Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 13 octobre 2026
La 6e édition du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) s’est terminée en février 2026. La Direction Générale de l’Énergie et du Climat (DGEC) définit le PNGMDR comme "un outil de planification" qui "coordonne l’action des acteurs du secteur nucléaire". C’est l’occasion pour les participants néophytes de découvrir que la classification d’un "déchet radioactif" exclut finalement la plupart des déchets produits par l’industrie nucléaire.
Le PNGMDR ne prend pas en compte les déchets miniers, les fûts jetés dans l’océan, les effluents liquides ou gazeux rejetés dans l’environnement en exploitation "normale" des installations nucléaires, et les déchets militaires. L’industrie nucléaire minimise les déchets déclarés et se permet le commerce des "matières valorisables" avec la Russie par exemple. La contribution du collectif Sortir du Nucléaire Bugey le note très bien : "ces oublis constituent une tromperie manifeste, et ne permettent pas un vrai débat démocratique".
En réponse à la participation citoyenne, la DGEC retrace la gestion des déchets en France en oubliant la gestion "océanique" des déchets. La France a en effet jeté 14 200 tonnes de déchets radioactifs provenant du site de Marcoule en 1967 et 1969 dans l’Atlantique et 3 200 tonnes de déchets issus des essais nucléaires dans le Pacifique entre 1967 et 1982.
L’exploitation minière de l’uranium en France, c’est aussi 200 millions de tonnes de stériles miniers pour récupérer seulement 80 000 tonnes d’uranium naturel. Rien qu’en 2024, la France a importé 12 500 tonnes d’uranium naturel. Difficile d’estimer le volume des déchets laissé aux pays producteurs car il dépend aussi de la technique d’extraction qui diffère selon les mines. Toutefois, il est certain qu’un volume important de déchets est abandonné, comme le montrent les 50 à 100 millions de tonnes laissées par la France sur la mine d’Arlit au Niger.
À fin 2024, la France stocke sur son sol 352 000 tonnes d’uranium appauvri (Uapp) classé comme une matière valorisable car utilisable dans le MOX – combustible à base d’oxyde mixte d’uranium et de plutonium utilisé dans certaines centrales françaises. Avec 254 tonnes de MOX en cours d’utilisation dans les centrales et les 10 000 tonnes d’Uapp produit chaque année, on se rend bien compte que cette quantité accumulée ne pourra pas être réutilisée dans un délai raisonnable.
L’uranium issu du retraitement peut également être envoyé en Russie pour enrichissement car il n’est pas considéré comme un déchet. Lors du webinaire "Matière ou déchet", EDF a indiqué "qu’aucune activité réalisée par EDF avec la Russie n’est soumise à sanctions".
Les centrales françaises ont déversé plus de 45 000 tonnes de produits chimiques dans les cours d’eau et océan sur l’année 2024. Cela inclut des produits dangereux comme l’hydrazine ou l’acide borique. Il faut comprendre que les effluents sont stockés dans des réservoirs avant d’être relargués dans le milieu naturel. Ils pourraient tout à fait être traités comme des déchets et ne pas être rejetés, si l’environnement primait sur la rentabilité.
Les remarques, d’après l’équipe du débat, "traduisent de la part d’une partie du public, une attente de clarification et d’élargissement du périmètre du plan". Le rendez-vous est pris pour le 26 juillet 2026, date à laquelle la DGEC devra répondre aux demandes de clarifications et aux recommandations de l’équipe du débat !