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Des accidents nucléaires partout

France : Chinon : Tenue sismique insuffisante des circuits d’eau brute secourue des réacteurs 1 et 2




2 novembre 2018


Lors du remplacement de tuyauteries du circuit d’eau brute secourue (SEC*) durant l’arrêt du réacteur 2, un écart significatif de dimensionnement entre les brides qui assemblent une des pompes du circuit à la tuyauterie a été découvert. EDF a alors fait vérifier la tenue au séisme majoré de sécurité des brides identiques placées sur les quatre pompes du circuit SEC du réacteur 2. Les résultats ont permis à l’exploitant de conclure que pour 3 de ces pompes, la tenue au séisme était garantie. Pourtant, après mesures effectives, il s’est avéré que l’épaisseur de la bride d’une de ces pompe était inférieure au minimum requis (moins de 27mm). Un doute est alors apparu pour l’ensemble des justifications de la tenue au séisme apportées par EDF. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en a été informée le 25 octobre 2018. Le lendemain, elle a conduit une inspection réactive afin de contrôler l’ensemble des pompes similaires sur les 4 réacteurs de la centrale nucléaire. Il est ressorti de cette inspection que la tenue au séisme majoré de sécurité devait encore être démontrée pour les réacteurs 1 et 2. C’est donc le refroidissement des équipements importants pour la sûreté des 2 réacteurs qui serait perdu en cas de séisme. Et qui dit perte de refroidissement dans une centrale nucléaire dit accident. EDF a engagé les travaux sur au moins une des voies du circuit SEC pour chacun des réacteurs concernés. L’ASN a demandé à l’exploitant de mettre en place des mesures compensatoires et de procéder à une déclaration d’évènement significatif qui soit classé à un niveau cohérent avec son importance en terme d’enjeux. L’exploitant a procédé à la déclaration le 2 novembre. Pour le moment l’ASN classe provisoirement l’incident au niveau 1, dans l’attente d’éléments complémentaires.


Ce que dit l’ASN :

  • Inspection réactive lors de l’arrêt du réacteur n° B2 (Inspection n° INSSN-OLS-2018-0846 du 26 octobre 2018)

Le 30/10/2018

Éléments de compréhension :

Au cours de l’arrêt pour visite partielle du réacteur n° B2 de Chinon, et après le remplacement d’un tronçon de tuyauterie du circuit SEC, vous avez relevé un écart significatif de dimensionnement entre les brides qui assemblent le refoulement de la pompe 2 SEC 004 PO et la tuyauterie remplacée (2 SEC 005 TY).

Sur la base de ce constat, vous avez fait vérifier, par le CNEPE et par calcul, la tenue au séisme majoré de sécurité des brides identiques placées sur les quatre pompes SEC du réacteur n° B2.

Le résultat, établi sur la base d’éléments issus soit des rapports de fin de fabrication (pour la bride de l’assemblage de la pompe 2 SEC 004 PO), soit des exigences historiques imposées pour ce matériel (bride PN16 type 11 conforme à la norme NF E 29-223 - 27 mm minimum) vous permettait de justifier la tenue des matériels associés aux pompes 2 SEC 001, 002 et 004 PO. Des calculs complémentaires s’avèrent nécessaires pour justifier de la tenue de l’assemblage associé à la pompe 2 SEC 003 PO.

Le 25 octobre, vous avez informé l’ASN qu’une des brides de l’assemblage associée à la pompe 2 SEC 002 PO n’avait pas l’épaisseur requise (moins de 27 mm) et ne respectait donc pas la norme imposée. Dans ces conditions, un doute apparaissait pour l’ensemble des justifications de la tenue au séisme avancées par vos soins. L’ASN vous a donc demandé d’effectuer des mesures de l’ensemble des assemblages concernés et a participé à ces mesures.

Synthèse de l’inspection :

Dans le cadre de l’arrêt pour visite partielle du réacteur n° B2 du site de Chinon, et suite à la découverte d’une sous-épaisseur sur une contre-bride d’un assemblage boulonnée sur le circuit d’eau brute secourue (SEC), l’inspection réactive du 26 octobre avait pour objectif de vérifier, sur le terrain, l’épaisseur des brides équivalentes placées sur les circuits SEC des quatre réacteurs.

A partir de ces éléments, un échange technique a été organisé avec le CNPE et son appui technique (le Centre national d’équipement de production d’électricité - CNEPE) afin de préciser les capacités de tenue aux séismes des assemblages contrôlés.

Il ressort de cette inspection que la tenue au séisme majoré de sécurité (correspondant au séisme historique le plus pénalisant majoré pour tenir compte des incertitudes liées aux caractéristiques des séismes historiques et au zonage sismotectonique local) doit encore être démontrée, soit par calcul soit en effectuant des remplacements des matériels identifiés en sous-épaisseur et ceci, sur les réacteurs n° B1 et B2.

Parallèlement, la mise en place d’une pièce de rechange différente de l’originale doit être justifiée auprès de l’ASN et des mesures compensatoires doivent être mises en place jusqu’à réparation complète des installations incriminées.

Voir le rapport d’inspection complet (7 pages)

  • Avis d’incident : Tenue sismique insuffisante d’un assemblage boulonné sur les circuits d’eau brute secourue des réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire de Chinon

Le 14/11/2018

Le 2 novembre 2018, l’exploitant de la centrale nucléaire de Chinon a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un événement significatif pour la sûreté relatif à la résistance sismique insuffisante d’un assemblage boulonné placé sur chacun des circuits d’eau brute secourue de ses réacteurs 1 et 2.

Le circuit d’eau brute secourue (SEC) sert à refroidir, par l’intermédiaire du circuit de refroidissement intermédiaire (RRI), l’ensemble des circuits et matériels importants pour la sûreté des réacteurs. Il est constitué de deux voies redondantes, comportant chacune deux pompes et deux échangeurs.

Le 25 octobre 2018, le réacteur 2 est à l’arrêt pour maintenance programmée et renouvellement de son combustible. Des mesures effectuées par l’exploitant, à la demande et en présence de l’ASN, sur les 4 réacteurs de la centrale de Chinon, ont mis en évidence des épaisseurs inférieures à l’épaisseur minimale requise sur un des assemblages boulonnés situé sur chacune des pompes des circuits d’eau brute secourue des réacteurs 1 et 2.

L’exploitant a pu démontrer, a posteriori, la tenue d’une partie des matériels incriminés au séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV [1]) mais cette anomalie ne permet pas d’assurer le maintien de leur intégrité pour le séisme de référence, dit séisme majoré de sécurité (SMS [2]).

Dès la découverte de l’anomalie, l’exploitant a engagé des réparations visant à renforcer les assemblages boulonnés concernés sur au moins une voie des circuits d’eau brute secourue des réacteurs 1 et 2.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les travailleurs ou l’environnement. Compte tenu des conséquences potentielles, cet événement a été classé temporairement au niveau 1 de l’échelle INES, qui en compte 7, dans l’attente d’éléments complémentaires demandés par l’ASN.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Tenue-sismique-insuffisante-d-un-assemblage-boulonne-sur-les-circuits-d-eau-brute-secourue


Ce que dit EDF :

Déclaration d’un événement de niveau 1 (échelle INES) concernant la tenue au séisme des raccords de tuyauteries du circuit de refroidissement des unités de production N°1 et N°2

Publié le 05/11/2018

Le CNPE de Chinon a identifié, lors de la visite partielle de l’unité de production N°2 de 2018, que les raccords des tuyauteries, situées en aval des pompes du circuit de refroidissement pouvaient présenter un sous-dimensionnement pour garantir leur tenue au séisme majoré de sécurité (SMS) [3].

Cette situation concerne les réacteurs des unités de production N°1 et 2 de la centrale de Chinon. A ce titre, les équipes d’EDF ont mené des analyses sur les conséquences potentielles. Ces analyses ont démontré que ce sous-dimensionnement n’avait aucun d’impact sur la tenue au séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV). Toutefois, la tenue au séisme majoré de sécurité (SMS) n’a cependant pas pu être démontrée.

Dès lors, la centrale de Chinon a décidé de mettre immédiatement en place des mesures compensatoires incluant une surveillance renforcée de ces équipements. Par ailleurs, les travaux de remplacement des raccords des tuyauteries concernés sont en cours.

Cet événement n’a eu aucun impact sur la sécurité des salariés, ni sur l’environnement. Il constitue néanmoins un écart aux règles d’exploitation. Par conséquent, Edf a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le 2 novembre 2018, un événement significatif de sûreté de classé au niveau 1 de l’échelle INES, échelle internationale de classement des événements nucléaires qui en compte 7.

https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-chinon/actualites/declaration-d-un-evenement-de-niveau-1-echelle-ines-concernant-la-tenue-au-seisme-des-raccords-de-tuyauteries-du-circuit-de-refroidissement


* Le circuit d’eau brute secourue (SEC) sert à refroidir un autre circuit, appelé circuit de refroidissement intermédiaire, qui assure le refroidissement de tous les circuits et matériels importants pour la sûreté du réacteur. C’est un circuit "de sauvegarde". II est constitué de deux lignes redondantes, comportant chacune deux pompes et deux échangeurs. De plus, en situation accidentelle le circuit d’eau brute peut être utilisé pour réalimenter le réservoir d’eau de secours des générateurs de vapeur, dans le cas où les moyens de réalimentation normaux et de secours seraient indisponibles. Le circuit d’eau brute fonctionnant en permanence, les échangeurs s’encrassent et nécessitent un nettoyage régulier. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-d-eau-brute-secourue-SEC


[1Le séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV) est le niveau de séisme déterminé par analyse sismotectonique des séismes historiquement connus sur une période d’environ 1 000 ans.

[2Le séisme majoré de sécurité (SMS) est quant à lui obtenu en majorant la magnitude du SMHV d’un demi-point.

[3Le dimensionnement des systèmes d’une centrale nucléaire implique la définition de deux niveaux de séisme de référence : le séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV) qui est supérieur à tous les séismes s’étant produit au voisinage de la centrale depuis mille ans, et le séisme majoré de sécurité (SMS), séisme hypothétique d’intensité encore supérieure.