Publié le 16 juin 2015
Début juin, suite à une consultation dérisoire (consultation réduite aux mairies des communes situées dans un rayon de 5 kilomètres [1] ), une commission d’enquête publique vient de donner son avis favorable au doublement des capacités d’entreposage de l’usine de retraitement Areva de La Hague.
Rappelons ce que représente cette usine de « retraitement » de La Hague, qui s’étend sur 300 hectares [2] :
Devant une telle accumulation de matières dangereuses, une erreur humaine, la chute d’un avion de ligne [3], la folie d’un acte terroriste … pourraient provoquer une catastrophe nucléaire inimaginable, pire encore que celles de Tchernobyl et Fukushima !
Le bon sens et la sagesse commanderaient de tout faire pour diminuer ces risques. C’est tout le contraire qui vient d’être décidé à l’issue de l’enquête publique, et ce malgré l’opposition de milliers de citoyen-ne-s, en donnant un scandaleux avis favorable à l’extension de 75% de l’entreposage de colis vitrifiés de haute activité !
Le « retraitement » ne consiste en réalité qu’à séparer les différents éléments radioactifs qui composent le combustible usé les uns des autres. L’un des objectifs est notamment d’extraire le plutonium présent dans le combustible usé : celui-ci servira à fabriquer du « MOX » (un combustible particulièrement dangereux)... ou rentrera dans la composition de l’arme nucléaire. C’est d’abord pour des finalités militaires que le « retraitement » a été mis en place en France.
Présentée à tort comme du recyclage, cette opération ne diminue pas la quantité de déchets radioactifs, mais l’augmente au contraire. En outre, elle est extrêmement polluante. Par ailleurs, l’industrie du retraitement nécessite d’innombrables transports dangereux de matières radioactives à travers toute la France : acheminement des combustibles usés des centrales vers La Hague, envoi du plutonium de La Hague vers les sites de fabrication du MOX, évacuation des milliers de tonnes d’uranium de retraitement …
L’inutilité du retraitement et ses coûts sont critiqués depuis des années ; en 2000, un rapport avait déjà souligné les surcoûts engendrés par cette option. Mis à part la France, la quasi-totalité des pays nucléarisés y ont renoncé. Même la Grande-Bretagne a annoncé en 2011 l’arrêt de son usine de retraitement de Sellafield.
Alors que la situation financière d’Areva est catastrophique, la poursuite de cette activité coûteuse et l’augmentation des capacités d’entreposage de déchets vitrifiés constitue une fuite en avant aberrante.
Par ailleurs, cette extension est prévue alors même qu’Areva envisage de supprimer plusieurs centaines de postes sur le site, ce qui pourrait avoir des impacts lourds sur les conditions de travail des travailleurs restants et d’inquiétantes conséquences sur la sûreté.
Le Réseau “Sortir du nucléaire“ rappelle son exigence de sortie rapide du nucléaire civil et militaire. Celle-ci implique notamment l’arrêt immédiat du retraitement, qui est inutile, coûteux et dangereux.
Si une telle décision était adoptée, il serait dans tous les cas indispensable de maintenir des emplois après l’arrêt du retraitement pour assurer la sécurité du site. Quant aux salariés restants, ils pourraient bénéficier d’un plan de reconversion ne lésant pas leurs intérêts, ce qui serait plus juste que de les rendre otages d’une filière qui décline déjà dans le monde entier.
Pour éviter que les déchets ne continuent de s’accumuler à La Hague, la meilleure solution reste d’arrêter leur production par une fermeture rapide des réacteurs, à commencer par les plus anciens. Dans une telle optique, le projet CIGÉO d’enfouissement des déchets à 500 m sous terre à Bure dans la Meuse doit aussi être abandonné !
[2] Pour plus d’informations, consulter Le casse-tête des matières et déchets nucléaires , cahier n°34 de l’association Global Chance
[3] voir étude de WISE Paris Les installations nucléaires exposées au risque de chute d’avion