Sûreté au rabais sous avalanche de termes mesurés
Niveau de maturité d’ensemble conforme aux attendus pour une DAC", démonstration de sûreté "globalement suffisante, satisfaisante à ce stade" , "raisonnable assurance" que l’Andra parviendra un jour à lever les "points de vigilance" : l’ASNR use et abuse de formules lénifiantes et nébuleuses pour mieux dissimuler les lourdes incertitudes qui pèsent encore et toujours sur la sûreté. En rendant un avis favorable sur fond de dossier inabouti et d’hypothèses, l’ASNR trace une voie inquiétante, indigne de son cœur de métier, la sûreté. L’objectif est pittoresque : enfouissons et on verra si on a eu raison ; avançons - et prenons le risque de ne plus pouvoir reculer !
Un calendrier de développement de chantier "réaliste" selon l’ASNR
Pourtant la liste des compléments à apporter est là et bien là. Maîtrise du risque incendie souterrain, gestion du risque explosion dans les alvéoles MA et HA-VL, corrosion des matériaux métalliques, discontinuité du milieu au sein du quartier HA, caractéristiques hydrogéologiques des couches à revoir, incertitudes liées aux aléas du changement climatique, impossible transmission de la mémoire du site, effets sanitaires d’une effraction par forage ultérieur (notre descendance à la recherche de la ressource géothermique présente sous Bure), impossible réversibilité et récupérabilité des colis défectueux etc., vous en voulez encore ? Sans parler d’une grande inconnue laissée de côté, le coût d’un chantier censé durer plus d’un siècle et demi et qui engloutirait déjà 11 Mds€ dans la première phase dit "pilote". Par cet avis, l’ASNR perd toute crédibilité et crée un dangereux précédent : comment imaginer qu’un tel projet soit lancé sans démonstration de sûreté ? On est bien loin de ce qui est promis depuis 30 ans !
Nouvelle enquête bidon sur fond de raison... d’État ?
Avec cet avis, la prochaine étape réglementaire est déverrouillée. La population et la sphère politique seront ainsi invitées à s’exprimer, via une enquête publique prévue mi-2026. Exprimer quoi, sur quoi, alors qu’il reste à l’Andra à démontrer le principal : comment retenir sous terre la radioactivité pour l’éternité ou presque sans compromettre la santé et la sécurité des populations ? Une nouvelle mascarade, passage obligé et truqué des grands rendez-vous d’une démocratie malmenée. Dernier exemple en date : la préfecture de la Meuse a refusé de prolonger la consultation des collectivités sommées de rendre un avis dans un délai record, alors que le Clis de Bure demandait deux mois de plus et surtout, d’attendre l’avis définitif de l’ASNR. En est-on à quelques mois près ?
La fusion récemment opérée entre l’IRSN, qui a instruit sérieusement le dossier et l’ASN qui rédige les conclusions, laissait présager du pire. La mise à la tête de la nouvelle entité ASNR du directeur général de l’ANDRA (P.M. Abadie) y est forcément pour quelque chose. Tout est réuni pour passer en force et accélérer la cadence, quoi qu’il en coûte.
Enfouir du doute, nos petits-enfants ne nous diront pas merci Impuissance de l’Andra à prouver la possibilité de confiner la radioactivité, forcing de la filière électonucléaire dépassée par ses propres déchets et arrangements économiques et politiques douteux, Cigéo pourrait bien se résumer à cette impasse. Enfouir bien profond doutes et inconnues avec les pires déchets atomiques, et déléguer à notre descendance le soin de s’en arranger.