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Des accidents nucléaires partout

France : Dampierre : Fuites radioactives dans l’air

Des outils contaminés, un sas étanche qui ne l’est pas et des contrôles trop peu fréquents




13 juin 2024


La centrale nucléaire de Dampierre (Centre-Val de Loire) a déclaré avoir rejeté trop de radioactivité dans l’air, plus que ce qui lui est autorisé. Les faits se sont produits entre le 22 mars et le 4 avril 2024, mais EDF vient seulement d’en informer le public. Les causes de cette dispersion de radioactivité dans l’environnement ? Un chantier de décontamination d’outils utilisés en zone nucléaire qui a été mal mené et des contrôles trop peu fréquents.


Crédit photo : André Paris

Le communiqué de déclaration au public d’EDF est daté du 13 juin 2024. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été prévenue avant, mais pas au moment des fuites radioactives. Et pour cause : EDF ne s’en est pas rendu compte immédiatement.
C’est dans une longue liste d’incidents survenus sur le site nucléaire de Dampierre qu’il faut dénicher l’information. Pourtant elle est de taille : la centrale a dépassé les limites qui lui sont fixées pour la radioactivité rejetée dans l’air entre le 22 mars et le 4 avril 2024.

C’est l’activité volumique bêta globale qui a été dépassée, c’est à dire que le site nucléaire a rejeté dans l’air trop de particules artificielles dont les atomes émettent des rayonnements ionisant bêta, ce sont des faisceaux d’électrons [1] [2]. C’est par la ventilation d’un atelier, où les outils contaminés après avoir été utilisés en zone nucléaire sont nettoyés, que les radioéléments ont été dispersés dans l’atmosphère. Cette ventilation est pourtant dotée de filtres qui sont censés capter les radioéléments et être vérifiés toutes les semaines.

D’après EDF, la dissémination d’éléments radioactifs dans l’environnement a quand même été réduite par rapport à ce qu’elle aurait été sans les filtres dont est doté le système de ventilation. Ils n’ont toutefois pas empêché les rejets radioactifs à l’extérieur de l’installation nucléaire. Leur efficacité est donc toute relative.
Quant aux contrôles hebdomadaires que EDF dit faire sur ces filtres, là aussi leur efficacité peut être mise en doute car ils n’ont pas permis de détecter le dépassement des limites maximales de rejet. Si les filtres sont surveillés mais que ça ne permet pas de détecter des rejets radioactifs importants, à quoi sert cette surveillance ? N’y a-t-il pas de capteurs qui mesurent en temps réel ce qui sort de la ventilation ? Des alarmes qui se déclenchent à des seuils de détection qui seraient définis en fonction des limites définies par les autorisations de rejets accordées par les autorités ? À se demander si EDF se donne vraiment les moyens d’éviter des rejets radioactifs et de contrôler ce qui sort de ses installations. Et d’agir à temps en cas d’accident.

Si les dispositifs filtrant et leur contrôles n’ont pas été suffisants pour stopper les éléments radioactifs dispersés dans l’air - ce qui questionne la suffisance des moyens mis en oeuvre par EDF pour préserver l’environnement - c’est bien de l’atelier de nettoyage des outils contaminés qu’est venue cette pollution. Atelier qui aurait dû être parfaitement hermétique, confiné, pour éviter la dispersion de radioactivité. Comme le précise le communiqué de l’industriel, ces activités de nettoyage auraient dû se faire dans un sas étanche. Manque de préparation et d’analyse des risques liées à ces activités de nettoyage d’outils contaminés ? Erreur de montage des dispositifs censés assurer le confinement ? Mauvaise mise en oeuvre des activités ? EDF ne précise pas pour quelles raisons l’atelier tout entier a été contaminé par les activités de nettoyage des outils utilisés pour la maintenance en zone nucléaire. Mais là non plus, aucun contrôle, aucune vérification n’a permis de détecter, en cours d’activité, qu’elle était source de dispersion radioactive.

C’est pourtant une des pierres angulaires de l’argumentaire d’EDF pour justifier ses activités nucléaires : tout est sous contrôle, tout est maîtrisé. La radioactivité reste confinée dans certaines zones (les zones nucléaires) et ne contamine rien ni personne à l’extérieur de ces zones. Non seulement ce n’est pas le cas, mais qui plus est, EDF ne se dote pas des moyens nécessaire pour vérifier que ce n’est pas le cas. Un sous-investissement qui a pour conséquence de rendre EDF incapable de détecter quand il y a effectivement une dispersion de radioactivité et des rejets dans l’environnement, même quand ceux-ci dépassent les limites maximales fixées par le gouvernement. L’exploitant ne peut que faire le constat, après-coup, déclarer le dépassement aux autorités (sans aucune pénalité) et affirmer qu’il n’y a observé aucun impact sur l’environnement. Étant donné l’inefficacité de la surveillance exercée par EDF sur ses chantiers et ses rejets, il y a de quoi douter du fait que sa surveillance de l’environnement lui permette de détecter quoique ce soit.

Ce que dit EDF :

Vie industrielle : Synthèse des événements significatifs déclarés par la centrale de Dampierre-en-Burly

Publié le 13/06/2024

Événements déclarés à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) en avril et en mai 2024

En avril et mai 2024, la centrale de Dampierre-en-Burly a déclaré 8 événements significatifs de sûreté de niveau 0 (écarts) et 1 évènement significatif environnement à l’Autorité de sûreté nucléaire.

Déclaré le 12/04/2024 : la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un évènement significatif environnement relatif au rejet, entre le 22 mars et 4 avril, de radioactivité bêta globale d’origine artificielle par la ventilation de l’atelier chaud de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. Les outillages utilisés en zone contrôlée (zone nucléaire) pour effectuer les travaux de maintenance lors des arrêts de réacteur sont entreposés puis décontaminés dans des locaux dits « atelier chaud ». Les opérations de décontamination des outillages doivent être réalisées dans un sas étanche afin de confiner la contamination.

Des relevés hebdomadaires sur les filtres de surveillance des rejets de la ventilation de l’atelier chaud ont mis en évidence un faible dépassement du seuil de décision relatif à l’activité bêta globale d’origine artificielle sur la période du 22 mars au 04 avril. Or, la décision de l’ASN n° 2022-DC-0732 dispose que « les mesures de l’activité béta globale d’origine artificielle réalisées, après décroissance, sur les circuits d’extraction de la ventilation des installations susceptibles d’être contaminées, […], ne mettent pas en évidence d’activité volumique bêta globale supérieure à 1.10-3 Bq/m3. »

A la suite de ce dépassement, les analyses ont mis en évidence le chantier étant à l’origine de cet événement. La décontamination du chantier a été réalisée ce qui a permis de retrouver une situation conforme. L’air de ventilation de l’atelier chaud étant filtré avant évacuation, la dispersion d’élément radioactif dans l’environnement demeure faible et aucune élévation de l’activité ambiante atmosphérique n’a été observée en limite de site par le réseau de surveillance de l’environnement.

Cet événement n’a entraîné aucune conséquence sur la sûreté des installations, ni sur la santé des salariés. Toutefois, cette émission de gaz radioactif étant supérieure au seuil autorisé de 0,001 Bq/m3, un événement significatif environnement a été déclaré par la centrale à l’Autorité de Sûreté Nucléaire.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-dampierre-en-burly/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-dampierre/vie-industrielle-synthese-des-evenements-significatifs-declares-par-la-centrale-de-dampierre-en-burly


[1Rayonnement ionisant : Processus de transmission d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques (photons gamma) ou de particules (alpha, bêta, neutrons) capable de produire directement ou indirectement des ions en traversant la matière. Les rayonnements ionisants sont produits par des sources radioactives. En traversant les tissus vivants, les ions provoquent des phénomènes biologiques pouvant entraîner des lésions dans les cellules de l’organisme. https://www.asn.fr/lexique/R/Rayonnement-ionisant

[2Il existe différents types de rayonnements qui ont des impacts différents. Le rayonnement alpha, émis par un atome radioactif, est un faisceau de noyaux d’hélium composé de deux protons et deux neutrons. Le rayonnement béta, émis par un atome radioactif, est un faisceau d’électrons. Le rayonnement gamma est composé de photons de haute énergie. Ce rayonnement va pénétrer davantage dans l’organisme que les rayonnements alpha et bêta. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/rayonnements-ionisants-effets-radioprotection-sante/effets-rayonnements-ionisants/Pages/2-differents-rayonnements-ionisants.aspx#.YugMGPc6-Uk


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Installation(s) concernée(s)

Dampierre-en-Burly

Nombre d'événements enregistrés dans notre base de données sur cette installation
96