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Santé et sous-traitance

Des conditions de travail révoltantes

"On travaille comme des rats !"




Article paru dans "Les Infos Dieppoises" du 14 mai 2010.



Centrale nucléaire de Penly : grève des salariés d’une entreprise prestataire

Les salariés d’un sous-traitant à la centrale de Penly sont en grève. Certains sont sédentaires, d’autres sont des nomades du nucléaire. Tous réclament des meilleures conditions de rémunération et plus de reconnaissance.

Les sites électronucléaires accueillent tout au long de l’année des entreprises prestataires et plus encore lors des arrêts de tranches comme c’est le cas actuellement à Penly.

Depuis dimanche, les salariés de l’entreprise sous-traitante SPIE DEN, spécialisée dans la logistique et le magasinage nucléaire, débrayent chaque jour deux heures par poste. « On en a marre ! martèlent les salariés réunis devant l’accueil de la centrale. Dès que nous dépassons la 36e heure de travail, nos heures supplémentaires sont mises sur un compteur temps et sans majoration. Nous avons l’obligation de leur prêter nos efforts gratuitement et ils ne nous le rendent que lorsqu’ils le désirent, et cela sans intérêt ». Et la CGT de surenchérir dans son tract : « Pendant ce temps, notre direction peut allégrement boursicoter, placer l’argent qui nous revenait de droit ». Les salariés qui travaillent en trois-huit déplorent aussi un manque de majoration pour les salariés qui travaillent de nuit.

Parmi les grévistes, si certains sont des « nomades du nucléaire » comme on les appelle, d’autres sont des salariés permanents, certains affichent plus de vingt ans d’ancienneté au sein de l’entreprise SPIE DEN : « ça fait vingt et un ans que je suis ici et je suis toujours Smicard payé 8,87 euros de l’heure, se lamente un salarié. Un autre, dans le même cas, poursuit : Et quand des jeunes arrivent, c’est à nous de les former, de leur transmettre notre expérience, sans rien avoir en plus. Des nouvelles recrues sont même payées plus cher que nous ».

Les primes liées à leur profession fondent : « On a une prime de masque de 1,50 euro et de « Mururoa » de 2,50 euros, soulignent les syndicalistes CGT. Le salarié par exemple qui descend pour réaliser une décontamination de la piscine du bâtiment réacteur durant une heure ne touchera 2,50 euros pour la contrainte de l’intervention. La question mérite d’être posée : lequel de nos dirigeants oserait envoyer ses enfants en fond de piscine pour seulement 2,50 euros ». A Penly comme ailleurs, les prestataires du nucléaire reçoivent 80 % de la dose collective d’irradiation subie dans l’industrie française du secteur. Cette dose est contrôlée sur chaque prestataire grâce à un film et à un badge dosimétriques qu’ils portent sur eux.

A quatre dans une même chambre

La situation des nomades du nucléaire est dénoncée depuis longtemps par les organisations syndicales, à grand renfort d’essais (1) et de films (2). « J’ai 12 euros par jour pour faire 120 km aller/retour tous les jours, témoigne un salarié syndiqué. Un collègue qui fait la route entre Fécamp et Penly touche 14 euros par jour ».

Mais lorsqu’il est demandé aux salariés d’aller travailler sur d’autres sites, parfois à 1 000 km de leur domicile, les salariés doivent prendre leur voiture personnelle et sont indemnisés à 0,23 euro/km. « Les nomades du nucléaire font en moyenne 40 000 km/an. Au bout de trois ans, leur voiture est déjà morte, souligne José Andrade, délégué national CGT chez SPIE DEN. La direction de SPIE-DEN ne veut pas augmenter les frais de déplacements. Elle nous fait croire que le carburant a fortement baissé ».

Les salariés de ces entreprises sous-traitantes sont amenés à se déplacer d’un site à l’autre mais les délais dans lesquels ils sont prévenus les exaspèrent : « On nous informe le vendredi soir qu’on doit être sur un autre site, à 1 000 km de là dès le lundi matin, témoignent certains d’entre eux. Alors nous devons nous débrouiller en allant dormir dans les foyers Sonacotra ». A Penly, il n’est pas rare de voir des ouvriers dormir dans leurs caravanes et certains sont obligés de partager une chambre d’hôtel ou un petit gîte à quatre personnes. « C’est déplorable. C’est fréquent de dormir à plusieurs dans la même chambre. On voit souvent un lit servir la nuit à un salarié qui travaille le jour et ce même lit est occupé dans la journée par un ouvrier qui travaille la nuit. On travaille comme des rats ! » racontent ces nomades du nucléaire. Une indemnité de seulement 57 euros (hébergement et restauration compris) leur est versée par jour. Une situation très compliquée à gérer pour ces pères de familles qui ne peuvent rien prévoir à l’avance en raison de l’incertitude de leurs déplacements.

Aucune entente avec la direction de SPIE DEN

Mardi après-midi, la direction de SPIE DEN est venue à la rencontre de son personnel, l’effectif est actuellement de 55 personnes sur le site de Penly. « Nous n’avons trouvé aucun accord, le mouvement se poursuit, signale, mardi soir, José Andrade, délégué CGT. La direction propose une majoration des heures supplémentaires à 10 %, ce que nous refusons. On veut juste que la direction applique le Code du travail à savoir majorer les huit premières heures sup’ à 25 % et à 50 % au-delà ».

Aurélien Bénard

(1) La Centrale, de Elisabeth Filhol, Éditions P.O.L. 144 pages.

(2) RAS - Nucléaire Rien A Signaler, d’Alain de Halleux, Arte France. 58 minutes.

Centrale nucléaire de Penly : grève des salariés d’une entreprise prestataire

Les salariés d’un sous-traitant à la centrale de Penly sont en grève. Certains sont sédentaires, d’autres sont des nomades du nucléaire. Tous réclament des meilleures conditions de rémunération et plus de reconnaissance.

Les sites électronucléaires accueillent tout au long de l’année des entreprises prestataires et plus encore lors des arrêts de tranches comme c’est le cas actuellement à Penly.

Depuis dimanche, les salariés de l’entreprise sous-traitante SPIE DEN, spécialisée dans la logistique et le magasinage nucléaire, débrayent chaque jour deux heures par poste. « On en a marre ! martèlent les salariés réunis devant l’accueil de la centrale. Dès que nous dépassons la 36e heure de travail, nos heures supplémentaires sont mises sur un compteur temps et sans majoration. Nous avons l’obligation de leur prêter nos efforts gratuitement et ils ne nous le rendent que lorsqu’ils le désirent, et cela sans intérêt ». Et la CGT de surenchérir dans son tract : « Pendant ce temps, notre direction peut allégrement boursicoter, placer l’argent qui nous revenait de droit ». Les salariés qui travaillent en trois-huit déplorent aussi un manque de majoration pour les salariés qui travaillent de nuit.

Parmi les grévistes, si certains sont des « nomades du nucléaire » comme on les appelle, d’autres sont des salariés permanents, certains affichent plus de vingt ans d’ancienneté au sein de l’entreprise SPIE DEN : « ça fait vingt et un ans que je suis ici et je suis toujours Smicard payé 8,87 euros de l’heure, se lamente un salarié. Un autre, dans le même cas, poursuit : Et quand des jeunes arrivent, c’est à nous de les former, de leur transmettre notre expérience, sans rien avoir en plus. Des nouvelles recrues sont même payées plus cher que nous ».

Les primes liées à leur profession fondent : « On a une prime de masque de 1,50 euro et de « Mururoa » de 2,50 euros, soulignent les syndicalistes CGT. Le salarié par exemple qui descend pour réaliser une décontamination de la piscine du bâtiment réacteur durant une heure ne touchera 2,50 euros pour la contrainte de l’intervention. La question mérite d’être posée : lequel de nos dirigeants oserait envoyer ses enfants en fond de piscine pour seulement 2,50 euros ». A Penly comme ailleurs, les prestataires du nucléaire reçoivent 80 % de la dose collective d’irradiation subie dans l’industrie française du secteur. Cette dose est contrôlée sur chaque prestataire grâce à un film et à un badge dosimétriques qu’ils portent sur eux.

A quatre dans une même chambre

La situation des nomades du nucléaire est dénoncée depuis longtemps par les organisations syndicales, à grand renfort d’essais (1) et de films (2). « J’ai 12 euros par jour pour faire 120 km aller/retour tous les jours, témoigne un salarié syndiqué. Un collègue qui fait la route entre Fécamp et Penly touche 14 euros par jour ».

Mais lorsqu’il est demandé aux salariés d’aller travailler sur d’autres sites, parfois à 1 000 km de leur domicile, les salariés doivent prendre leur voiture personnelle et sont indemnisés à 0,23 euro/km. « Les nomades du nucléaire font en moyenne 40 000 km/an. Au bout de trois ans, leur voiture est déjà morte, souligne José Andrade, délégué national CGT chez SPIE DEN. La direction de SPIE-DEN ne veut pas augmenter les frais de déplacements. Elle nous fait croire que le carburant a fortement baissé ».

Les salariés de ces entreprises sous-traitantes sont amenés à se déplacer d’un site à l’autre mais les délais dans lesquels ils sont prévenus les exaspèrent : « On nous informe le vendredi soir qu’on doit être sur un autre site, à 1 000 km de là dès le lundi matin, témoignent certains d’entre eux. Alors nous devons nous débrouiller en allant dormir dans les foyers Sonacotra ». A Penly, il n’est pas rare de voir des ouvriers dormir dans leurs caravanes et certains sont obligés de partager une chambre d’hôtel ou un petit gîte à quatre personnes. « C’est déplorable. C’est fréquent de dormir à plusieurs dans la même chambre. On voit souvent un lit servir la nuit à un salarié qui travaille le jour et ce même lit est occupé dans la journée par un ouvrier qui travaille la nuit. On travaille comme des rats ! » racontent ces nomades du nucléaire. Une indemnité de seulement 57 euros (hébergement et restauration compris) leur est versée par jour. Une situation très compliquée à gérer pour ces pères de familles qui ne peuvent rien prévoir à l’avance en raison de l’incertitude de leurs déplacements.

Aucune entente avec la direction de SPIE DEN

Mardi après-midi, la direction de SPIE DEN est venue à la rencontre de son personnel, l’effectif est actuellement de 55 personnes sur le site de Penly. « Nous n’avons trouvé aucun accord, le mouvement se poursuit, signale, mardi soir, José Andrade, délégué CGT. La direction propose une majoration des heures supplémentaires à 10 %, ce que nous refusons. On veut juste que la direction applique le Code du travail à savoir majorer les huit premières heures sup’ à 25 % et à 50 % au-delà ».

Aurélien Bénard

(1) La Centrale, de Elisabeth Filhol, Éditions P.O.L. 144 pages.

(2) RAS - Nucléaire Rien A Signaler, d’Alain de Halleux, Arte France. 58 minutes.




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