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Sortir du nucléaire n°110



Été 2026
Crédit photo : © NASA

La crise du détroit d’Ormuz pousse-t-elle vers le nucléaire ?

La situation de crise autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial, a entraîné une hausse des prix et témoigne de tensions géopolitiques majeures. Quelles en sont les répercussions en France sur l’ensemble des usages énergétiques ?

Energies renouvelables Maîtrise de l’énergie

Un constat pour commencer : l’électricité est déjà "dépétrolisée" contrairement à la situation qui prévalait lors du choc pétrolier de 1973. En effet, 39 % (67,6 TWh) du mix électrique français était au fioul cette année-là, pour seulement 0,35 % (1,6 TWh) de la consommation électrique française en 2025 [1]. C’est vrai quasiment dans le monde entier.

La sortie du chauffage au fioul (une bonne chose) était déjà bien engagée avant la crise du détroit d’Ormuz. En effet, on comptait 2,6 millions de résidences principales chauffées au fioul en 2022 contre 4,6 millions en 2006 [2].

L’électrification du parc de véhicules légers (VL, soit particuliers et petits utilitaires) représenterait au maximum 100 TWh par an en 2050 et il faudrait seulement quelques dizaines de TWh en plus si on y ajoutait les poids lourds [3].

Pour comparaison, on consomme actuellement environ 450 TWh d’électricité par an, l’électrification des véhicules est donc tout à fait absorbable moyennant un rythme de développement des énergies renouvelables électriques (moins chères, plus rapides à mettre en œuvre, incomparablement plus sûres, souveraines, etc.), comparable à ce qui se passe... à peu près partout ailleurs dans le monde, comme en attestent année après année le World Nuclear Industry Status Report. Et avec sobriété et efficacité, c’est encore mieux !

Le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a d’ailleurs pointé l’avantage stratégique des énergies renouvelables dans ce contexte.

« Les renouvelables changent la donne. Le soleil ne dépend pas de détroits maritimes étroits et vulnérables, le vent souffle sans nécessiter d’escortes navales massives financées par les contribuables, et les énergies renouvelables permettent aux pays de s’isoler des turbulences mondiales et d’échapper à la politique du rapport de force » - Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies, lors du « Green Growth Summit 2026 » (16 mars 2026)

Et ça ne concerne pas que les énergies renouvelables électriques. Le bois, ça existe, le gisement n’est pas épuisé et ce n’est pas une catastrophe pour la qualité de l’air (moyennant du bois sec et un appareil du XXIe siècle), c’est renouvelable et stockable (qui n’a pas déjà vu... un tas de bois ?) et moins cher que le nucléaire. Le solaire thermique, ça existe aussi, c’est stockable (un ballon solaire peut permettre de passer trois jours de temps gris sans appoint en inter-saison et 100 % des besoins en eau chaude de courant mai à courant octobre) et c’est moins cher que le nucléaire. Le biométhane et l’hydrogène (en substitution du gaz fossile), ça existe (pour usages sobres et efficaces et pour le bouclage du mix électrique), il est juste dommage que la taxonomie européenne (outre l’inclusion du nucléaire) ait ralenti ce mouvement néanmoins inéluctable du gaz fossile vers le gaz renouvelable.

Si le gouvernement veut électrifier à coup de pompes à chaleur mais sans rénover thermiquement (cf. les affres de MaPrimeRénov’) et/ou à coup de grille-pains (cf. les évolutions détestables du diagnostic de performance énergétique), ça coûterait une fortune aux ménages, mais une telle gabegie énergétique est peut-être la seule planche de salut de la macronie et des autres pronucléaires pour tenter de justifier le nouveau nucléaire, d’où la question : qui serait prêt à (sur)payer pour ce "projet" ?

  • Damien Renault

Notes

[1] Évolution de la production thermique fossile, analyses et données de l’électricité, RTE, rte-france.com

[2] 2,6 millions de résidences principales encore chauffées au fioul en 2022, www.insee.fr, 13 janvier 2026

[3] Dans les résultats provisoires de la mise à jour prévue pour fin 2026 de son scénario Futurs énergétiques 2021, RTE projette dans son scénario central 96,1 TWh de consommation électrique finale des VL et 39,5 TWh des PL en 2050, pour respectivement 332,8 TWh et 110,5 TWh de produits pétroliers en 2023, ce qui souligne le gain d’efficacité énorme de l’électrification des véhicules... à condition de le faire avec des énergies renouvelables.



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