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Des accidents nucléaires partout

France : Gravelines : La culture de sûreté en défaut

Quand EDF ne comprend pas les consignes - et décide de ne pas les suivre




31 juillet 2023


Le refroidissement est la pierre angulaire des centrales nucléaires. Du combustible mais aussi de l’air et des matériels, tant la chaleur est importante dans certaines zones est importante. Pour cela il faut de l’eau glacée. Mais EDF n’a manifestement pas bien compris les consignes et a décidé de passer outre.


Les locaux électriques ne doivent pas être en surchauffe. On imagine aisément pourquoi. Si les câbles, les raccords, les tableaux électriques sont détériorés, les systèmes du réacteur nucléaire seront impactés et ne pourront plus fonctionner. C’est justement le refroidissement du bâtiment électrique d’un réacteur nucléaire que EDF a mis en jeu à la centrale de Gravelines (Hauts-de-France).

Les faits se sont passés en février 2023. EDF a déclaré l’incident à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en mars, au plus bas niveau de gravité [1] . Mais après avoir analysé le déroulé des évènements, le niveau de gravité a été rehaussé d’un cran. L’ASN pointe chez EDF un défaut de culture de sûreté [2] .

Hiver 2023, le réacteur 1 est arrêté pour maintenance. Des travaux sont prévus sur le système qui permet de filtrer l’eau froide prélevée dans la mer pour refroidir les différents organes du réacteur 1. Mais il ne faut surtout pas entraver le refroidissement du bâtiment électrique. Pas question de prendre le risque d’une panne ou d’une interruption. Une consigne temporaire est alors posée : ne pas toucher à la production d’eau glacée pour ce bâtiment.
Mais les travaux sur le tambour filtrant prennent du retard. Et d’autres activités sont prévues, le planning est serré. Et EDF est toujours pressé de redémarrer, un réacteur arrêté c’est un réacteur qui ne produit pas d’électricité. Une de ces activités implique justement de mettre une partie du système de refroidissement du bâtiment électrique hors-service. EDF se concerte, se pose la question : doit-on appliquer la consigne temporaire ou réaliser l’activité prévue ? Quel impact sur la sûreté ? EDF décide de passer outre la consigne temporaire. Après tout, une mise hors-service partielle, n’est que partielle. Sauf que la consigne était claire : ne pas toucher, du tout, au système de refroidissement du bâtiment.

Le pire dans cette affaire, c’est très certainement que malgré le fait que EDF, exploitant nucléaire, se soit posé des questions et ait analysé la situation, il n’ait pas compris l’enjeu de maintenir la production d’eau glacée entièrement fonctionnelle. D’ailleurs, que l’industriel déclare l’incident au plus bas niveau de l’échelle INES montre bien qu’il n’a pas saisi la gravité de ses fautes. Défaut de culture de sûreté oui, clairement. Et c’est le moins que l’on puisse dire.

Ce que dit EDF :

Déclaration d’un événement significatif pour la sûreté de niveau 1 relatif au non-respect d’une mesure compensatoire associée à une modification temporaire des règles d’exploitation

Publié le 31/07/2023

Le 27 février 2023, l’unité de production n°1 est à l’arrêt dans le cadre de sa visite partielle. Des travaux de maintenance programmés nécessitent une prolongation de la durée d’indisponibilité d’un des deux tambours de filtration d’eau de mer (situés en partie non nucléaire de l’installation) vis-à-vis du délai autorisé par les Règles générales d’exploitation. Une modification temporaire des règles d’exploitation est instruite, avec la mise en place de mesures prévoyant qu’aucune activité conduisant à l’indisponibilité du système DEL  [3] ne soit réalisée. Après concertation, l’ensemble des interlocuteurs des domaines sûreté et exploitation considèrent que seule une indisponibilité totale du système DEL conduirait à ne pas respecter la mesure compensatoire. Une activité, entrainant l’indisponibilité partielle du système DEL sans remettre en cause la fonctionnalité du système, est alors autorisée et engagée.

Le 1er mars 2023, l’indisponibilité partielle du système DEL fait l’objet d’une première analyse, qui conclut que la mesure compensatoire n’a pas été strictement respectée. Le non-respect de cette mesure compensatoire n’a pas eu de conséquence sur la sûreté des installations, ni sur l’environnement. Il a néanmoins été décidé de déclarer le 6 mars 2023 à l’Autorité de sûreté nucléaire un évènement significatif de sûreté de niveau 0, en-dessous de l’échelle INES.

L’analyse effectuée a posteriori a conduit la direction de la centrale de Gravelines à retenir un défaut de culture sûreté et à reclasser cet événement le 25 juillet 2023 au niveau 1 de l’échelle INES, graduée de 1 à 7.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-gravelines/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-gravelines/declaration-dun-evenement-significatif-pour-la-surete-de-niveau-1-relatif-au-non-respect-dune-mesure-compensatoire-associee-a-une-modification-temporaire-des-regles


Ce que dit l’ASN :

Non-respect d’une mesure compensatoire associé à une modification temporaire des règles générales d’exploitation

Publié le 04/08/2023

Centrale nucléaire de Gravelines Réacteurs de 900 MWe - EDF

Le 6 mars 2023, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif au non-respect d’une mesure compensatoire associée à une modification temporaire des règles générales d’exploitation, utilisée pour des travaux durant la visite partielle du réacteur 1.

Le 22 février 2023, le réacteur 1 est en arrêt pour maintenance. L’un des deux tambours filtrants de la source froide est rendu indisponible pour réaliser des travaux. La durée d’indisponibilité du tambour filtrant fait l’objet d’une prolongation sous couvert d’une modification temporaire des règles générales d’exploitation. L’une des mesures compensatoires de cette modification impose qu’aucune activité conduisant à rendre indisponibles les groupes de production d’eau glacée du bâtiment électrique ne soit réalisée.

Le 27 février 2023, le chef d’exploitation rend partiellement indisponible le système de production d’eau glacée du bâtiment électrique. Le 28 février 2023, les équipes de la centrale s’interrogent sur la compatibilité de cette indisponibilité avec le respect de la mesure compensatoire de la modification temporaire des règles générales d’exploitation. Les différents intervenants concluent à une absence d’impact sur la sûreté et considèrent que la mesure compensatoire n’a plus lieu d’être. La décision de continuer l’activité est donc prise sans s’interroger sur le respect du référentiel.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Après examen de l’analyse des causes de l’événement, qui met en évidence un défaut de culture de sûreté, l’ASN le classe au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/non-respect-d-une-mesure-compensatoire-associe-a-une-modification-temporaire-des-rge


[1INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[2La sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets. https://www.asn.fr/Lexique/S/Surete-nucleaire

[3Le système DEL est constitué d’un circuit de production et de distribution d’eau glacée, qui fonctionne à l’instar d’un climatiseur.


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Installation(s) concernée(s)

Gravelines

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167