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En Allemagne aussi, les militants se mobilisent contre les usines de combustible nucléaire

20 août 2013 |




En Allemagne, la pression s’intensifie autour des deux multinationales de transformation et d’enrichissement de l’uranium, AREVA et URENCO, car même si le pays a fait le choix de la sortie du nucléaire, cela ne veut pas dire que le territoire est exempt de toute industrie liée à l’atome… L’Allemagne poursuit la production de combustible nucléaire. C’est ainsi que des militants écologistes ont décidé de bloquer deux installations, à Lingen et Gronau, lors d’un camp antinucléaire et pacifiste. L’activiste Cécile Lecomte, via son blog « l’écureille », nous fait part de ces événements.



Nous reproduisons ici l’article paru sur le blog de Cécile Lecomte : https://blog.eichhoernchen.fr/post/Camp-antinucleaire-semaine-agitee-pour-AREVA-URENCO...

("Abschalten" = "arrêter" en allemand)

Une galerie photo des actions à Gronau et Lingen est visible ici : https://www.anti-atom-aktuell.de/fotos/20130722_blockade_uaa/index.html

Camp antinucléaire : Une semaine agitée pour AREVA et URENCO...

Du 19 au 27 juillet a eu lieu à Metelen, dans la région de Münster (Westphalie du Nord) un camp antinucléaire. Ceux qui pensent que l’Allemagne sort du nucléaire, comme le proclament les politicien(ne)s, se trompent ! C’était en tout cas l’avis des militant(e)s venu(e)s au camp (environ 200 personnes en cumulé sur la semaine). Le camp était l’occasion de participer à des ateliers pour rafraichir ses connaissances sur différents sujets politiques, de proposer soi-même un atelier pour transmettre son savoir et de discuter. J’ai par exemple montré et traduit simultanément le film sur la lutte contre la centrale nucléaire de Plogoff en Bretagne dans les années 70 . Les militant(e)s, ne se voulant pas repliés sur eux-mêmes, avaient invité la population des environs à venir boire un coup ou participer aux ateliers. L’offre a été appréciée. Le camp était aussi un camp « action », pour les participant(e)s il était indispensable d’allier de l’action aux mots. L’usine d’enrichissement de l’uranium de la firme URENCO, située à Gronau (Wesphalie du Nord) a été bloquée une journée le 23 juillet. L’usine de combustible nucléaire de l’entreprise française AREVA, située à Lingen (Basse-Saxe) non loin de Gronau a été bloquée le 25 Juillet une demi-journée jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre. Ces deux usines qui contribuent au fonctionnement de centrales nucléaires dans le monde entier ont malgré la « sortie du nucléaire » une autorisation de fonctionnement illimitée dans le temps.

A Gronau, les militant(e)s sont arrivé(e)s au petit matin avec deux tripodes de six mètres de haut pour bloquer l’entrée principale de l’usine d’enrichissement. La police sur place avec une voiture à l’arrivée des manifestant(e)s n’est pas intervenue et s’est contentée de faire la circulation : les travailleurs de l’usine ont été renvoyés sur l’entrée secondaire de l’autre côté, entrée aussi appelée accès pompiers, bien qu’un gros camions ne puisse pas passer par ce passage étroit et envahi par la végétation.

J’ai reçu un appel au secours alors que j’étais en train de m’installer confortablement sur mon tripode : « La police a interpellé deux personnes et on n’est que 4 à bloquer l’entrée secondaire ! » Sur ce, le groupe de musique Samba s’est mis en route pour porter main forte de l’autre côté. Peu après, la police a tenté de prendre contact avec les manifestant(e)s sur leur tripod pour les convaincre de laisser passer les travailleurs-ses qui veulent quitter l’usine avec leurs voitures, les deux entrées étant bloquées par des manifestant(e)s assis, dansant et grimpant. URENCO, la firme qui exploite l’usine, a été plus rapide à prendre une décision : elle a commandé des taxis avec beaucoup de places assises pour ses employé(e)s, qui ont donc quitté l’usine en laissant leur voiture sur place. Les livraisons par camions « urgentes » ont elles, dû revenir le lendemain. Malgré les 40 degrés en plein soleil le blocage a tenu jusqu’au soir.

Une demande au parlement de Westphalie du nord a permis récemment d’obtenir des informations sur les transports de matières radioactives qui ont eu lieu depuis et vers l’usine de Gronau ces dernières années. Il y a de nombreux transports entre la France et l’Allemagne, essentiellement pas camion – mais aussi par train. Lors du petit camp antinucléaire « clandestin » de l’année dernière - c’était plutôt une rencontre entre amis, nous n’avions pas mobilisé ouvertement, mais la police avait quand même l’info – nous avons bloqué un de ces trains transportant de l’uranium vers la France (Pierrelatte). J’étais perchée dans des arbres avec trois autres personnes et juste avant, vers midi deux personnes avaient trouvé un tube sous les rails et s´y étaient fixées... Le train avait dans un premier temps fait demi tour et pris plus tard une autre route, l’évacuation des arbres n’étant pas terminée en fin d’après midi. Le 20 aout prochain aura lieu un procès contre les deux militant(e)s qui se sont enchainé(e)s aux rails, on leur reproche une perturbation d’entreprise de service publique.

La police a, à plusieurs reprises, tenté de savoir ce que préparaient les militant(e)s lors des journées d’action annoncées sur le site Internet du camp. Les policiers-ères, qu’ils/elles soient en civil ou en uniforme avaient cependant souvent droit à un accueil qui n’était pas de leur gout. Certain(e)s militant(e)s voulaient mettre ce qu’ils/elles avaient appris dans l’atelier « blocage » en pratique, d’autres voulaient danser autour de la voiture. Et puis du fait que j’ai porté plainte contre l’observation permanente du camp de l’année dernière, la police se voulait cette fois-ci plus discrète et ne se garait pas directement devant l’entrée... Quant à Heiner Konert, l’agriculteur qui recevait le camp sur son terrain, il n’était pas du genre à vendre la mèche – même si dans le village tout le monde se connait et un policier est allé à l’école avec lui. Au contraire, Heiner est un antinucléaire convaincu qui s’est lancé très tôt – du temps ou l’on se moquait des écolos qui voulaient faire de l’énergie avec du vent – dans les énergies renouvelables et gère plusieurs éoliennes dans la région.

Pour semer le trouble, un militant a déclaré 4 actions "vigiles" à 4 endroits différents dans un rayon de 50km autour du camp pour la seconde journée d’action le 25 juillet : à Gronau devant l’usine d’enrichissement d’uranium, à Ahaus devant le site d’entreposage des déchets nucléaires hautement radioactifs, à Lingen en centre-ville (à Lingen il y a l’usine de combustible nucléaire d’AREVA et une centrale nucléaire en fonctionnement de RWE) ainsi qu’en ville à Metelen. La police a tout de suite réclamé une « discussion de coopération », mais il y avait sur le camp bien plus intéressant à faire... La police a su dès le lendemain matin très tôt où trouver les militant(e)s : une cinquantaine de manifestant(e)s bloquaient dès 5h30 du matin l’unique route d’accès à l’usine de combustible AREVA de Lingen en Basse-Saxe. Entre cette usine et la France – et le monde entier – il y a aussi beaucoup de transports nucléaires.

J’ai suivi les évènements à distance, car j’étais ce jour-là membre de l’équipe d’aide juridique, qui aide les manifestant(e)s arrêté(e)s par la police. Nous savions qu’à Gronau, la firme URENCO veut faire le moins de vagues possible et ne souhaite en cas de manifestation pas l’intervention de la police, pour ne pas livrer aux médias des images négatives pour l’entreprise, d’une évacuation de militant(e)s pacifiques. AREVA à l’inverse ne supporte pas la présence de manifestant(e)s et exige rapidement l’intervention de la police. Il était connu, que les 9 militant(e)s qui ont en octobre 2012 bloqué l’usine par un blocage assis et dans les aires (Cordes d’escalade tendues au dessus de la route) ont été délogés par la police et son unité spéciale antiterroriste « SEK ». Le procureur accuse maintenant les 9 militant(e)s – dont je fais partie – de « coercition collective », le procès devrait avoir lieu dans les mois prochains.

Ce 25 juillet, ce n’était pas neuf personnes qui manifestaient, mais une cinquantaine. La police a dégagé à parti de 11h du matin aux ordres de AREVA les personnes – avec plus ou moins de violence – une à une de la route. Les militant(e)s ont été ensuite encerclés sur le côté puis embarqués un à un au poste de police. L’unité de police SEK est intervenue à la fin pour arrêter les grimpeurs dans les cordes au-dessus de la route. L’équipe juridique avait du travail, la police ne voulait pas libérer les moins de 18 ans sans avoir appelé les parents, deux militantes du blocage assis ont été blessées (dont une fracture du doigt importante, avec endommagement des tendons) lors de l’intervention de la police, qui une fois les caméras moins présentes, est devenue plus violente. Au poste de police, les agents étaient dépassés par le nombre, si bien que la saisie du matériel d’escalade des grimpeurs a pu être empêchée par des militant(e)s bien décidées... Vers 16h30 tout(e)s les militant(e)s étaient libres.

Les participant(e)s du camp ont tiré un bilan très positif : les actions et le camp lui même ont trouvé un écho très positif au près de la population et dans les médias locaux. Beaucoup d’habitant(e)s des environs étaient présents à la fête de clôture du camp.

Une chose est certaine : AREVA et URENCO n’ont pas vu les militant(e)s pour la dernière fois ! « Wir kommen wieder ! » - « Nous reviendrons ! »

Ecureuille

Voir la galerie photo des actions à Gronau et Lingen : https://www.anti-atom-aktuell.de/fotos/20130722_blockade_uaa/index.html

Nous reproduisons ici l’article paru sur le blog de Cécile Lecomte : https://blog.eichhoernchen.fr/post/Camp-antinucleaire-semaine-agitee-pour-AREVA-URENCO...

("Abschalten" = "arrêter" en allemand)

Une galerie photo des actions à Gronau et Lingen est visible ici : https://www.anti-atom-aktuell.de/fotos/20130722_blockade_uaa/index.html

Camp antinucléaire : Une semaine agitée pour AREVA et URENCO...

Du 19 au 27 juillet a eu lieu à Metelen, dans la région de Münster (Westphalie du Nord) un camp antinucléaire. Ceux qui pensent que l’Allemagne sort du nucléaire, comme le proclament les politicien(ne)s, se trompent ! C’était en tout cas l’avis des militant(e)s venu(e)s au camp (environ 200 personnes en cumulé sur la semaine). Le camp était l’occasion de participer à des ateliers pour rafraichir ses connaissances sur différents sujets politiques, de proposer soi-même un atelier pour transmettre son savoir et de discuter. J’ai par exemple montré et traduit simultanément le film sur la lutte contre la centrale nucléaire de Plogoff en Bretagne dans les années 70 . Les militant(e)s, ne se voulant pas repliés sur eux-mêmes, avaient invité la population des environs à venir boire un coup ou participer aux ateliers. L’offre a été appréciée. Le camp était aussi un camp « action », pour les participant(e)s il était indispensable d’allier de l’action aux mots. L’usine d’enrichissement de l’uranium de la firme URENCO, située à Gronau (Wesphalie du Nord) a été bloquée une journée le 23 juillet. L’usine de combustible nucléaire de l’entreprise française AREVA, située à Lingen (Basse-Saxe) non loin de Gronau a été bloquée le 25 Juillet une demi-journée jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre. Ces deux usines qui contribuent au fonctionnement de centrales nucléaires dans le monde entier ont malgré la « sortie du nucléaire » une autorisation de fonctionnement illimitée dans le temps.

A Gronau, les militant(e)s sont arrivé(e)s au petit matin avec deux tripodes de six mètres de haut pour bloquer l’entrée principale de l’usine d’enrichissement. La police sur place avec une voiture à l’arrivée des manifestant(e)s n’est pas intervenue et s’est contentée de faire la circulation : les travailleurs de l’usine ont été renvoyés sur l’entrée secondaire de l’autre côté, entrée aussi appelée accès pompiers, bien qu’un gros camions ne puisse pas passer par ce passage étroit et envahi par la végétation.

J’ai reçu un appel au secours alors que j’étais en train de m’installer confortablement sur mon tripode : « La police a interpellé deux personnes et on n’est que 4 à bloquer l’entrée secondaire ! » Sur ce, le groupe de musique Samba s’est mis en route pour porter main forte de l’autre côté. Peu après, la police a tenté de prendre contact avec les manifestant(e)s sur leur tripod pour les convaincre de laisser passer les travailleurs-ses qui veulent quitter l’usine avec leurs voitures, les deux entrées étant bloquées par des manifestant(e)s assis, dansant et grimpant. URENCO, la firme qui exploite l’usine, a été plus rapide à prendre une décision : elle a commandé des taxis avec beaucoup de places assises pour ses employé(e)s, qui ont donc quitté l’usine en laissant leur voiture sur place. Les livraisons par camions « urgentes » ont elles, dû revenir le lendemain. Malgré les 40 degrés en plein soleil le blocage a tenu jusqu’au soir.

Une demande au parlement de Westphalie du nord a permis récemment d’obtenir des informations sur les transports de matières radioactives qui ont eu lieu depuis et vers l’usine de Gronau ces dernières années. Il y a de nombreux transports entre la France et l’Allemagne, essentiellement pas camion – mais aussi par train. Lors du petit camp antinucléaire « clandestin » de l’année dernière - c’était plutôt une rencontre entre amis, nous n’avions pas mobilisé ouvertement, mais la police avait quand même l’info – nous avons bloqué un de ces trains transportant de l’uranium vers la France (Pierrelatte). J’étais perchée dans des arbres avec trois autres personnes et juste avant, vers midi deux personnes avaient trouvé un tube sous les rails et s´y étaient fixées... Le train avait dans un premier temps fait demi tour et pris plus tard une autre route, l’évacuation des arbres n’étant pas terminée en fin d’après midi. Le 20 aout prochain aura lieu un procès contre les deux militant(e)s qui se sont enchainé(e)s aux rails, on leur reproche une perturbation d’entreprise de service publique.

La police a, à plusieurs reprises, tenté de savoir ce que préparaient les militant(e)s lors des journées d’action annoncées sur le site Internet du camp. Les policiers-ères, qu’ils/elles soient en civil ou en uniforme avaient cependant souvent droit à un accueil qui n’était pas de leur gout. Certain(e)s militant(e)s voulaient mettre ce qu’ils/elles avaient appris dans l’atelier « blocage » en pratique, d’autres voulaient danser autour de la voiture. Et puis du fait que j’ai porté plainte contre l’observation permanente du camp de l’année dernière, la police se voulait cette fois-ci plus discrète et ne se garait pas directement devant l’entrée... Quant à Heiner Konert, l’agriculteur qui recevait le camp sur son terrain, il n’était pas du genre à vendre la mèche – même si dans le village tout le monde se connait et un policier est allé à l’école avec lui. Au contraire, Heiner est un antinucléaire convaincu qui s’est lancé très tôt – du temps ou l’on se moquait des écolos qui voulaient faire de l’énergie avec du vent – dans les énergies renouvelables et gère plusieurs éoliennes dans la région.

Pour semer le trouble, un militant a déclaré 4 actions "vigiles" à 4 endroits différents dans un rayon de 50km autour du camp pour la seconde journée d’action le 25 juillet : à Gronau devant l’usine d’enrichissement d’uranium, à Ahaus devant le site d’entreposage des déchets nucléaires hautement radioactifs, à Lingen en centre-ville (à Lingen il y a l’usine de combustible nucléaire d’AREVA et une centrale nucléaire en fonctionnement de RWE) ainsi qu’en ville à Metelen. La police a tout de suite réclamé une « discussion de coopération », mais il y avait sur le camp bien plus intéressant à faire... La police a su dès le lendemain matin très tôt où trouver les militant(e)s : une cinquantaine de manifestant(e)s bloquaient dès 5h30 du matin l’unique route d’accès à l’usine de combustible AREVA de Lingen en Basse-Saxe. Entre cette usine et la France – et le monde entier – il y a aussi beaucoup de transports nucléaires.

J’ai suivi les évènements à distance, car j’étais ce jour-là membre de l’équipe d’aide juridique, qui aide les manifestant(e)s arrêté(e)s par la police. Nous savions qu’à Gronau, la firme URENCO veut faire le moins de vagues possible et ne souhaite en cas de manifestation pas l’intervention de la police, pour ne pas livrer aux médias des images négatives pour l’entreprise, d’une évacuation de militant(e)s pacifiques. AREVA à l’inverse ne supporte pas la présence de manifestant(e)s et exige rapidement l’intervention de la police. Il était connu, que les 9 militant(e)s qui ont en octobre 2012 bloqué l’usine par un blocage assis et dans les aires (Cordes d’escalade tendues au dessus de la route) ont été délogés par la police et son unité spéciale antiterroriste « SEK ». Le procureur accuse maintenant les 9 militant(e)s – dont je fais partie – de « coercition collective », le procès devrait avoir lieu dans les mois prochains.

Ce 25 juillet, ce n’était pas neuf personnes qui manifestaient, mais une cinquantaine. La police a dégagé à parti de 11h du matin aux ordres de AREVA les personnes – avec plus ou moins de violence – une à une de la route. Les militant(e)s ont été ensuite encerclés sur le côté puis embarqués un à un au poste de police. L’unité de police SEK est intervenue à la fin pour arrêter les grimpeurs dans les cordes au-dessus de la route. L’équipe juridique avait du travail, la police ne voulait pas libérer les moins de 18 ans sans avoir appelé les parents, deux militantes du blocage assis ont été blessées (dont une fracture du doigt importante, avec endommagement des tendons) lors de l’intervention de la police, qui une fois les caméras moins présentes, est devenue plus violente. Au poste de police, les agents étaient dépassés par le nombre, si bien que la saisie du matériel d’escalade des grimpeurs a pu être empêchée par des militant(e)s bien décidées... Vers 16h30 tout(e)s les militant(e)s étaient libres.

Les participant(e)s du camp ont tiré un bilan très positif : les actions et le camp lui même ont trouvé un écho très positif au près de la population et dans les médias locaux. Beaucoup d’habitant(e)s des environs étaient présents à la fête de clôture du camp.

Une chose est certaine : AREVA et URENCO n’ont pas vu les militant(e)s pour la dernière fois ! « Wir kommen wieder ! » - « Nous reviendrons ! »

Ecureuille

Voir la galerie photo des actions à Gronau et Lingen : https://www.anti-atom-aktuell.de/fotos/20130722_blockade_uaa/index.html