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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : EDF fait du yoyo avec la réaction nucléaire




4 février 2021


Parce l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom (Grand Est) ne sait pas diagnostiquer les pannes ni lire les règles censées régir l’exploitation de son usine nucléaire, il a conduit le réacteur 3 comme un yoyo, faisant en quelques heures descendre sa puissance pour la remonter ensuite.


Difficile de comprendre clairement l’incident à la seule lecture du communiqué d’EDF publié début février 2021. Mais on comprend qu’une panne est survenue sur le circuit d’injection de sécurité du réacteur 3 le 29 janvier. Un circuit essentiel  [1] car s’il arrive quoique ce soit comme problème au circuit primaire (qui refroidit le combustible dans la cuve), c’est par ce circuit qu’il est possible d’éviter un sur-accident nucléaire en injectant de l’eau et du bore (qui absorbe les neutrons donc ralenti la réaction nucléaire) dans les tuyaux du circuit primaire [2].

Le circuit d’injection de sécurité est si important que si une panne ou un dysfonctionnement est constaté, le réacteur nucléaire doit être mis à l’arrêt. Interdit de le faire fonctionner sans la pleine disponibilité du circuit RIS. Pourtant EDF n’a pas respecté ces règles. L’exploitant s’est empressé de réparer une carte électronique, laissant le réacteur tourner à pleine puissance. Sauf qu’il a fait une erreur de diagnostic et n’a pas identifié correctement le problème. EDF a aussi mal identifié le délai dans lequel il devait arrêter le réacteur nucléaire. Constatant qu’il n’arrivait pas à réparer (car n’avait pas fait un diagnostic correct), l’exploitant nucléaire a finalement initié une baisse de la puissance du réacteur 3 de Cattenom pour arrêter la réaction nucléaire rapidement. Mais entre-temps, ayant réussi à identifier le problème et remis en service le circuit d’injection de sécurité, EDF a remonté la puissance du réacteur. Conduire en yoyo un réacteur nucléaire faute de savoir identifier les pannes, l’exploitant de la centrale de Cattenom a par ailleurs démontré qu’il ne savait pas non plus appliquer les règles d’exploitation, qui sont pourtant strictes en termes de conduite à suivre pour limiter les risques générés l’activité nucléaire d’EDF. Les faits, significatifs pour la sûreté, ont été déclarés à l’Autorité de sûreté nucléaire le mercredi 3 février 2021.

Ce que dit EDF :

Publié le 03/02/2021

Dépassement d’un délai de réparation à la suite d’un essai programmé sur l’unité de production n°3

Le vendredi 29 janvier 2021, les équipes de la centrale de Cattenom réalisent un essai de bon fonctionnement de vannes située sur l’un des deux circuits d’injection de sécurité* de l’unité de production n°3.

Lors de l’essai, les équipes ont mis en évidence un défaut dans le déroulement du test de ces vannes. Dans ce type de situation, nos règles d’exploitation nous demandent d’entamer les procédures de mise à l’arrêt du réacteur ou de procéder à la réparation dans des délais réglementaires (8h dans ce cas). Après un premier diagnostic, une carte électronique a fait l’objet d’une réparation. La requalification incomplète de la carte électronique nous a conduits à sous évaluer le nouveau délai pour entamer les opérations de mise à l’arrêt du réacteur, qui était alors demandé sous 1h.

Pendant les différentes phases de mise à l’arrêt du réacteur, le diagnostic définitif réalisé a permis de remettre en conformité le matériel et de réaliser des tests concluants. Les équipes de la centrale ont ainsi pu interrompre les procédures de mise à l’arrêt du réacteur. L’unité de production n°3 est restée couplée au réseau d’électricité à puissance réduite.

Cet évènement n’a pas eu d’impact sur la sûreté des installations puisqu’une seconde voie assurant les mêmes fonctions était opérationnelle et que l’état du réacteur ne nécessitait pas de solliciter le système d’injection de sécurité. Un des délais d’actions prévus dans nos règles d’exploitation n’ayant pas été respecté, la centrale de Cattenom a déclaré un évènement significatif sûreté de niveau 1 à l’Autorité de Sûreté Nucléaire le mercredi 3 février 2021 (l’échelle INES compte 7 niveaux).

*Le circuit d’injection de sécurité permet, en cas d’accident, d’introduire de l’eau borée dans le circuit primaire du réacteur afin d’assurer le refroidissement du cœur.

https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-cattenom/actualites/depassement-d-un-delai-de-reparation-a-la-suite-d-un-essai-programme-sur-l-unite-de-production-ndeg3


[1Le circuit d’injection de sécurité (RIS) permet, en cas d’accident causant une brèche importante au niveau du circuit primaire du réacteur, d’introduire de l’eau borée sous pression dans celui-ci. Le but de cette manœuvre est d’étouffer la réaction nucléaire et d’assurer le refroidissement du cœur. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-d-injection-de-securite

[2un réacteur nucléaire doit en permanence être refroidit, même à l’arrêt, pour évacuer la puissance produite et résiduelle. Voir ici pour plus de détails sur le fonctionnement d’un réacteur nucléaire


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Installation(s)

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