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Des accidents nucléaires partout

France : Gravelines : Un travailleur contaminé, une particule perdue

EDF investit-il assez pour protéger son personnel de la radioactivité ?




24 mai 2024


Lors du tri de déchets à la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) un travailleur a été contaminé par une particule radioactive. Celle-ci s’est ensuite perdue dans les vestiaires. De quoi questionner l’efficacité des protocoles censés permettre une protection contre les rayonnements ionisants et plus largement, les moyens investis par EDF dans ce domaine.


Crédit photo : André Paris

Fin avril 2024, un travailleur a été contaminé lors d’un tri de déchets radioactifs provenant des réacteurs 1 et 2 de Gravelines. On ne sait ni comment, ni pourquoi, ni à quel type de rayonnement ionisant il a été exposé  [1] [2] . Il a déclenché les alarmes de détection de radioactivité en sortant de la zone contrôlée : une particule radioactive s’était déposée sur lui durant son intervention.

Une fois sa tenue de travail retirée, des nouveaux contrôles sont effectués pour savoir où la particule radioactive s’est nichée. Mais ils ne donnent rien : la particule n’est plus sur le travailleur. Elle était sur ses vêtements et a été perdue dans les vestiaires lors de son déshabillage.

EDF a retrouvé la particule perdue sur le sol et l’a récupérée pour analyses. Son communiqué ne livre pour autant aucun détail sur sa provenance, sa nature, etc. On ne sait pas combien de temps elle est restée dans les vestiaires. On ne sait pas non plus combien de temps le travailleur l’a portée sur lui, ni quelle partie de son corps elle a irradiée. Mais d’après les calculs de l’exploitant nucléaire, le travailleur a reçu plus du quart de la dose maximale qui lui est autorisée en 12 mois  [3] . Ce qui vaut à l’industriel de déclarer un accident de (non)radioprotection à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ce que fera EDF, un mois après les faits.

Cet accident pointe 2 choses : l’activité de tri des déchets n’a pas été suffisamment bien préparée ni correctement sécurisée puisqu’elle a contaminé un travailleur ; les protocoles de radioprotection, notamment la gestion du déshabillage, ne sont pas au point ou pas correctement appliqués. La particule perdue aurait pu être inhalée ou avalée, provoquant alors la contamination interne d’un travailleur (une fois à l’intérieur du corps, les tissus et les organes sont exposés aux rayons émis par la particule au fil de son cheminement dans l’organisme).
Ces éléments mettent en doute la qualité de protection des travailleurs contre les rayonnements ionisants qu’EDF a mis en place. C’est pourtant à l’industriel qu’incombe la responsabilité de protéger celles et ceux qui interviennent sur ses installations des risques liés à leurs activités professionnelles. Qu’il s’agisse de matériels, de méthodes, d’organisation, d’études ou de formations, EDF n’a pas investit suffisamment pour que son personnel soit protégé, même dans la plus grande de ses centrales nucléaires [4].

Ce que dit EDF :

Déclaration d’un événement significatif de radioprotection de niveau 1 pour l’atteinte potentielle d’un seuil réglementaire concernant une contamination externe

Publié le 24/05/2024

Le 24 avril 2024, un intervenant entre dans le bâtiment auxiliaire nucléaire (zone contrôlée) commun aux unités de production n°1 et 2 de la centrale nucléaire de Gravelines, pour réaliser une activité de tri de déchets.

A la fin de son activité, l’intervenant rejoint les vestiaires et passe le 1er portique de détection de contamination externe (C1) en tenue de travail adaptée à la zone contrôlée. Le déclenchement d’une alarme conduit l’intervenant à appliquer la procédure de contrôle adaptée. L’intervenant est ensuite pris en charge pour la réalisation d’un contrôle complémentaire qui confirme aucune contamination. L’intervenant poursuit le parcours classique de contrôle radiologique de sortie de zone contrôlée et en sortie du site, confirmant l’absence de contamination interne ou externe.

Une cartographie radiologique du vestiaire de zone contrôlée est réalisée et identifie la présence d’une particule fortement irradiante au sol au niveau de l’endroit où le contrôle complémentaire de l’intervenant a été réalisé. La particule est récupérée par le service prévention des risques et la zone nettoyée.

Après analyses et calculs par les médecins du travail de la dose potentiellement reçue par l’intervenant, il a été décidé à titre conservatif (la probabilité que la particule retrouvée sur le sol du vestiaire ait pu séjourner sur la peau de l’intervenant est extrêmement faible) de retenir l’hypothèse d’une exposition externe (dose peau) équivalente au quart de la limite réglementaire annuelle autorisée.

Cet événement n’a eu aucune conséquence sur la santé de l’intervenant, cependant, la direction de la centrale nucléaire de Gravelines a décidé de reclasser l’événement significatif de radioprotection au niveau 1 de l’échelle INES graduée de 1 à 7.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-gravelines/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-gravelines/declaration-dun-evenement-significatif-de-radioprotection-de-niveau-1-pour-latteinte-potentielle-dun-seuil-reglementaire-concernant-une-contamination-externe


Ce que dit l’ASN :

Contamination corporelle externe d’un travailleur ayant entraîné une exposition supérieure au quart d’une limite de dose individuelle annuelle réglementaire.

Publié le 29/05/2024

Centrale nucléaire de Gravelines Réacteurs de 900 MWe - EDF

Le 23 mai 2024, l’exploitant de la centrale nucléaire de Gravelines a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un événement significatif relatif à la radioprotection concernant le dépassement du quart d’une limite de dose individuelle annuelle autorisée.

Le 24 avril 2024, un intervenant a été contaminé, lors d’une activité de tri de déchets en provenance de la partie nucléaire de l’installation, dans le bâtiment des auxiliaires nucléaires commun aux réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire de Gravelines. Cette contamination a été détectée lors des contrôles radiologiques en sortie de zone contrôlée.

L’intervenant a été pris en charge par le gardien des vestiaires. Les contrôles complémentaires menés après retrait des vêtements de travail n’ont pas permis de détecter de particule radioactive. Celle-ci a été retrouvée ultérieurement sur le sol des vestiaires. Les services de la centrale l’ont récupérée et analysée. Par conservatisme, l’exploitant a retenu l’hypothèse d’une contamination corporelle externe au niveau de la peau.

Pour les travailleurs susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants lors de leur activité professionnelle, la limite réglementaire de dose, pour douze mois consécutifs, est de 20 millisieverts pour le corps entier, de 20 millisieverts pour le cristallin et de 500 millisieverts pour une surface de 1 cm2 de peau.

Le médecin du travail a estimé la dose reçue par l’intervenant, à la suite à son exposition aux particules, comme étant supérieure au quart de la limite réglementaire annuelle d’exposition des travailleurs, sans dépasser toutefois la limite annuelle.

Du fait du dépassement du quart d’une limite réglementaire annuelle d’exposition pour un travailleur, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/contamination-corporelle-externe-d-un-travailleur6


[1Rayonnement ionisant : Processus de transmission d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques (photons gamma) ou de particules (alpha, bêta, neutrons) capable de produire directement ou indirectement des ions en traversant la matière. Les rayonnements ionisants sont produits par des sources radioactives. En traversant les tissus vivants, les ions provoquent des phénomènes biologiques pouvant entraîner des lésions dans les cellules de l’organisme. https://www.asn.fr/lexique/R/Rayonnement-ionisant

[2Il existe différents types de rayonnements qui ont des impacts différents. Le rayonnement alpha, émis par un atome radioactif, est un faisceau de noyaux d’hélium composé de deux protons et deux neutrons. Le rayonnement béta, émis par un atome radioactif, est un faisceau d’électrons. Le rayonnement bêta cause plus de dégâts que le rayonnement alpha car il est chargé électriquement. Le rayonnement gamma est composé de photons de haute énergie. Ce rayonnement va pénétrer davantage dans l’organisme que les rayonnements alpha et bêta, mais il modifie moins les particules qu’il rencontre. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/rayonnements-ionisants-effets-radioprotection-sante/effets-rayonnements-ionisants/Pages/2-differents-rayonnements-ionisants.aspx#.YugMGPc6-Uk

[3La dose est la quantité d’énergie communiquée à un milieu par un rayonnement ionisant

[4Gravelines, avec 6 réacteurs de 900 MWe, est la plus grande centrale nucléaire de France. EDF souhaite y construire 2 nouveaux réacteurs de type EPR2 dans les années à venir.


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Installation(s) concernée(s)

Gravelines

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