Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 16 octobre 2026
Depuis 2011, Tramayes, petite commune de Saône-et-Loire, s’est engagée dans une démarche ambitieuse : devenir un territoire à énergie positive (TEPOS). Nous avons rencontré Michel Maya, maire de la commune durant cinq mandats, de 1995 à 2026, qui témoigne des actions mises en place pour y parvenir.
À Tramayes, le projet de réseau de chaleur débute en 2002. La commune, accompagnée de l’ADEME, identifie un enjeu majeur : le chauffage au fuel, très émetteur de gaz à effet de serre (GES) est utilisé dans l’ensemble des bâtiments communaux. L’idée d’une chaufferie centralisée au bois, reliée à un réseau de chaleur émerge. L’investissement initial est élevé (1 million d’euros contre 58 000 € pour des chaudières fuel neuves) mais l’analyse en coût global sur 20 ans révèle l’avantage économique et écologique du bois déchiqueté ; il est bien moins cher, moins polluant et disponible localement. "Dans un périmètre très réduit, on a la mairie avec les ateliers municipaux, la salle omnisports, la salle des fêtes et l’école maternelle. Un réseau de chaleur pouvait facilement alimenter ces bâtiments", raconte Michel Maya, ancien maire de la commune, à l’initiative de la démarche.
Face aux craintes de certain·es habitant·es (déforestation, pollution, fumées), des réunions sont organisées. Les experts rassurent : la forêt produit plus de biomasse que nécessaire et une combustion maîtrisée limite les émissions. Fin 2006, le réseau est inauguré. "L’histoire ne s’arrête pas là car, par la suite, des extensions de réseau ont été faites (en 2010, 2013, 2016, 2017) afin de raccorder d’autres usagers, notamment des particuliers. Le réseau de chaleur alimente donc actuellement l’ensemble des bâtiments communaux, sauf l’ancienne gendarmerie trop éloignée, l’EHPAD et une soixantaine de logements privés", poursuit Michel Maya. À noter que l’EHPAD économise ainsi 20 000 € par an, avec un bilan carbone exemplaire 0,043 kg CO2/kWh, parmi les meilleurs de France. En 2025, la chaudière a dû être remplacée (650 000 € HT), sans hausse tarifaire grâce à l’amortissement de l’apport initial.
Tramayes agit aussi sur son éclairage public ; entre 2006 et 2008, une étude est faite avec le SYSDEL, Syndicat départemental d’Énergie de Saône-et-Loire, et l’ANPCEN, Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes, sur les impacts environnementaux et sanitaires de l’éclairage public.
Fin 2008, l’extinction totale de minuit à 6h est bien acceptée par la population grâce à une pédagogie préalable. Michel Maya précise : "Nous avons beaucoup informé durant les deux années précédant l’application de cette opération. Des membres de l’ANPCEN sont intervenus en réunion de conseil municipal, en réunion publique, et lors de la foire annuelle pour montrer les incidences environnementales de l’éclairage public et ses méfaits sur la santé humaine, la biodiversité ainsi que l’impact négatif sur la circulation routière". Depuis, l’extinction se fait de 22h à 5h45, "pour permettre à certains membres du personnel de l’EHPAD d’avoir de l’éclairage pour leur prise de fonction de 6h".
Les luminaires à incandescence sont remplacés progressivement par des LED et des systèmes intelligents (cellules photosensibles, horloges astronomiques). La consommation d’éclairage public est divisée par cinq en 15 ans sans augmentation budgétaire.
Parallèlement, d’autres actions ont permis de réduire la consommation municipale d’électricité. Les pompes de la chaufferie sont optimisées et consomment moitié moins d’électricité. Un autre bâtiment municipal est raccordé au réseau de chaleur. En 10 ans, de 2007 à 2017 la consommation électrique passe de 400 MWh à 117 MWh.
Comme toutes les communes, Tramayes possède différents bâtiments dont elle assure la gestion et l’entretien (mairie, église, écoles, salle des fêtes, salle omnisports…). Selon le volume chauffé et l’état d’isolation, la consommation peut être plus ou moins importante dans ces bâtiments souvent assez anciens, aux performances énergétiques médiocres. La municipalité opte autant que possible pour des rénovations globales, plus efficaces que des travaux par étapes : isolation des murs, des sols et des toitures en matériaux biosourcés afin d’optimiser le confort d’été.
Il existait l’école maternelle et l’école élémentaire dans deux bâtiments distincts. Le nombre d’élèves diminuant, il semblait judicieux de tout rassembler sur un même lieu. Après réflexion il a été décidé de faire une rénovation globale de l’école maternelle et de créer un corps de bâtiment neuf dans la cour, pour faire une école primaire. "Pour mener à bien le chantier, pendant une année scolaire les deux classes de maternelle se sont retrouvées dans des préfabriqués, pour le plus grand bonheur des enfants qui avaient l’impression de camper !" Résultat final : pas plus de 24°C dans les classes même en période de canicule et sans climatisation ! La rénovation globale de l’ancienne gendarmerie a également été programmée pour en faire un locatif communal de dix appartements.
Des panneaux photovoltaïques sont posés sur la salle des fêtes et la chaufferie (toiture et ombrières) et l’extension de la chaufferie est financée grâce à la revente d’électricité à EDF (4 500 €/an). "La création de production d’énergie renouvelable est une des actions indispensables pour devenir un territoire à énergie positive mais il faut aussi travailler sur la réduction des consommations énergétiques. L’objectif est, à partir d’un état initial, de baisser la consommation d’énergie et d’augmenter la production locale d’énergie renouvelable pour avoir un croisement des deux courbes", souligne Michel Maya. Il ajoute qu’il est "préférable de faire appel à des spécialistes. Par exemple, beaucoup considèrent que, comme ils n’ont pas de toiture orientée Sud, le photovoltaïque n’est pas pour eux. Mais en fait, en installant des panneaux sur un pan orienté Est et d’autres sur un pan orienté Ouest, on obtient une production d’électricité mieux répartie sur la journée et à l’année, ce qui peut être intéressant pour une autoconsommation."
Quatre nouvelles installations photovoltaïques de 140 kWc sont en cours de finalisation. Il est envisagé de créer une PMO (Personne Morale Organisatrice) qui aura pour mission d’animer l’utilisation de l’énergie produite par ces quatre installations dans une autoconsommation collective. Cela devrait permettre à la municipalité d’augmenter sa résilience électrique et d’avoir des tarifs stables et intéressants.
Avec l’outil TERZA [1] de la Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies (FNCCR), on peut constater que, grâce à ses actions, Tramayes produit 21 % de son énergie consommée. L’objectif TEPOS n’est pas encore atteint, mais la trajectoire est claire et son potentiel solaire énorme : en solarisant toitures et parkings, elle pourrait produire 2,6 fois sa consommation annuelle.
Tramayes prouve qu’une petite commune peut agir pour la transition énergétique. Sans prétendre sauver la planète, elle montre que l’action locale, ambitieuse et collective, est un levier puissant et qu’il convient que chacun, à toute échelle de décision, prenne conscience qu’il est possible d’apporter sa pierre à l’édifice d’un monde enviable pour les générations futures. Comme le rappelle Michel Maya : "Paris ne s’est pas fait en un jour". L’aventure continue.
[1] Application web conçue par la FNCCR et réalisée par le bureau d’études Énergies Demain pour aider les communes et intercommunalités à piloter leur transition énergétique. terza.fnccr.energiesdemain.org