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Fukushima et les Jeux Olympiques de Tokyo

Décrypter le mécanisme de l’escamotage d’une catastrophe nucléaire




La tenue des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 a été conçue dès l’origine comme une grande opération de diversion pour détourner le regard de la population japonaise, mais aussi de l’opinion publique internationale, de la réalité des accidents nucléaires de Fukushima. Passons sur le propos notoire de Abe Shinzô, le Premier Ministre de l’époque, assurant en septembre 2013 que la situation à Fukushima était “parfaitement sous contrôle“. Intéressons-nous plutôt à la structure générale d’une stratégie de communication dont ce mensonge n’était qu’un coup d’envoi.



À cette date, la majorité de la population n’était pas prête à soutenir l’initiative de tenir sept ans plus tard une fête sportive aussi gigantesque dans la capitale japonaise, située à 200 kilomètres de la région irrémédiablement dévastée et contaminée. Mais une fois Tokyo élue ville d’accueil, s’est répandue une paralogie selon laquelle puisqu’il fallait maintenant préparer les Jeux, les dégâts causés par les accidents ne devraient pas être aussi sérieux qu’on le croyait.

Cette stratégie de communication s’organise selon trois axes. D’abord la fabrication de l’“image“. Il s’agit d’imposer autoritairement un ordre du jour, permettant la construction d’une “façade“ présentable devant le public national et international alors que la vie collective est en danger. Ainsi, la décontamination se fait prioritairement sur les autoroutes et autour des gares ferroviaires au détriment des quartiers résidentiels. Et comme il est impossible de décontaminer les forêts, on n’en parle pas. De même, on passe sous silence les difficultés de plusieurs dizaines de milliers de personnes survivantes, dans des habitations provisoires à Fukushima, ou bien en exil sans l’espoir de retour.

Le second axe de la stratégie des pro-nucléaires de reconquérir la légitimité perdue est l’appropriation de la thématique de l’énergie renouvelable. Les Jeux Olympiques sont présentés comme une occasion rêvée pour la mise en place de cette industrie. Par exemple avec la construction d’un grand laboratoire de production d’hydrogène à Namie, la commune voisine de la centrale. Toute l’électricité que nécessitent les JO est censée être fournie par cette usine expérimentale. Ainsi, l’olympisme contribuerait à un développement soutenable, et l’exploitation d’une nouvelle énergie ne serait pas incompatible avec la poursuite du nucléaire. D’une pierre deux coups.

Il va sans dire que ce type de “lavage vert“ va de pair, comme le troisième axe, avec des “lavages sportifs“. Concrètement, il est proposé de servir aux olympiens des plats cuisinés avec des produits de Fukushima pour signifier qu’il n’y a plus de danger et que le Japon est venu à bout de la catastrophe. (sic)

Le point culminant de toute cette mascarade aurait dû être le départ, en mars dernier, du relais de la torche olympique au J-Village, le centre d’entraînement de football offert par TEPCO avant les accidents pour amadouer la population locale. Pourtant le terrain reste fortement contaminé. Peu importe, les téléspectateurs se ficheront de ce que l’écran ne leur montre pas, et puis, le prestige de la torche est jugé suffisamment éblouissant pour effacer de leur esprit tous les soucis liés à la menace de la radioactivité.

Ce scénario a été interrompu par la pandémie. Mais la donne ne changera pas tant que le CIO, la ville de Tokyo et le gouvernement japonais ne renonceront pas aux Jeux. Voilà pourquoi il incombe au mouvement de résistance aux JO de Tokyo de décrypter et de dénoncer ce mécanisme de l’escamotage de la catastrophe par le moyen du sport et du culte olympique, et, espérons-le, de le démanteler.

Satoshi Ukai

Un des initiateurs du mouvement anti-JO de Tokyo

À cette date, la majorité de la population n’était pas prête à soutenir l’initiative de tenir sept ans plus tard une fête sportive aussi gigantesque dans la capitale japonaise, située à 200 kilomètres de la région irrémédiablement dévastée et contaminée. Mais une fois Tokyo élue ville d’accueil, s’est répandue une paralogie selon laquelle puisqu’il fallait maintenant préparer les Jeux, les dégâts causés par les accidents ne devraient pas être aussi sérieux qu’on le croyait.

Cette stratégie de communication s’organise selon trois axes. D’abord la fabrication de l’“image“. Il s’agit d’imposer autoritairement un ordre du jour, permettant la construction d’une “façade“ présentable devant le public national et international alors que la vie collective est en danger. Ainsi, la décontamination se fait prioritairement sur les autoroutes et autour des gares ferroviaires au détriment des quartiers résidentiels. Et comme il est impossible de décontaminer les forêts, on n’en parle pas. De même, on passe sous silence les difficultés de plusieurs dizaines de milliers de personnes survivantes, dans des habitations provisoires à Fukushima, ou bien en exil sans l’espoir de retour.

Le second axe de la stratégie des pro-nucléaires de reconquérir la légitimité perdue est l’appropriation de la thématique de l’énergie renouvelable. Les Jeux Olympiques sont présentés comme une occasion rêvée pour la mise en place de cette industrie. Par exemple avec la construction d’un grand laboratoire de production d’hydrogène à Namie, la commune voisine de la centrale. Toute l’électricité que nécessitent les JO est censée être fournie par cette usine expérimentale. Ainsi, l’olympisme contribuerait à un développement soutenable, et l’exploitation d’une nouvelle énergie ne serait pas incompatible avec la poursuite du nucléaire. D’une pierre deux coups.

Il va sans dire que ce type de “lavage vert“ va de pair, comme le troisième axe, avec des “lavages sportifs“. Concrètement, il est proposé de servir aux olympiens des plats cuisinés avec des produits de Fukushima pour signifier qu’il n’y a plus de danger et que le Japon est venu à bout de la catastrophe. (sic)

Le point culminant de toute cette mascarade aurait dû être le départ, en mars dernier, du relais de la torche olympique au J-Village, le centre d’entraînement de football offert par TEPCO avant les accidents pour amadouer la population locale. Pourtant le terrain reste fortement contaminé. Peu importe, les téléspectateurs se ficheront de ce que l’écran ne leur montre pas, et puis, le prestige de la torche est jugé suffisamment éblouissant pour effacer de leur esprit tous les soucis liés à la menace de la radioactivité.

Ce scénario a été interrompu par la pandémie. Mais la donne ne changera pas tant que le CIO, la ville de Tokyo et le gouvernement japonais ne renonceront pas aux Jeux. Voilà pourquoi il incombe au mouvement de résistance aux JO de Tokyo de décrypter et de dénoncer ce mécanisme de l’escamotage de la catastrophe par le moyen du sport et du culte olympique, et, espérons-le, de le démanteler.

Satoshi Ukai

Un des initiateurs du mouvement anti-JO de Tokyo



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