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Des accidents nucléaires partout

France : Dampierre : EDF redémarre le réacteur 3 au mépris des règles

Réservoir du circuit ASG pas assez rempli et sourde oreille d’EDF




10 août 2021


30 juillet 2021, le réacteur 3 de la centrale nucléaire de Dampierre (Centre - val de Loire) est en cours de redémarrage après plusieurs semaines d’arrêt pour résoudre un problème matériel en zone nucléaire*. Les vérifications faites par EDF lors de ce redémarrage n’ont pas permis d’identifier que le niveau d’eau dans un réservoir était passé en dessous du seuil minimum requis. Ce réservoir fait pourtant parti d’un système essentiel, utilisé justement lors des arrêts et des redémarrages de réacteur : le circuit ASG. C’est ce circuit qui apporte de l’eau aux générateurs de vapeur en eau en cas de fuite du circuit primaire. C’est donc le refroidissement et le contrôle du réacteur qui était en jeu.


Près de 10 heures durant, dans la nuit du 30 juillet 2021, le niveau d’eau du réservoir ASG est passé à plusieurs reprises sous le niveau minimum spécifié dans les règles générales d’exploitation (RGE) [1] que l’exploitant doit appliquer. Mais les équipes de conduite d’EDF n’ont rien détecté. La remise à niveau n’a été faite qu’à 10h30 du matin, alors que dès minuit et demi le seuil minimum n’était plus atteint. Les vérifications à faire lors du redémarrage n’ont manifestement pas été suffisamment poussées ni exhaustives.

On ne sait pas ce qui a généré cette baisse de niveau d’eau dans le réservoir ASG. C’est pourtant le contenu de ce réservoir qui doit permettre de conduire le réacteur nucléaire, en situation normale comme accidentelle, en cas de brèche dans le circuit primaire. Les générateurs de vapeur permettent le transfert de la chaleur du circuit primaire, chauffé par le combustible à très haute température, au circuit secondaire (qui apporte la vapeur produite dans les GV à la turbine). Ce sont par leur intermédiaire que le circuit primaire est refroidi. Et le circuit primaire permet le refroidissement du combustible. L’eau du réservoir ASG permet donc, en cas de besoin, de maintenir un refroidissement du combustible et de permettre d’évacuer la puissance produite par la réaction nucléaire. Les fonctions en jeux sont si importantes qu’en cas d’insuffisance du volume de ce réservoir, les RGE imposent le repli du réacteur sous une heure lorsque celui-ci fonctionne (c’est à dire abaisser la température et la pression du circuit primaire pour faire baisser la puissance du réacteur).

EDF n’ayant pas détecté le problème de niveau d’eau dans le réservoir ASG, le redémarrage du réacteur 3 a donc été poursuivit, alors qu’il aurait dû être stoppé dans l’heure. Les faits ont été considérés comme significatifs pour la sûreté [2] et classés au niveau 1 de l’échelle de gravité des incidents nucléaires [3]. Des faits qui ont été générés par le manque de rigueur de l’exploitant nucléaire. Ce manque de rigueur a d’ailleurs donné lieu à une autre déclaration d’incident significatif pour la sûreté : un système devant détecter un niveau d’eau bas dans les générateurs de vapeur - et le cas échéant déclencher un arrêt immédiat - était mal réglé. Parce qu’EDF a utilisé à plusieurs reprise du matériel défectueux pour mener des essais et recueillir des données - fausses - qui ont ensuite été implantées dans le système de protection du réacteur.

EDF a manifestement du mal à conduire son réacteur nucléaire en respectant les règles, à paramétrer ses systèmes correctement et à surveiller les niveaux d’eau. Même si c’est le refroidissement du réacteur nucléaire qui est en jeu, ou le système de protection et les arrêts d’urgence.
Un arrêt de plusieurs semaines pour intervention en zone nucléaire, un redémarrage au mépris des règles, deux évènements significatifs pour la sûreté déclarés le même jour... Les difficultés techniques et organisationnelles se cumulent sur le site de Dampierre. Avec à la clé, des incidents. Qui, même s’ils n’ont pas eu de conséquences réelles comme le souligne à chaque fois EDF, sont synonymes d’un manque de maîtrise de l’industriel sur ses activités. Un manque de maîtrise qui génère des risques supplémentaires pour les travailleurs, la population et l’environnement.

Ce que dit EDF :

Evénement sûreté

Publié le 10/08/2021

Déclaration d’un événement significatif de sûreté relatif au non-respect des spécifications techniques d’exploitation

Le 30 juillet 2021, l’unité de production n°3 de la centrale de Dampierre-en-Burly est en cours de redémarrage, à la suite d’un arrêt pour maintenance.

Entre 0h34 et 10h15, le niveau d’eau contenu dans le réservoir ASG [4] passe à plusieurs reprises sous le niveau requis, sans détection par les équipes d’exploitation. Les spécifications techniques d’exploitation requièrent un volume d’eau minimal dans le réservoir ASG, qui n’est pas atteint.

A 10h15, les équipes réalisent un appoint en eau dans le réservoir, qui retrouve alors le volume d’eau minimal en 15 minutes.

Cet événement, qui constitue un écart aux règles générales d’exploitation, a été déclaré le 6 août 2021 par la direction de la centrale à l’Autorité de sûreté nucléaire comme événement significatif sûreté de niveau 1 sur l’échelle INES qui en compte 7.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-dampierre-en-burly/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-dampierre/declaration-d-un-evenement-significatif-de-surete-relatif-au-non-respect-des-specifications-techniques-d-exploitation


Ce que dit l’ASN :

Non-respect des règles générales d’exploitation du réacteur 3 concernant le circuit d’alimentation de secours des générateurs de vapeur

Publié le 10/08/2021

Centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly - Réacteurs de 900 MWe - EDF

Le 6 août 2021, l’exploitant de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un évènement significatif pour la sûreté relatif au non-respect des règles générales d’exploitation (RGE) du réacteur 3 concernant le circuit d’alimentation de secours des générateurs de vapeur (ASG).

Les RGE sont un recueil de règles approuvées par l’ASN qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite associées. Le circuit ASG fournit aux générateurs de vapeur l’eau nécessaire à l’évacuation de la puissance du réacteur, en cas de défaillance partielle ou totale du système d’alimentation normale. Il est également utilisé lors des périodes de démarrage et d’arrêt du réacteur. Il est composé de deux voies redondantes et d’un réservoir d’un volume permettant la conduite du réacteur en situation normale et accidentelle. En cas d’insuffisance du volume de ce réservoir, les RGE imposent le repli du réacteur sous une heure lorsque le réacteur est en puissance.

Le 30 juillet 2021, le réacteur 3 de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly était en phase de redémarrage à la suite d’un arrêt technique fortuit. Lors des opérations de recherche de criticité du réacteur, les opérateurs présents en salle des commandes n’ont pas identifié que le volume du réservoir ASG était passé sous le minimum requis par les RGE. Dès lors, le repli du réacteur n’a pas été engagé par les opérateurs et les opérations de recherche de criticité se sont poursuivies. Le volume insuffisant du réservoir ASG a été identifié par l’exploitant plus de deux heures après le passage du réacteur en puissance.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Cependant, en raison du non-respect des RGE et de la détection tardive de l’insuffisance du volume du réservoir ASG, cet évènement été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Dès la détection de l’insuffisance du volume, un appoint a été réalisé au niveau du réservoir pour retrouver un volume conforme aux règles générales d’exploitation.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Non-respect-des-regles-generales-d-exploitation35


* Actualité de l’unité de production n°3 de la centrale de Dampierre-en-Burly
Publié le 05/08/2021

Samedi 31 juillet 2021 à 16h30, l’unité de production n°3 de la centrale de Dampierre-en-Burly a été reconnectée au réseau électrique national et a atteint sa pleine puissance aujourd’hui, jeudi 5 aout 2021, à 12h15.
Elle avait été mise à l’arrêt mercredi 7 juillet 2021 à 17h20 pour permettre aux équipes de la centrale de procéder à des opérations de maintenance sur un matériel situé dans la partie nucléaire des installations. Cet arrêt n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations ni sur l’environnement.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-dampierre-en-burly/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-dampierre/actualite-de-l-unite-de-production-ndeg3-de-la-centrale-de-dampierre-en-burly


[1Les RGE sont un recueil de règles approuvées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite associées.

[2Événements significatifs : incidents ou accidents présentant une importance particulière en matière, notamment, de conséquences réelles ou potentielles sur les travailleurs, le public, les patients ou l’environnement. https://www.asn.fr/Lexique/E/Evenement-significatif

[3INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[4Le circuit d’Alimentation de secours des générateurs de vapeur (ASG) est un circuit d’eau de sauvegarde qui permet d’évacuer la chaleur produite par le réacteur en cas d’indisponibilité du circuit d’alimentation normale des générateurs de vapeur. Un générateur de vapeur est un échangeur thermique entre l’eau du circuit primaire, portée à haute température (320 °C) et à pression élevée (155 bars) dans le cœur du réacteur, et l’eau du circuit secondaire qui se transforme en vapeur et alimente la turbine.


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Installation(s)

Dampierre-en-Burly

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