Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 16 octobre 2026
La question des déchets nucléaires est brûlante aujourd’hui en Belgique (même si on en parle trop peu). D’une part, le gouvernement a pris la décision d’enfouir en profondeur les déchets les plus dangereux et doit en choisir l’emplacement. D’autre part, il a la volonté de replacer le nucléaire au centre de sa politique énergétique, de prolonger la durée de vie des réacteurs existants et d’en relancer certains qui avaient été arrêtés. Cela remet à l’ordre du jour les négociations avec Engie, le gestionnaire français des centrales belges, pour organiser la gestion des centrales, de leurs déchets et leur problématique démantèlement.
La Belgique, comme les autres États nucléarisés, a d’abord largué ses déchets nucléaires dans la mer. 30 000 tonnes de fûts radioactifs ont été jetés dans la mer du Nord jusqu’en 1983, malgré des luttes pour dénoncer et empêcher cette pratique.
L’usine de retraitement des combustibles et celle de fabrication de MOX ont fermé dans les années 70. Depuis lors, on ne compte plus sur le mythe du retraitement pour revaloriser les déchets comme "ressource".
Aujourd’hui, on stocke provisoirement à sec et en piscine aux abords des deux centrales belges : Doel près d’Anvers, et Tihange près de Liège. Ça déborde un peu, et les bâtiments ont été agrandis récemment.
La Belgique doit aussi gérer les déchets issus de l’industrie minière du radium, provenant de l’exploitation des mines de son ex-colonie la République Démocratique du Congo. L’ONDRAF (Organisme National des Déchets Radioactifs et des matières Fissiles enrichies, équivalent de l’ANDRA) a proposé d’enterrer les 30 000 m³ à 10 mètres pour 1600 ans (sic). Cependant, il n’y a toujours pas de décision officielle du gouvernement. Notons également que tous les déchets liés à l’extraction sont bien entendu restés sur place et polluent les sols congolais.
Concernant les autres déchets radioactifs (ceux des réacteurs et de l’industrie), l’État belge a décidé de construire un site de stockage pour "les moins dangereux" (appelés catégorie A) à Dessel, géré par Belgoprocess, une filiale de l’ONDRAF. Une fois construit et rempli, il faudra trouver un moyen de surveiller le site tout en le maintenant fermé pendant 300 ans. Les chiffres avant la relance du nucléaire parlaient déjà d’un volume total d’"environ 158 156 m³" de déchets.
À côté de ce lieu de stockage, il y a un musée interactif et innovant, Tabloo, qui comme les autres acteurs institutionnels tels que l’ONDRAF, présente les déchets non comme un problème insoluble mais un défi passionnant à relever.
Pour les déchets "plus dangereux" (catégories B et C, appelés haute activité à vie longue en France), l’État belge a décidé de les enfouir sous terre pour 500 000 ans (!). La décision a été validée après une consultation publique, en ligne, en plein confinement Covid.
Le lieu de stockage n’est pas encore officiel et ne sera pas choisi avant une trentaine d’années. Mais tout porte à croire que ce sera aussi à Dessel, où l’État a installé HADES, son laboratoire de recherche sur l’enfouissement (High Activity Disposal Experimental Site). En 40 ans, environ 400 millions d’euros ont été injectés dans ce laboratoire.
Le gouvernement actuel (coalition droite et extrême droite) a décidé de relancer la filière nucléaire alors qu’une loi de sortie du nucléaire avait été votée en 2003. Les négociations avec Engie sont tendues pour savoir comment relancer les réacteurs déjà arrêtés et qui s’en occupera. Le problème du financement de la gestion des déchets, comme celui du démantèlement des réacteurs, est crucial dans la négociation. Normalement, le principe de pollueur-payeur devrait s’appliquer et des provisions ont été payées mais il est probable qu’elles ne suffisent pas. Les négociations du côté d’Engie visent à plafonner le montant que la multinationale devra payer et limiter sa responsabilité, du côté du gouvernement, beaucoup de concessions sont faites pour pouvoir continuer à produire de l’électricité nucléaire... et des déchets.