Jeudi 22 novembre 2012
Le Collectif contre l’ordre atomique invite à se retrouver pour le colloque pro-nucléaire "Nucléaire du futur" pour porter une autre parole.
Rdv à 14h15 devant le lieu du colloque, Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy 75005 Paris (métro Maubert).
Le 8 décembre 1953, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, Eisenhower présente une initiative appelée « Atoms for Peace » : l’énergie atomique, mise au point pour servir des buts militaires, va désormais permettre de produire de l’énergie pour l’humanité en quantité illimitée et quasiment gratuitement ! Des navires nucléaires écumeront bientôt les océans, on dessalera bientôt l’eau de mer à grande échelle, transformant les déserts en prairies… Le bonheur pour tous et... sans risques !
En 1955, à la première conférence internationale pour les usages pacifiques de l’énergie atomique à Genève, on nous annonce que la fusion nucléaire sera maîtrisée dans les vingt ans, que l’atome deviendra un formidable raccourci vers une industrialisation généralisée des pays en développement, on nous parle d’automobiles, de locomotives et d’avions atomiques...
Il n’empêche, c’est bien pour produire le plutonium de la bombe atomique que les premiers réacteurs ont été conçus, la sûreté n’était donc pas une priorité. Parmi une dizaine de configurations différentes, c’est le « réacteur à eau sous pression » (REP) qui a été retenu pour la propulsion atomique des sous-marins, parce qu’il était simple, compact et rapide à mettre en oeuvre. Et à l’heure d’opter pour un modèle de réacteur civil producteur d’électricité, c’est aussi ce REP, perfectionné entre-temps par la marine américaine, qui a été choisi par l’Atomic Energy Commission, parce qu’il était fin prêt. Et c’est ce réacteur dont 58 spécimens trônent aujourd’hui en France…
Si les projets de réacteurs qui seront présentés dans ce colloque sont qualifiés de « nucléaire du futur », c’est parce qu’on sait que les réacteurs actuels (EPR compris) ne sont que les derniers rejetons de ce cadeau fait par les militaires dans les années 50, qu’ils sont instables, peuvent devenir incontrôlables, fondre, subir une explosion d’hydrogène, qu’ils sont producteurs de déchets dangereux, et qu’ils consomment de l’uranium dont les réserves exploitables sont très limitées. Et qu’on sait aussi, désormais, à quel point ils sont sûrs ! Au cours des trois dernières décennies, plus de l % des 430 réacteurs en activité dans le monde ont connu un accident majeur (fusion d’un réacteur à Three Mile Island, explosion à Tchernobyl et perte de quatre réacteurs à Fukushima).
« Le prochain accident devrait suivre un scénario que nous n’aurons pas anticipé : il va falloir imaginer l’inimaginable », a fini par reconnaître un expert en sûreté nucléaire de l’IRSN. On est très loin des fameuses trois barrières (gainage du combustible, circuit primaire et bâtiment réacteur) qui devaient assurer le confinement absolu des produits radioactifs en cas d’accident. Un accident qui, bien sûr, ne devait « quasiment » jamais se produire, à en croire les tenants de l’approche probabiliste de la sûreté. En 1975, le rapport Rasmussen estimait ainsi que, pour mille réacteurs en service, le risque était tout au plus de cinq accidents de perte de refroidissement par siècle. Or, au Japon, il y a eu des explosions multiples, des incendies sur piscines de refroidissement, des ruptures de cuves et des débuts de « syndrome chinois » ! Autant dire que l’approche probabiliste de la sûreté qui prévaut en France et dans le monde ne vaut plus un pet !
L’industrie nucléaire, en déclin au niveau mondial, fait face à une contestation croissante depuis Fukushima. C’est pourquoi elle tente aujourd’hui de la contourner et de la récupérer en nous servant de nouvelles promesses technologiques. Le mythe de la « quatrième génération » de réacteurs a pour fonction essentielle de créer une perspective d’avenir pour le nucléaire, dans l’espoir de nous faire oublier la baisse inéluctable de la part de l’atome dans la production globale d’électricité. Ce recyclage d’utopie technologique (qui vise aussi à justifier la construction des réacteurs… « de troisième génération » que sont les EPR) réussira-t-il à mobiliser l’argent public et à motiver des chercheurs pour un hypothétique nucléaire qui serait enfin, un jour, devenu « propre », qui aurait résolu ses problèmes de sécurité et d’approvisionnement ? Libre à eux d’y croire, car il s’agit en l’occurrence plus de religion que de rationalité scientifique, mais nous à qui on n’a jamais demandé notre avis, nous continuons à dire : Une seule solution : arrêt immédiat du nucléaire civil et militaire, sans attendre la prochaine catastrophe.
Contact :
Collectif contre l’ordre atomique
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