Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 13 octobre 2026
L’année 2025 a été marquée par la clôture de l’instruction technique du projet Cigéo par l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR). L’ASNR a publié en décembre son avis sur la Demande d’Autorisation de Création (DAC) du projet. Un avis d’une redoutable légèreté !
L’ASNR le reconnaît : alors que le décret d’autorisation se rapproche à l’horizon, la démonstration de sûreté n’est pas globale, mais partielle. Si le projet est autorisé, ce sera sans garantie que l’enfouissement des déchets radioactifs est faisable et dans des conditions de sûreté optimales. Qui aurait pu s’attendre à ce que le feu vert à ce projet à hauts risques soit sur le point d’être donné sans que la sûreté de l’enfouissement ne soit acquise ?
Dans son avis, l’ASNR liste un grand nombre d’insuffisances du dossier, d’engagements qui ne sont pas encore honorés, d’études qui ne sont pas encore réalisées. De lourds doutes demeurent sur la connaissance des couches géologiques et sur la robustesse des installations, notamment :
L’ASNR estime que "le socle de connaissances est suffisant" et que "la démarche de sûreté en exploitation et en après fermeture retenue par l’Andra est satisfaisante sur le plan des principes." Mais qui peut se contenter de principes alors qu’il s’agit du projet industriel le plus dangereux du siècle ?
L’Andra et l’ASNR se cachent derrière l’aspect itératif du projet pour mieux masquer l’impossible démonstration de sûreté. En effet, l’Andra a pris conscience qu’elle ne serait pas en mesure de prouver que Cigéo serait sûr au stade de la DAC. L’ASNR lui offre donc la possibilité de réaliser une démonstration de sûreté en plusieurs fois, après autorisation, dans 10, 20, 50 ans… voire bien davantage. Comprenons bien ce que cela signifie : des questions majeures de sûreté subsistent ? Ce n’est pas grave, l’Andra a plus d’un siècle devant elle pour y répondre ! Derrière cette évolution sémantique, l’aveu de faiblesse est immense…
Concrètement, si Cigéo est autorisé prochainement, c’est sans assurance qu’il aura la capacité de confiner la radioactivité une fois le site fermé et bouché, ce qui est pourtant le cœur même du projet.
Est-ce que Cigéo fonctionnera ? Impossible de le dire, et c’est pourtant précisément ce dont le public avait besoin de savoir lors de l’enquête publique sur la DAC, qui s’est déroulée jusqu’au 2 juillet.
Cette enquête publique devait avoir lieu à la fin de l’année 2026, mais elle a été précipitée avant l’été afin que le décret d’autorisation puisse être pris avant la prochaine présidentielle, probablement de peur qu’une alternance politique défavorable à Cigéo accède au gouvernement.
Il s’agissait de l’ultime étape, le dernier moment où la population pouvait s’exprimer sur Cigéo avant sa potentielle autorisation, mais cette enquête publique cochait toutes les cases de l’arnaque démocratique : consultation prématurée sur la base d’un dossier incomplet ! Et c’est qui les dindons de la farce ?