prefers to express the impact in metric tons rather than in the number of individuals. This method renders the most numerous victims invisible : eggs, larvae, and juveniles, which weigh less than an adult specimen. By announcing a removal of 279 metric tons per year from the existing Penly power plant, the operator obscures the fact that this figure actually represents 1 billion living beings.

Beneath the surface, sentient beings that feel pain

Long viewed as biological automatons (Descartes’ “animal machine” theory), fish are now recognised by the scientific community as beings with a rich inner life. They possess nociceptors—sensory receptors that allow them to feel real physical pain. In addition to this physical pain, fish experience fear and anxiety. Cephalopods and crustaceans, which are also victims, are now officially recognised as beings conscious of their own lives.