L’EPR de Flamanville ou la face cachée du nouveau nucléaire : des risques de sûreté élevés et une production électrique intermittente
Pour le design de l’EPR, EDF a décidé de concevoir certains éléments du réacteur dans une démarche dite d’« exclusion de rupture » [1], qui suppose un renforcement des exigences techniques dans la conception, la fabrication et le suivi en service de ces équipements afin de ne pas avoir à envisager l’hypothèse de leur rupture. Pourtant, dès le début de son chantier, le projet a connu des malfaçons concernant la cuve, des équipements et certaines soudures qui ne respectaient pas les conditions de sûreté définies. En outre, bien que la cuve et son couvercle aient été reconnus non conformes à la démarche « d’exclusion de rupture », ils ont été mis en place en spécifiant que le couvercle devait être changé après la mise en service.
Cet arrêt de 350 jours, programmé au 26 septembre de l’EPR de Flamanville sert donc à remplacer le couvercle de la cuve qui fait l’objet de réserves de sûreté, à peine deux ans après la mise en service de l’exploitation et quelques mois d’exploitation commerciale. Par ailleurs, plusieurs arrêts ont marqué ses premiers mois de fonctionnement. En janvier 2026, le réacteur a été arrêté pendant plusieurs semaines à la suite de la tempête Goretti. Il a de nouveau été arrêté pendant neuf jours, en juillet 2026, avant un redémarrage le 25 juillet [2]. Au total, l’EPR n’aura produit à plus de 90 % de sa puissance que pendant 167 jours depuis sa mise en service [3]. Avec Flamanville, l’aspect « pilotable » de l’industrie nucléaire est donc fortement mis à mal, en plus d’être dangereuse et chère.
Un chantier hors normes, caractéristique des projets EPR dans le monde
L’EPR de Flamanville a été mis en service en décembre 2024, douze ans après ce qui avait été prévu initialement. Les raisons étant une succession de retards et de difficultés techniques qui ont entraîné des dérives temporelles mais aussi de dépenses. En effet, selon un rapport de la Cour des comptes, le coût du projet atteindrait dorénavant 23,7 milliards alors qu’il était chiffré à 3,3 milliards d’euros en 2006 [4]. Les calculs effectués par la Cour des Comptes aboutissent à une « rentabilité médiocre » pour Flamanville 3, inférieur au coût moyen pondéré du capital de l’entreprise [5].
L’EPR de Flamanville n’est pas un cas isolé, les autres projets EPR dans le monde connaissent également des difficultés importantes de calendrier et de coût. Par exemple, à Hinkley Point C, au Royaume-Uni, la mise en service est désormais annoncée pour 2030 (alors que prévue pour 2017 [6]) et le coût du projet continue d’augmenter. On pourrait également citer l’EPR Olkiluoto de Finlande ou encore les projets d’EPR2 en France dont le budget et les durées de construction ne cessent de s’allonger alors même que la décision finale d’investissement n’est pas prise.
Notre avenir énergétique ne doit pas reposer sur une nouvelle fuite en avant nucléaire
Avec les EPR2, la France s’apprête à reproduire à plus grande échelle un modèle dont Flamanville illustre déjà les limites : des coûts et des délais considérables, des enjeux de sûreté persistants et une production loin d’être garantie en continu. Alors que le coût annoncé du programme de six EPR2 atteint désormais environ 85 milliards d’euros et pourrait dépasser les 100 milliards selon la cour des comptes [7], la question n’est plus seulement de savoir comment réussir à construire ces réacteurs, mais de savoir s’il faut engager de tels moyens. La France doit tirer les leçons de cet échec industriel et faire le choix d’investir dans une énergétique fondée sur la sobriété, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.
