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Sortir du nucléaire n°100



Hiver 2024
Crédit photo : Patrick Daxenbichler - Adobe

Changer

Surproduction d’électricité nucléaire : l’absurdité française

Article paru dans la revue Sortir du nucléaire n°100 - Hiver 2024

 Alternatives et sortie du nucléaire  Sortie du nucléaire  Maîtrise de l’énergie
Article publié le : 15 janvier 2024


L’adaptation de la société face à la production nucléaire historiquement basse en 2022 et l’excédent de puissance électrique sur le réseau électrique le prouvent : non seulement la mise à l’arrêt définitif de 7 réacteurs nucléaires est réalisable, mais elle permettrait enfin d’orienter notre pays vers la sobriété !



En 2022, certain·es avaient imaginé qu’en raison des arrêts de plusieurs réacteurs nucléaires, dus aux problèmes de corrosion sous contrainte, la France manquerait d’électricité en hiver, notamment pour le chauffage électrique. Cela n’a pas été le cas. Malgré un niveau de production électrique d’origine nucléaire historiquement bas, il n’y a pas eu plus de coupures de courant en 2022 qu’en 2023. La médiatisation de la peur d’une "crise hivernale" a néanmoins eu un effet positif : les Français·es ont réalisé des économies d’électricité. Un début de sobriété historique !

Les décroissant·es pourraient s’emparer de cette expérience historique qui va dans le sens d’une sobriété électrique en France. Pour poursuivre l’élan de sobriété entamé en 2022, il faudrait commencer par maintenir le niveau d’indisponibilité nucléaire de cette année de référence, et revendiquer la mise à l’arrêt définitive de 7 réacteurs nucléaires dès maintenant ! Pourquoi ce chiffre ? Car, la France compte en moyenne 7 GW de puissance en trop (équivalant à 7 réacteurs nucléaires) sur son réseau électrique [1]. Elle exporte cet excédent d’électricité toute l’année vers ses voisins européens, toute l’année.

D’où viennent ces 7 GW de puissance en trop ? Sûrement pas des renouvelables vu leur faible part sur le réseau électrique français (26 % seulement contre 30 à 63 % de renouvelables électriques pour nos voisins européens). Encore moins des centrales gaz, car brûler du gaz fossile pour créer des exports n’a plus de sens de nos jours en termes de dépendance et de coûts. Enlevez ces sources d’électricité, il n’en reste plus qu’une à pointer du doigt : ces exports permanents d’électricité sont la conséquence de la surproduction nucléaire, mais personne ne vous le dira dans les médias.

Il est donc maintenant souhaitable de réclamer haut et fort la fin de la surproduction d’électricité nucléaire, qui part en exportations, et n’alimente donc pas la France, mais qui produit des déchets radioactifs sur notre territoire pour des millénaires ! Et que l’on ne vienne pas nous dire que la France a des engagements de fourniture d’électricité vis-à-vis de ses voisins européens, car hormis le Royaume-Uni et l’Italie, ils se débrouillent en général seuls.

Réclamer l’arrêt définitif de 7 réacteurs nucléaires permettrait à la fois d’accélérer la bifurcation vers une électricité vraiment décarbonée et sans radioactivité, et de pointer le ridicule de la propagande gouvernementale de relance du fiasco EPR (Edifié Pour Rien).

Sylvain Houpert


Notes

[1Ce chiffre a été obtenu par l’auteur en réalisant un calcul à partir des données de 2023 de RTE (gestionnaire de réseau de transport d’électricité français), se basant notamment sur les volumes d’imports et d’exports d’électricité de la France. La moyenne obtenue pour 2023 est de 7 GW.

En 2022, certain·es avaient imaginé qu’en raison des arrêts de plusieurs réacteurs nucléaires, dus aux problèmes de corrosion sous contrainte, la France manquerait d’électricité en hiver, notamment pour le chauffage électrique. Cela n’a pas été le cas. Malgré un niveau de production électrique d’origine nucléaire historiquement bas, il n’y a pas eu plus de coupures de courant en 2022 qu’en 2023. La médiatisation de la peur d’une "crise hivernale" a néanmoins eu un effet positif : les Français·es ont réalisé des économies d’électricité. Un début de sobriété historique !

Les décroissant·es pourraient s’emparer de cette expérience historique qui va dans le sens d’une sobriété électrique en France. Pour poursuivre l’élan de sobriété entamé en 2022, il faudrait commencer par maintenir le niveau d’indisponibilité nucléaire de cette année de référence, et revendiquer la mise à l’arrêt définitive de 7 réacteurs nucléaires dès maintenant ! Pourquoi ce chiffre ? Car, la France compte en moyenne 7 GW de puissance en trop (équivalant à 7 réacteurs nucléaires) sur son réseau électrique [1]. Elle exporte cet excédent d’électricité toute l’année vers ses voisins européens, toute l’année.

D’où viennent ces 7 GW de puissance en trop ? Sûrement pas des renouvelables vu leur faible part sur le réseau électrique français (26 % seulement contre 30 à 63 % de renouvelables électriques pour nos voisins européens). Encore moins des centrales gaz, car brûler du gaz fossile pour créer des exports n’a plus de sens de nos jours en termes de dépendance et de coûts. Enlevez ces sources d’électricité, il n’en reste plus qu’une à pointer du doigt : ces exports permanents d’électricité sont la conséquence de la surproduction nucléaire, mais personne ne vous le dira dans les médias.

Il est donc maintenant souhaitable de réclamer haut et fort la fin de la surproduction d’électricité nucléaire, qui part en exportations, et n’alimente donc pas la France, mais qui produit des déchets radioactifs sur notre territoire pour des millénaires ! Et que l’on ne vienne pas nous dire que la France a des engagements de fourniture d’électricité vis-à-vis de ses voisins européens, car hormis le Royaume-Uni et l’Italie, ils se débrouillent en général seuls.

Réclamer l’arrêt définitif de 7 réacteurs nucléaires permettrait à la fois d’accélérer la bifurcation vers une électricité vraiment décarbonée et sans radioactivité, et de pointer le ridicule de la propagande gouvernementale de relance du fiasco EPR (Edifié Pour Rien).

Sylvain Houpert



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