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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : Rayures et dégradations au cœur du réacteur 4

Fonctionnement non garanti en cas d’accident




24 avril 2022


EDF ne dit rien des origines des dégradations découvertes au cœur du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle). L’industriel évoque des "rayures" sur les connectiques électriques des soupapes du pressuriseur. Malgré l’emploi d’un mot qui évoque des dégradations mineures, EDF avoue qu’en cas d’accident, en raison de ces dégradations matérielles, les soupapes auraient pu ne pas s’ouvrir.


Le pressuriseur [1] est un équipement fondamental : c’est lui qui permet de maintenir l’eau du circuit primaire, le circuit qui refroidit le combustible nucléaire qui est dans la cuve, sous pression [2] . Sans cette pression, l’eau du circuit primaire, trop chauffée par la réaction nucléaire s’évaporerait. Le combustible ne serait alors plus refroidit. Or si la chaleur produite dans la cuve n’est plus évacuée, le combustible finira par fondre et le réacteur pourrait exploser. Le pressuriseur est ce qui permet qu’il y ait de l’eau sous forme liquide dans le circuit primaire. En en régulant la pression, il permet aussi d’éviter l’explosion du circuit en cas de surpression.

Ce pressuriseur est un énorme réservoir (14 mètres de haut, 140 tonnes à vide). Comme tout équipement hermétiquement clos qui contient de l’eau et de la vapeur (type cocotte-minute), une soupape permet de laisser s’échapper une partie de son contenu pour éviter l’explosion en cas de surpression. C’est justement le fonctionnement de ces soupapes qui ne pouvait être garanti par EDF à Cattenom 4. On ne sait ni pourquoi ni quand, mais les connectiques électriques qui permettent leur ouverture étaient abîmées. EDF précise bien que, comme tous les équipements importants dans le réacteur, ces soupapes sont régulièrement vérifiées. L’industriel ne dit pas à quand remonte le dernier contrôle. Soit il est passé à côté des "rayures" qui remettent en cause le fonctionnement des connectiques des soupapes, soit une intervention a été faite depuis et a abîmé ces éléments. Quoiqu’il en soit, cette découverte questionne la qualité des interventions et des contrôles des équipements sur ce réacteur. EDF se donne-t-il les moyens de surveiller et d’entretenir correctement les équipements au cœur de ses centrales nucléaires ? Puisque l’industriel était incapable d’assurer que les soupapes auraient fonctionné en cas d’accident, il a déclaré aux autorités un incident significatif pour la sûreté [3] [4].

Ce que dit EDF :

Défaut constaté sur une connectique électrique affectant la qualification de matériels, en conditions accidentelles

Publié le 24/04/2022

Evénement sûreté

Sur une centrale nucléaire, un certain nombre d’équipements font l’objet d’une qualification particulière, permettant de garantir leur bon fonctionnement et leur résistance en cas de séisme ou en cas de situation accidentelle. Parmi ces équipements, les soupapes du pressuriseur [5] et leurs alimentations électriques situées dans le bâtiment réacteur, permettent de protéger le circuit primaire en cas de surpression. Ces matériels sont contrôlés périodiquement.

L’unité de production n°4 est à l’arrêt pour maintenance programmé et rechargement du combustible depuis le 19 février 2022.

Le 8 mars 2022, lors de la réalisation d’un essai périodique sur les alimentations électriques des soupapes du pressuriseur, de légères rayures sont constatées sur des connectiques. Celles-ci pourraient remettre en cause le bon fonctionnement de la connectique et donc des soupapes, dans certaines conditions accidentelles.

Les actions de remise en état sont engagées.

Cet écart n’a pas eu de conséquence réelle sur l’installation qui est restée en situation d’exploitation normale ; les soupapes sont toujours restées pleinement opérationnelles. Toutefois, ne pouvant garantir le bon fonctionnement des matériels en conditions accidentelles, la direction de la centrale de Cattenom a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire le 19 avril 2022, un évènement significatif de sûreté au niveau 1 de l’échelle INES (graduée de 0 à 7).

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-cattenom/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-cattenom/defaut-constate-sur-une-connectique-electrique-affectant-la-qualification-de-materiels-en-conditions-accidentelles


Ce que dit l’ASN :

Non-respect d’exigences associées à des matériels classés pour fonctionner aux conditions accidentelles sur le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Cattenom

Publié le 29/04/2022

Centrale nucléaire de Cattenom Réacteurs de 1300 MWe - EDF

Le 19 avril 2022, l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif relatif au non-respect d’exigences associées à des matériels classés pour fonctionner aux conditions accidentelles sur le réacteur 4.

La sûreté des réacteurs électronucléaires repose sur un certain nombre d’équipements, qui font l’objet d’une qualification visant à démontrer leur capacité à assurer leurs fonctions dans les situations accidentelles. Dans l’enceinte du réacteur notamment, certains équipements doivent résister aux conditions accidentelles qui y règneraient si un accident grave survenait, notamment en termes de radioactivité, de température, d’hygrométrie et de pression.

Le circuit primaire principal permet de refroidir le combustible contenu dans la cuve du réacteur en cédant sa chaleur par l’intermédiaire des générateurs de vapeur. Il est équipé de soupapes de protection contre les surpressions, dont l’ouverture et la fermeture doivent pouvoir être commandées depuis la salle de commande du réacteur.

Durant l’arrêt pour visite partielle du réacteur 4, l’exploitant a constaté des rayures sur les systèmes de connexion des câbles électriques assurant la commande de certaines soupapes de protection du circuit primaire. Ces défauts auraient pu remettre en cause la mise en œuvre de ces matériels en cas de situation accidentelle.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, il a affecté les fonctions de sûreté liées au confinement et au refroidissement du réacteur. Au regard de l’indisponibilité des équipements concernés, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.

Dès la détection de l’écart, l’exploitant a engagé des contrôles sur l’ensemble des soupapes de protection du circuit primaire du réacteur 4 et a réalisé les remises en état des équipements concernés. De plus, il a engagé une analyse approfondie de cet événement. L’ASN veillera à la qualité de cette analyse approfondie de l’événement et de ses conclusions.

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/materiels-classes-pour-fonctionner-aux-conditions-accidentelles


[1Le pressuriseur est un gros composant forgé qui mesure 14 m de haut et pèse plus de 140 tonnes à vide. Le pressuriseur est un réservoir de forme cylindrique, dont la fonction est de réguler la pression du circuit primaire. En fonctionnement normal, il contient de l’eau en phase liquide et en phase vapeur. Lors du démarrage du réacteur, il est rempli en eau sous forme liquide. La vaporisation d’une partie de cette eau est obtenue par la mise en service de résistances électriques de chauffage. https://www.asn.fr/lexique/P/Pressuriseur

[2Le circuit primaire est un circuit fermé, contenant de l’eau sous pression. Cette eau s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles. Dans les générateurs de vapeur, elle cède la chaleur acquise à l’eau du circuit secondaire pour produire la vapeur destinée à entraîner le groupe turboalternateur. Le circuit primaire permet de refroidir le combustible contenu dans la cuve du réacteur en cédant sa chaleur par l’intermédiaire des générateurs de vapeur lorsqu’il produit de l’électricité ou par l’intermédiaire du circuit de refroidissement à l’arrêt lorsqu’il est en cours de redémarrage après rechargement en combustible. La température du circuit primaire principal est encadrée par des limites afin de garantir le maintien dans un état sûr des installations en cas d’accident. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-primaire

[3Événements significatifs : incidents ou accidents présentant une importance particulière en matière, notamment, de conséquences réelles ou potentielles sur les travailleurs, le public, les patients ou l’environnement. https://www.asn.fr/Lexique/E/Evenement-significatif

[4La sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets. https://www.asn.fr/Lexique/S/Surete-nucleaire

[5Le pressuriseur est un réservoir cylindrique dont une fonction est de maintenir l’eau du circuit primaire à une pression de 155 bars.


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Installation(s) concernée(s)

Cattenom

Nombre d'événements enregistrés dans notre base de données sur cette installation
150