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Des accidents nucléaires partout

France : La Hague : Des contrôles oubliés là où sont découpés et traités les combustibles usés




4 novembre 2019


Le 4 novembre 2019, Orano, exploitant des usines nucléaires de La Hague (Manche), publie un communiqué pour le moins sibyllin. En août 2019 "il a été constaté que vingt-sept contrôles périodiques d’équipements de mesure n’avaient pas été réalisés". Quels équipements, quelles mesures, pas réalisés depuis quand ? L’exploitant ne livre aucune précision dans sa déclaration de quelques lignes. Si ce n’est que depuis, tout a été vérifié et que tout marche bien. Et que chaque année des milliers de contrôles sont réalisés ! Mais quand on sait que les équipements en question font des mesures dans les usines UP3 A et UP2 800, la portée de ces quelques "oublis" prend une autre tonalité.


UP3 A et UP2 800 sont deux des nombreuses installations du site de La Hague. Les 2 sont des usines de traitement d’éléments combustibles irradiés provenant des réacteurs nucléaires à eau ordinaire. Et les 2 sont constituées de plusieurs ateliers. Les activités qui s’y déroulent sont particulièrement risquées, tant au plan de la sûreté que de la protection des travailleurs et de l’environnement.

Déchargement à sec des combustibles usés, entreposage en piscine, cisaillage, séparation de l’uranium [1], du plutonium [2] et des produits de fission [3], purification, conversion, conditionnement du plutonium, vitrification des produits de fission, entreposage de l’oxyde de plutonium... Quand on sait ce qui s’y passe - et contrairement à ce que laisse à penser le communiqué de l’exploitant - on se dit que des contrôles réguliers, pour vérifier que les équipements de mesure fonctionnent correctement, doivent quand même être importants. Et que les avoir oublié, c’est quand même pas normal, et un peu embêtant... Voire inquiétant.

On l’apprend par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), les équipements concernés par ces contrôles "oubliés" sont des capteurs, des automates de surveillance etc. importants pour la sûreté des locaux. Quels locaux ? Justement les ateliers à hauts risques, où sont fait l’extraction de plutonium et d’uranium, la concentration et la vitrification des produits de fission. Et ce ne sont pas 27 contrôles périodiques qui n’ont pas été faits mais 28. L’ASN pointera d’ailleurs du doigt la récurrence de ces "oublis" de vérifier le fonctionnement des équipements sur le site d’Orano. Mais aucune information ne sera donnée quant à la durée pendant laquelle ces équipements n’ont pas été contrôlés. L’évènement, significatif pour la sûreté, a été classé au niveau 1 de l’échelle INES [4] car à son origine, il y a, selon Orano, "l’utilisation de procédures insuffisantes". A minima : manque de rigueur, défaillances organisationnelles répétées et légèreté de l’exploitant.

Ce que dit Orano :

Classement d’un événement au niveau 1 - Non réalisation de contrôles périodiques

04/11/2019

En août dernier, lors d’une vérification interne sur le périmètre des usines UP2-800 et UP3 du site Orano la Hague, il a été constaté que vingt-sept contrôles périodiques d’équipements de mesure n’avaient pas été réalisés comme attendu.

Les contrôles réalisés depuis ont permis de démontrer que les équipements concernés sont fonctionnels.

Chaque année, ce sont plus de 24 000 contrôles périodiques qui sont réalisés sur le site.

L’événement n’a eu aucune conséquence pour le personnel, l’environnement et les installations concernées. Toutefois, l’analyse de l’anomalie ayant relevé l’utilisation de procédures insuffisantes à l’origine de la non réalisation de ces contrôles périodiques, il a été proposé à l’ASN de classer cet événement au niveau 1 sur l’échelle INES qui en compte 7.

Échelle INES : International Nuclear Event Scale (échelle de gravité des événements nucléaires) graduées jusqu’à 7.

https://orano.group/fr/actus/nos-actualites-locales/actualites-la-hague/2019/novembre/classement-d-un-evenement-au-niveau-1-non-realisation-de-controles-periodiques


Ce que dit l’ASN :

Non-respect de la périodicité de réalisation de contrôles et essais périodiques au sein des ateliers R2 , T2 et T7

Publié le 13/11/2019

Usine de traitement d’éléments combustibles irradiés provenant des réacteurs nucléaires à eau ordinaire (UP3 A) - Transformation de substances radioactives - Orano Cycle

Usine de traitement d’éléments combustibles irradiés provenant des réacteurs nucléaires à eau ordinaire (UP2 800) - Transformation de substances radioactives - Orano Cycle

Le 25 octobre 2019, Orano Cycle a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif au non-respect de la périodicité de réalisation de plusieurs contrôles et essais périodiques au sein des ateliers R2, T2 [5] et T7 [6].

Les contrôles et essais périodiques consistent à vérifier la capacité d’un matériel à assurer continûment sa fonction. Cette vérification se fait suivant une fréquence adaptée à l’importance pour la sûreté de chacun des matériels. Le programme de ces contrôles est défini dans les règles générales d’exploitation, approuvées par l’ASN.

Le 05 décembre 2018 Orano Cycle avait déclaré un premier évènement significatif à l’ASN relatif à l’absence de réalisation d’un contrôle périodique de la roue du dissolveur de la chaîne B de l’atelier T1 [7] depuis 2015. Suite à cet évènement, en complément de la remise en conformité immédiate de l’appareil concerné, l’exploitant s’était engagé à vérifier la bonne réalisation de l’ensemble des contrôles et essais périodiques prescrit par les règles générales d’exploitation pour les usines UP2 800 et UP3 A.

La vérification menée par l’exploitant a mis en évidence le non-respect de la périodicité imposée pour vingt-huit contrôles et essais périodiques. Les équipements concernés se situent au sein des ateliers R2, T2 et T7 et assurent différentes fonctions concourant au maintien des installations dans un état sûr, tel que par exemple des capteurs ou des automates.

Cet événement n’a pas eu d’incidence sur le personnel, ni sur l’environnement. Cependant, en raison des défaillances répétées dans l’organisation de l’exploitant pour la maîtrise de la périodicité des contrôles et essais périodiques, cet évènement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale de classement des évènements nucléaires et radiologiques qui en compte 7 par ordre de gravité).

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Realisation-de-controles-et-essais-periodiques-au-sein-des-ateliers-R2-T2-et-T7


[1L’uranium est un élément chimique de symbole U et de numéro atomique 92. C’est un métal lourd radioactif (émetteur alpha) de période très longue (environ 4,5 milliards d’années pour l’uranium 238 (238U) et environ 700 millions pour l’uranium 235). L’uranium 235 (isotope 235U) est le seul élément fissible naturel. Sa fission libère une énergie voisine de 200 MeV par atome fissionné. https://www.asn.fr/Lexique/U/Uranium

[2Plutonium : élément de numéro atomique 94 dont aucun isotope n’existe dans la nature. Le plutonium 239 (239Pu), isotope fissile, est produit dans les réacteurs nucléaires à partir de l’uranium 238 (238U) par absorption d’un neutron. Sa manipulation exige de strictes précautions en raison de sa toxicité chimique et des dangers présentés par ses rayonnements alpha https://www.asn.fr/Lexique/P/Plutonium

[3Les produits de fission sont issus de la fission des atomes d’uranium et de plutonium (césium, strontium, iode, xénon...). Radioactifs pour la plupart, ils se transforment d’eux-mêmes en d’autres éléments. Ceux qui ne se désintègrent pas rapidement constituent une part des déchets radioactifs. https://www.asn.fr/Lexique/P/Produits-de-fission

[4International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[5Les ateliers R2 et T2 assurent, respectivement pour les usines UP2 800 et UP3 A, l’extraction du Plutonium et de l’Uranium, ainsi que la concentration des produits de fission contenus dans les assemblages de combustibles traités par les usines en fonctionnement de La Hague.

[6L’atelier T7 est dédié à la vitrification des produits de fission, des effluents basiques et des suspensions de fines, pour l’usine UP3.

[7L’atelier T1 assure, pour l’usine UP3 A, le cisaillage et la dissolution des assemblages combustibles ainsi que la clarification des solutions obtenues.


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