Paru dans Sortir du nucléaire n°109, Printemps 2026. Mis en ligne le 27 juillet 2026
Arlette Maussan, infatigable militante antinucléaire pour défendre les gens, l’eau, la terre dans ce coin de la Région Auvergne-Rhône-Alpes de Saint-Priest-la-Prugne, s’en est allée début novembre 2025 à l’âge de 76 ans, laissant une immense tristesse à toutes celles et ceux qui l’ont connue.
Graveuse sur pierre, un diplôme universitaire en mathématique et sciences physiques en poche, elle avait hérité de son père, outre la tradition familiale du travail de la pierre, une vocation pour la défense des causes environnementales.
Personne authentique, généreuse et engagée, elle était bien connue et reconnue pour le travail réalisé avec le Collectif Bois Noirs depuis plus de 40 ans pour dénoncer l’héritage toxique laissé par la mine d’uranium de Cogema-Areva-Orano à Saint-Priest-la-Prugne, en exploitation entre 1960 et 1980. Une fois l’uranium récupéré, pour se débarrasser à moindres frais des centaines de milliers tonnes de résidus radioactifs accumulés au cours de vingt années d’exploitation, appelés "stériles", l’exploitant va les distribuer gracieusement pour remblayer les chemins, aplanir la cour d’une école ou terrasser un terrain pour y bâtir un entrepôt. Une retenue d’eau va être également créée dans un fond de vallée tout proche, pour stocker ces résidus, seul site de ce genre en France – les autres étant en général recouverts d’une couche solide. L’efficacité de la couche d’eau est incertaine et surtout, personne ne sait combien de temps tiendra cette protection, conçue comme provisoire.
Un des combats de la vie d’Arlette fut celui du refus de l’implantation d’un centre de stockage de déchets radioactifs à l’emplacement de ce même ancien site minier de Saint-Priest-la-Prugne. Menée de 1979 à 1984, cette lutte acharnée mobilisa une grande partie de la population, de nombreux élu·es et scientifiques et déboucha sur une victoire.
Arlette Maussan a également été une force puissante au sein du Collectif Mines d’Uranium, pour fédérer et soutenir d’autres associations confrontées aux mêmes problèmes en France et dans le monde. Pendant des décennies, elle a sillonné routes et chemins, pour mettre en évidence la contamination engendrée par les anciens sites miniers français. Grâce à elle, des dizaines de lieux ont été décontaminés, des matériaux très irradiants évacués. Face aux représentants de l’État ou des industriels, Arlette ne s’en laissait jamais conter, elle connaissait très bien son sujet. Elle savait aussi attirer le regard des médias : en février 2009, elle participa notamment à l’émission Pièces à conviction, véritable pavé dans la mare qui fit réagir Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, obligeant Areva à réaliser un inventaire des stériles disséminés dans le domaine public national.
Son énergie irriguait le Collectif Bois Noirs, le Collectif Mines d’Uranium et la CRIIRAD dont elle a été administratrice dans les années 2010, et avec laquelle le collectif des Bois Noirs travaille étroitement. Au moment de son décès en novembre 2025, Arlette s’apprêtait à se rendre aux rencontres du Collectif Mines d’Uranium à Guérande, autre ancien site minier. Un hommage lui a été rendu par les personnes présentes à cette occasion.
L’image d’Arlette, radiamètre en bandoulière, continuera d’accompagner tout·es les militant·es.