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Hommages aux militants antinucléaires

Hommage à Michel Fernex, professeur de médecine, naturaliste et cofondateur des Enfants de Tchernobyl Belarus

7 octobre 2021 |




C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Michel Fernex, le samedi 2 octobre 2021 à l’âge de 92 ans.



Né en 1929 à Genève, spécialiste de médecine tropicale, professeur émérite à l’université de Bâle, Michel Fernex avait passé douze ans au Sénégal puis en Tanzanie avant de s’installer à Biederthal, dans le sud de l’Alsace. Avec sa femme Solange (écologiste, féministe, opposante de la première heure à construction de la centrale de Fessenheim, députée européenne de 1989 à 1995 et administratrice du Réseau Sortir du nucléaire de 2001 à 2003), ils formaient un couple très uni, deux figures inspirantes qui ont marqué le mouvement écologique en Alsace.

Membre de l’Association Internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPNW), Michel est resté engagé toute sa vie contre le nucléaire, civil et militaire. En tant qu’ancien membre du comité directeur de recherche pour les maladies tropicales de l’Organisation Mondiale de la Santé, il était révolté par le silence de l’OMS au sujet des conséquences de l’accident de Tchernobyl. Il s’est énormément engagé, notamment au sein du collectif IndependentWHO, pour dénoncer les liens entre cette organisation onusienne et l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique. Dans le documentaire Controverses nucléaires (2001), on le voit dénoncer ce déni orchestré par l’industrie atomique.

En 2001, en réponse à la désinformation sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl et au peu de moyens pour préserver la santé des enfants dans les zones contaminées, avec le physicien biélorusse Vassili Nesterenko, Michel et Solange Fernex fondèrent l’association Enfants de Tchernobyl Bélarus. Cette association, que Michel a présidé pendant plusieurs années, assure un soutien financier à l’institut indépendant Belrad, pour lui permettre de continuer à venir en aide aux enfants souffrant de pathologies radio-induites.

Également choqué par la désinformation propagée suite à la catastrophe de Fukushima, Michel Fernex s’était aussi rendu au Japon en juillet 2012, à l’âge de 83 ans, sur l’invitation de collectifs citoyens. À son retour, il a témoigné du déni persistant entourant les conséquences des accidents nucléaires.

Naturaliste, passionné d’observation des animaux et en particulier d’ornithologie, Michel Fernex était très attentif à toutes les formes du vivant. Nous vous invitons à relire son article rédigé en 2012 en réponse au documentaire Tchernobyl, une histoire naturelle, où il revient sur le mythe abondamment propagé d’une nature florissante dans les zones contaminées.

Nous saluons un scientifique intègre, un sage et une personne d’une grande humanité et simplicité.

Nos pensées vont vers sa famille, ses proches et toutes les personnes qui l’aimaient. Le mouvement antinucléaire français lui doit beaucoup et nous ferons vivre autant que possible ce qu’il nous a laissé.


Les quatre vies exemplaires du Professeur Michel Fernex, consacrées à la Nature, à la Science médicale et à l’Humanité.

Michel Fernex est né le 2 avril 1929 à Genève, et décédé paisiblement le 2 octobre 2021 chez lui dans sa maison de Biederthal, entouré des siens. C’est avec une grande émotion et une peine profonde que nous avons reçu la nouvelle et nous exprimons toute notre empathie envers sa merveilleuse famille. Michel Fernex a donné tout ce qu’il pouvait donner, à sa famille, à la science médicale, à la protection de la nature et à la lutte contre les applications militaires et civiles de l’énergie atomique.

Il est allé jusqu’au bout de ses forces, surmontant avec un admirable courage les épreuves que la vie a placées sur sa route durant ces quinze dernières années. Ceux qui l’ont connu, qui ont été reçus dans sa grande et belle maison de Biederthal, qui ont travaillé et milité à ses côtés, ne ressentent pas tant une disparition qu’une absence. Il vit dans leur esprit, dans nos esprits ; il nous sert de boussole et même de guide, mais, bizarrement, il n’est plus là alors qu’on le sent tout proche, fraternel, attentif, réservé, ferme, bienveillant, disponible… Michel Fernex complétait harmonieusement toutes ces qualités humaines par un défaut, celui d’une peut-être trop grande modestie. Nous ne l’avons jamais vu mettre sa personne en avant. La joie se lisait simplement sur ses traits détendus éclairés par un regard brillant et un léger sourire ; un froncement de sourcil et une parole impérieuse étaient le signe d’une grande colère ; sa sollicitude s’exprimait par le don désintéressé et sans fioritures de son savoir et de ses conseils. Il n’était pas de ces personnages qui cherchent le devant de la scène, brassent de l’air et font de grands discours pour impressionner leurs semblables.

Quatre vies de front.

L’enfance et l’adolescence.

Il est le deuxième d’une fratrie de quatre garçons. Un père orthodontiste et Professeur à la Faculté de médecine dentaire de Genève. Ses grands-parents étaient des notables genevois, d’un coté, le premier juge pour enfants de la Ville de Genève, et de l’autre un homme très doué en affaires et amateur d’art, qui fréquentait les plus grands peintres de son époque vivant à Genève. C’est important de noter ce goût pour l’art dans la famille. En effet, Michel et ses frères ont beaucoup dessiné et peint dans leur enfance et leur adolescence. Très tôt, le petit Michel a fait montre d’un amour de la Nature et d’un incroyable sens de l’observation de la vie qui y grouille, témoin la peinture d’une mésange bleue, qu’il a réalisée en 1935, à 6 ans… Quel regard !

La Nature et tout spécialement le peuple des oiseaux, sont ses domaines de prédilection. Très jeune, il fait la connaissance de deux grands naturalistes genevois, Robert Hainard et Paul Géroudet. Ils seront ses Maîtres en observation de la Nature et en ornithologie, des amis avec lesquels il restera lié jusqu’à leur décès. Tant qu’il a conservé l’ouïe, Michel était capable de reconnaître à leur chant ou à leur cri près de deux cents espèces d’oiseaux, le bagage d’un ornithologue chevronné. Ainsi, tout naturellement, Michel est-il devenu un naturaliste averti, observateur insatiable des plantes, arbres, insectes et animaux de tous les pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Afrique où il a travaillé.

La Nature, le domaine de sa première vie, indispensable à son épanouissement et son ressourcement ; la Nature dont il notait avec acuité toutes les altérations dues à l’action nuisible des hommes, notamment celles provoquées par les retombées radioactives de Tchernobyl. Il a donc grandi à Genève, dans une ... bonne...famille protestante, fidèle aux traditions du Canton et de son pays, la Suisse. Pendant la guerre, Michel, fut envoyé dans les Grisons, à Zuoz, pour apprendre l’allemand. C’est dans le lycée de cette ville qu’il se lia d’amitié avec Brice de Turckheim, lui aussi passionné de nature ; Brice qu’il appellera jusqu’à la fin de sa vie "son meilleur ami". Brice fit promettre à Michel de venir lui rendre visite à Trutt, en Alsace, dès que la guerre serait terminée. Promesse tenue. C’est ainsi que Michel fit la connaissance de Solange, la sœur de Brice, dont le charme fit tout de suite effet sur lui. Elle aussi ne fut pas indifférente à ce jeune homme si doué en nature, qui passait quasi toutes les nuits de son séjour avec son frère à observer les animaux de la forêt. Il leur fallut pourtant attendre encore près de 10 ans avant que Michel ne la demande en mariage.

Les études supérieures et la carrière médicale ; une vie de famille accomplie aussi. Michel retourna à Genève après ces vacances. Fini le collège, il commença des études universitaires, choisissant en première année de suivre les cours non seulement de médecine, mais aussi de biologie, car les deux domaines l’intéressaient. Cela en dit beaucoup sur ses capacités de travail hors du commun. Il termina par une spécialité en médecine tropicale, sa profession. Il a pris ensuite un an pour traverser l’Afrique en stop jusqu’en Tanzanie, jusqu’à la côte de l’Océan Indien. Son frère Claude, également médecin, lui offrit alors l’occasion de travailler quelques mois à l’hôpital de Sibiti en République du Congo, qu’il dirigeait. De retour il étudia l’anatomopathologie durant deux ans à l’Université de Genève et enchaîna avec une thèse sur les pathologies des valvules mitrales et aortiques. Il passa ensuite trois ans à la Polyclinique universitaire de Bâle comme assistant, tout en enseignant à l’Institut de médecine tropicale de la ville. Enfin, il compléta sa formation d’infectiologue durant un an à Paris.

A 28 ans, Michel demande finalement la main de Solange. Ils se marièrent le 13 juillet 1957. Et déjà en septembre ils partaient en 2 CV, direction le Sénégal, pour travailler deux ans à l’hôpital de Dakar, période suivie d’un stage au Mali à l’Institut Marchoux pour étudier la lèpre et les tripanosomiases (la maladie du sommeil). Solange l’assiste dans son travail. Ils auront quatre enfants, Etienne, Antoine, Jean et Marie, nés respectivement à Barr (Alsace), au Sénégal, à Bâle et en Tanzanie.

De retour en France ils s’installent dans la ruine de Biederthal en cours de restauration avec les moyens du bord (25 ans pour en venir à bout) dont Solange était tombée amoureuse. Michel a travaillé dans trois institutions :
 Professeur de médecine tropicale à l’Institut Tropical de Bâle ;
 Membre du Comité directeur sur les maladies tropicales à l’OMS pendant quinze ans ; ce travail l’a amené à créer des unités de recherche dans de nombreux pays tropicaux d’Amérique latine, en Inde, en Asie du Sud-Est et en Afrique, principalement pour la malaria multi-résistante, et à mettre au point des médicaments pour traiter la cécité des rivières et l’onchocercose.
 Directeur de Recherche et développement chez Hoffmann-La Roche, où il travaillera 35 ans. Très intuitif et clairvoyant, il développe des médicaments avec des collaborateurs et collaboratrices choisis avec soin :
 un anti-paludéen, le FANSIDAR ;
 mais aussi notamment deux antibiotiques qui sont encore utilisés aujourd’hui – le BACTRIM qui présente le grand avantage d’être efficace même si l’on n’en prend qu’un, voire deux cachets. En effet, pour des pays du Sud, notamment l’Afrique, il avait compris que plus la posologie était simple, mieux elle serait suivie car les patients avaient souvent à parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre à l’hôpital, ou devaient attendre les visites espacées des équipes médicales mobiles (ce médicament, qui présente aussi l’avantage de ne pas créer de résistance, soigne encore des milliers de personnes) ; et la ROCEPHINE, le plus marquant, un antibiotique puissant, proche de la pénicilline, utilisé entre autre pour soigner des méningites, des pneumonies, la maladie de Lyme et des infections diverses, qui fait toujours partie de la liste des médicaments essentiels de l’OMS… près de 45 ans après son invention, pour le plus grand bénéfice de la société Hoffmann-La Roche. Michel, malgré ces succès remarquables, est resté fidèle à lui-même, modeste et discret. Parmi nous qui avons bénéficié de sa participation à nos actions sur le terrain anti-nucléaire et dans l’action humanitaire, bien peu avaient connaissance, ne serait-ce que de bribes, de tout ce que cette seconde vie a apporté à la science médicale et au soulagement des maux de ses semblables. Solange et la famille.

Solange et lui se sont toujours épaulés dans leurs activités réciproques. Solange fut son assistante médicale en Afrique. Elle relisait les textes de ses communiqués associatifs. Michel apportait son côté scientifique aux engagements nombreux de Solange, tant associatifs que politiques, jusqu’au Parlement européen où elle siégea de 1989 à 1991.

La mort de Solange en 2006 le plonge dans un deuil profond dont il ne sortira que dix ans plus tard, grâce à son engagement associatif et à sa famille. En 2017, alors qu’il traverse la route sur le passage piéton entre le magasin et la maison, il est bousculé par une moto qui le blesse à l’épaule. Il a dès lors besoin d’une aide à domicile, une de ses petites filles dans un premier temps, puis des professionnelles. Un deuxième accident le fatiguera encore plus, mais ce n’est pas ce qui le retiendra de se rendre au Népal, à 88 ans, pour le mariage de sa petite fille !

Michel était fidèle en amitié, mais aussi aux traditions. Il n’a manqué aucun Noël en famille à la montagne. Il n’a manqué aucune fête du 1er août, Fête Nationale Suisse, qui réunit sa famille à Messery, maison au bord du lac Léman que ses parents, ses frères et lui ont achetée en 1950. Il fut un père, un grand-père et un arrière grand-père présent et attentionné. Dans leur berceau de Biederthal, il a enseigné à ses enfants comment observer et identifier les animaux. Reconnu comme médecin autant des animaux que des hommes, il soignait les animaux malades ou blessés que les villageois lui apportaient : renard, sanglier, lérots, des milliers d’hirondelles engourdies par le froid qu’il a fait migrer en Egypte par avion…, et une corneille qui resta plusieurs années avec la famille.

Solange et Michel ont aussi appris l’accueil à leurs enfants, et le respect des autres cultures et religions. Ils ont accueilli deux enfants en difficultés venant de Paris pendant un an. Il y avait toujours un couvert de plus à table, et cela se savait. Le gitan du coin savait aussi que chaque année, Michel lui achèterait une couronne et au moins un panier pour les fêtes de fin d’année. Une vie de famille inextricablement liée avec ses troisième et quatrième vies. Le fervent protecteur de la Nature.

Dès son installation à Biederthal, Michel Fernex adhère à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). En 1965-66, il est à 1’origine de la création de la station ornithologique de Kembs, sur l’Île du Rhin. Quelques années plus tard, étudiant les moustiques dans le cadre de son travail sur lе paludisme, il découvre le site de се qu’on n’appelait pas encore la Petite Camargue Alsacienne (PCA). Des menaces pèsent sur ce site où des camions de gravats et de déchets sont déversés dans les bras morts et les zones humides. Pour convaincre les élus locaux de l’intérêt de се trou à moustiques, il organise des sorties matinales afin de leur faire prendre conscience de lа richesse et de lа beauté de l’endroit. Avec l’association des Amis de lа РСА, fondée en 1975, il obtiendra en 1982 lа création de la première Réserve Naturelle d’Alsace. Pour défendre cette nature qu’il aime tant, Michel s’engage à l’AFRPN, aujourd’hui Alsace Nature, dont il fait partie du СА entre 1970 et 2000. Il soutient Solange qui va occuper le terrain où doivent commencer les travaux d’une usine de plomb qui auraient nécessité le défrichement de la forêt de Marckholseim, une des dernières forêts rhénanes. L’occupation par des habitants de la région dura plusieurs mois jusqu’à l’abandon du projet. Solange y passe plusieurs jours et nuits par semaine. L’occupation se poursuit de l’autre côté du Rhin à Wyhl contre la construction d’une centrale nucléaire côté allemand, puis à Kayseraugst en Suisse. En 1977, il soutient Solange, leur fils Antoine et 5 autres personnes durant leur jeûne de 17 jours pour demander les garanties élémentaires avant le démarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim. En 1983, à Paris, Michel accompagne Solange qui jeûne 40 jours lors du "Jeûne pour la Vie » contre le déploiement en Europe de missiles nucléaires de moyenne portée russes et américains (SS20 et Pershing). Il a également participé à la création du Conservatoire des Sites Alsaciens (CSA) dont le but est de louer ou d’acquérir des sites pour mieux les protéger grâce à une gestion respectueuse des espèces animales ou végétales particulières qui у vivent.

Dans son désir de partager ses connaissances naturalistes, avec l’appui de Société lndustrielle de Mulhouse il relance le COSCINAT (Comite des Sciences de la Nature) qu’il présidera durant 30 ans. Се groupe de passionnés organise des conférences, des expositions et des sorties. Parmi les invités de marque, Edward Goldsmith, le fondateur des Amis de la Terre (Grande-Bretagne) venu en 1972 présenter son livre « Changer ou disparaître ». Il participe à la publication de nombreux bulletins (17 vol.) très documentés sur la nature en Alsace qui sont devenus des références. Il constitue la première banque de données ornithologiques de la région, et réalise des recensements d’oiseaux migrateurs ou hivernant sur le Rhin.

Pendant plus de trois décennies, Michel а été avec Solange un agitateur ou plutôt un activateur de la protection de la nature en Alsace. En avance sur son époque, il n’a pas toujours été bien compris ou accepté. Face à certaines institutions ou élus locaux, ses origines suisses constituaient un handicap qu’il а transformé en avantage en parvenant à mobiliser des fonds transfrontaliers… Par son opiniâtreté, il а réussi à faire passer des idées novatrices comme la vaccination des renards contre la rage plutôt que leur destruction systématique. Il а contribué à la réintroduction du Hibou grand-duc dans le Jura alsacien et est à l’origine du retour du Lynx dans les Vosges. Il а été pour beaucoup de militants un modèle et un guide. Pour apprendre à aimer la nature « се que l’homme n’a pas fait » il pensait qu’il est nécessaire d’assister en vrai, et pas seulement sur un écran !, au spectacle du brame du cerf ou au jeu des renardeaux devant leur terrier. En 1971 il écrivait : « Pour une seule mesure de sauvegarde de la nature, il s’en prend encore cent de destruction » et espérait qu’on arrive à un rapport de un sur un. Où a-t-il trouvé l’énergie de mener de front toutes ces activités ? Certainement dans la fréquentation assidue de la nature. Ornithologue émérite, il avait toujours à portée de main ses jumelles, et son carnet de croquis et de notes. Il passait de nombreuses nuits à la belle étoile, faisait d’innombrables affuts au terrier de blaireaux où il emmenait volontiers enfants et adultes. Il aimait particulièrement ces matins de neige pour lire sur une page blanche les traces de lа vie nocturne qu’il interprétait avec finesse. Jusqu’à ces dernières années il а voyagé dans de nombreux pays pour observer la faune sauvage : en Grèce en 2015 autour des lacs de Prespa où nichent les pélicans, en Espagne en 2016 pour voir les ours dans les Asturies, et même au Népal. Il у а très peu de temps, il rendait encore une visite quasi quotidienne aux chamois du Saalhof. L’opposant à l’énergie atomique et le combattant pour la vérité sur ses dégâts. Jusqu’à l’accident de Tchernobyl, le 26 avril 1986, Michel est resté en retrait des actions de Solange, très engagée dans les luttes anti-nucléaires depuis les années 1970. Il l’assistait, la soutenait et prenait sa part. Surtout préoccupé par le risque de guerre atomique (c’était l’époque où Ronald Reagan faisait monter la tension), il adhère en 1985 à la section suisse de l’association IPPNW (International Physician for the Prevention of Nuclear War), qui venait d’être distinguée par le Prix Nobel de la Paix !

L’explosion du réacteur 4 de Tchernobyl et l’énormité et l’étendue des retombées radioactives de la catastrophe – l’équivalent de ce qu’aurait laissé une bataille atomique aux confins de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie – le motiva pour s’engager définitivement et sans réserve dans la lutte contre le nucléaire civil et pour s’attacher à convaincre IPPNW Suisse d’en faire autant, ce qui n’était pas acquis a priori. Le médecin qu’il était entra alors dans l’arène où s’affrontent depuis plus de trente cinq ans, d’un côté les tenants de la vérité sur les conséquences sanitaires multiples et complexes des retombées radioactives – un véritable désastre historique, et de l’autre les portes-parole d’instances internationales attachées à en nier la quasi-totalité. Michel était, comme on dit en anglais, un World Class Senior Scientist. Il est l’un des rares hommes de science de ce niveau à avoir épaulé sans restriction toutes les associations et personnes qui sollicitaient ses connaissances, son témoignage ou son aide. Il a ainsi apporté un inestimable crédit aux informations de terrain, aux données statistiques collectées sur l’évolution du tableau clinique et aux revendications des populations exposées à la radioactivité. Il a joué le rôle d’un pont entre les scientifiques, médecins et associations russes, biélorusses et ukrainiens avec leurs homologues en Allemagne, France, Suisse, Grande-Bretagne etc. Mais il n’a, hélas, pas réussi à briser le mur du mépris que les experts de la « protection radiologique » internationale porte à tous ceux qui, comme Michel, étant étrangers à leur milieu – donc forcément incompétents, osent contester leurs paroles d’évangile ! De ses très nombreuses interventions, citons :
 participation aux sessions du Tribunal des Peuples sur Tchernobyl (Vienne 12-15 avril 1996), dont les minutes furent publiées dans une demi-douzaine de langues ;
 organisation de deux Congrès IPPNW, à Bâle, le 15 février 2003 sur l’état de santé des enfants de Tchernobyl, et à Berne, le 12 novembre 2005 consacré au destin tragique des liquidateurs ;
 nombreuses rencontres consacrées aux associations, par exemple à celle appelée Les Enfants de Tchernobyl, fondée en 1993 pour accueillir chaque année durant quelques semaines dans des familles alsaciennes des dizaines d’enfants ukrainiens venant de districts fortement contaminés. Autre exemple, un quart de siècle écoulé, en mai 2012, un an après l’accident de Fukushima, âgé de 83 ans, il prit son bâton de pèlerin pour apporter toutes ses connaissances et son attention aux habitants victimes de la radioactivité et aux associations, médecins et scientifiques qui leur venaient en aide. Voyage symbolique aussi qui le vit passer à Hiroshima, Kyoto, Tokyo et Fukushima, un voyage organisé par le Dr Eisuko Matsui et l’écrivain-journaliste Kolin Kobayashi. Le contact déboucha sur la création d’un groupe de travail comprenant notamment le Dr Matsui, des médecins de IPPNW Suisse, dont Michel Fernex, et un juriste international, le Pr Michel Prieur. L’initiative ouvrit la voie à des participations au Symposium sur les aspects médico-légaux d’un désastre nucléaire et les droits humains (Uni. Waseda, Tokyo, 14-15 octobre 2014), et à l’organisation d’un colloque indépendant reconnu Nuclear Disaster and Human Rights, en marge d’une Conférence de l’ONU sur Fukushima (Sendaï, 14-18 mars 2015) ;

 cinéastes et auteurs préparant un film ou un livre sur Tchernobyl venaient à Biederthal chercher informations, références, conseils et témoignages, et c’est bien volontiers qu’il s’appliquait à leur donner satisfaction, et à leur faire partager son expérience de la lutte pour la vérité. Ses contributions aux luttes sur le terrain de Tchernobyl furent décisives, on s’en rend mieux compte en portant un regard rétrospectif. Dans les années 1990, au gré de ses déplacements dans l’ex-URSS il établit des liens avec des personnalités-clé :
 l’académicien biélorusse Vassily Nesterenko, physicien nucléaire militaire au centre de recherche de Sosny près de Minsk ;
 l’académicien Alexey Yablokov, conseiller pour l’écologie du Président Boris Eltsine ;
 l’académicienne Roza Goncharova, Head of laboratory antimutagenesis at the Institute of Genetic and Cytology of the National Academy of Sciences of Belarus ;
 le professeur Youry Bandazhevsky, anatomopathologiste, fondateur et premier Recteur de l’Institut médical d’Etat de Gomel de 1990 à 1999, et sa femme Galina Bandazhevskaya, cardiologue dans un hôpital pédiatrique de Minsk ;
 et bien d’autres dont il contribua à diffuser les travaux les plus marquants via la grande revue médicale suisse, Swiss Medical Weekly, à savoir ceux de V. Nesterenko, G. Bandazhevskaya, Y. Dubrova, G. Lazjuk, A. Okeanov et de leurs co-auteurs.

Vassily Nesterenko, héros de Tchernobyl, abandonna ses fonctions officielles après l’accident pour consacrer le reste de ses jours (jusqu’au 28 avril 2008) à la protection radiologique des habitants du Belarus. A cette fin, en octobre 1990, après avoir fait fabriquer et distribuer des centaines de milliers de compteurs Geiger, il créa l’Institut indépendant BELRAD. Roza Goncharova se lança dès 1986 dans l’étude des instabilités génomiques dues aux radiations dans les populations de campagnoles roussâtres pullulant dans et autour de la zone d’exclusion de la centrale. Youry Bandazhevsky a dirigé des programmes scientifiques liés à l’influence des radionucléides incorporés sur les organes et systèmes vitaux d’une personne, jusqu’à sa condamnation 8 ans de prison pour corruption (un grand classique…) par un tribunal militaire le 18 juin 2001. Au tournant des années 2000, la vulnérabilité du dossier des tenants de la vérité sur les séquelles de Tchernobyl sauta aux yeux de Michel Fernex. Il prit l’initiative stratégique de faire traduire et publier les contributions les plus significatives, comme évoqué ci-dessus. Mieux, avec la collaboration et sous le contrôle du centre de recherches nucléaires de Jülich en Allemagne, il organisa une expérience à double insu sur l’efficacité de la pectine pour accélérer l’élimination du césium radioactif incorporé,

une propriété contestée par… les négateurs des effets sanitaires de l’accident et ceux dont ils avaient, et ont toujours, l’oreille au sein des instances ad hoc de la Commission européenne. Sans ces initiatives pour la reconnaissance de travaux scientifiques essentiels, il est assez probable que les attaques convergeant de tous les azimuts contre l’Institut BELRAD auraient réussi et auraient alors parachevé l’effet du tarissement progressif des subventions publiques entre 1995 et 2000. De même, on peut raisonnablement penser que les publications dans le SWM des travaux du couple Bandazhevsky ont servi la campagne internationale et l’intervention de l’Ambassadeur de France Chmelevsky, pour obtenir la libération anticipée de Y. Bandazhevsky, peu avant le 20ème anniversaire de l’accident.

Entre temps, le 1er avril 2001, réunis à Biederthal, Michel et Solange Fernex et leur fils Etienne, Vassily Nesterenko et Wladimir Tchertkoff fondèrent, seconde opération stratégique, l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, dans le but pérenniser le financement de l’Institut BELRAD et la diffusion de l’information sur la situation sanitaire réelle dans les régions contaminées. Les premières années ont été difficiles, dramatiques même. ETB aurait sombré en 2006 – et BELRAD aussi – après le décès de Solange, sans l’intervention de l’association « Les Enfants de Tchernobyl », présidée par Thierry Meyer. Puis, ETB n’aurait pu apporter à BELRAD le soutien financier indispensable à la poursuite de son redressement sans les contributions des trois années 2007 à 2009 de la Fondation France-Libertés, que présidait alors une grande amie de Solange, Madame Danielle Mitterrand.

Michel Fernex a présidé ETB de 2006 à 2010 et est resté très actif au sein de l’association jusqu’en 2017, année où il se rendit en Limousin, en août, pour La Fête qui a du sens, organisée au bénéfice d’ETB par son ami le Pr Prieur et à Paris, en novembre, au Forum Social Mondial sur le Nucléaire. Rétrospectivement, tout tient d’un miracle, produit des circonstances, du courage d’un héros sans pareil, Vassily Nesterenko, et de solides liens tissés durant la décennie 1990. Ce qui a été construit et maintenu est unique. Il n’existe rien d’équivalent, ni en Russie, ni en Ukraine, ni au Japon de l’après Fukushima. Unique et infiniment précieux. C’est l’héritage que Solange et Michel nous ont confié. Notre destin est de le faire fructifier, en suivant l’exemple de Solange et Michel qui s’y sont soumis, à ce destin assumé, jusqu’à la limite de leurs forces.

L’enjeu est immense, doublement immense : maintenir BELRAD, et transmettre une information objective sur les séquelles sanitaire des retombées radioactives de Tchernobyl. Car, bien informé on est un citoyen ; mal informé on devient un sujet.

« Qu’il est grand, plus grand encore mort que vivant ! ». A lire tous les témoignages et sources rassemblés ici, voilà l’exclamation qui vient à l’esprit. Plus grand mort car nous ne savions pas à quel point l’homme était grand, de son vivant. Ce récit de vie nous l’apprend !

Repose en paix Michel, notre grand ami, nous poursuivons dans la voie que Solange et toi avez ouverte et tracée.

 Yury Bandazhevsky, Coordinator of projects on health protection, Editor-in-chief of the collection « Chernobyl ecology and health »
 Roza Goncharova, Pr Laboratory of Molecular Basis of Genomic Stability, Institute of Genetics & Cytology National Academy of Sciences of Belarus
 Kolin Kobayashi, écrivain et journaliste
 Patrick Lenoir, ex-Trésorier d’Enfants de Tchernobyl Belarus »
 Yves Lenoir, Président de « Enfants de Tchernobyl Belarus »
 Clément Libis, Association Alsace Nature Groupe Sundgau.
 Kazuko Matsuii, Director : HAHA. Inc./ Preserving Deciduous Teeth Network, JAP
 Thierry Meyer, Président de « Les Enfants de Tchernobyl »
 Marc Molitor, auteur de « Tchernobyl, déni passé, menaces futures », Racine, RTBF 2011
 Orie Muta, emeritus professor, Gifu University, JAPAN
 Alexey Nesterenko, Directeur de l’Institut BELRAD
 Andreas Nidecker, médecin, membre de IPPNW Suisse
 Bernadette Prieur
 Michel Prieur, Pr émérite de droit international, Université de Limoges
 Rudolf Suter, photographe et cinéaste
 Martin Walter, médecin, membre de IPPNW Suisse

Né en 1929 à Genève, spécialiste de médecine tropicale, professeur émérite à l’université de Bâle, Michel Fernex avait passé douze ans au Sénégal puis en Tanzanie avant de s’installer à Biederthal, dans le sud de l’Alsace. Avec sa femme Solange (écologiste, féministe, opposante de la première heure à construction de la centrale de Fessenheim, députée européenne de 1989 à 1995 et administratrice du Réseau Sortir du nucléaire de 2001 à 2003), ils formaient un couple très uni, deux figures inspirantes qui ont marqué le mouvement écologique en Alsace.

Membre de l’Association Internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPNW), Michel est resté engagé toute sa vie contre le nucléaire, civil et militaire. En tant qu’ancien membre du comité directeur de recherche pour les maladies tropicales de l’Organisation Mondiale de la Santé, il était révolté par le silence de l’OMS au sujet des conséquences de l’accident de Tchernobyl. Il s’est énormément engagé, notamment au sein du collectif IndependentWHO, pour dénoncer les liens entre cette organisation onusienne et l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique. Dans le documentaire Controverses nucléaires (2001), on le voit dénoncer ce déni orchestré par l’industrie atomique.

En 2001, en réponse à la désinformation sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl et au peu de moyens pour préserver la santé des enfants dans les zones contaminées, avec le physicien biélorusse Vassili Nesterenko, Michel et Solange Fernex fondèrent l’association Enfants de Tchernobyl Bélarus. Cette association, que Michel a présidé pendant plusieurs années, assure un soutien financier à l’institut indépendant Belrad, pour lui permettre de continuer à venir en aide aux enfants souffrant de pathologies radio-induites.

Également choqué par la désinformation propagée suite à la catastrophe de Fukushima, Michel Fernex s’était aussi rendu au Japon en juillet 2012, à l’âge de 83 ans, sur l’invitation de collectifs citoyens. À son retour, il a témoigné du déni persistant entourant les conséquences des accidents nucléaires.

Naturaliste, passionné d’observation des animaux et en particulier d’ornithologie, Michel Fernex était très attentif à toutes les formes du vivant. Nous vous invitons à relire son article rédigé en 2012 en réponse au documentaire Tchernobyl, une histoire naturelle, où il revient sur le mythe abondamment propagé d’une nature florissante dans les zones contaminées.

Nous saluons un scientifique intègre, un sage et une personne d’une grande humanité et simplicité.

Nos pensées vont vers sa famille, ses proches et toutes les personnes qui l’aimaient. Le mouvement antinucléaire français lui doit beaucoup et nous ferons vivre autant que possible ce qu’il nous a laissé.


Les quatre vies exemplaires du Professeur Michel Fernex, consacrées à la Nature, à la Science médicale et à l’Humanité.

Michel Fernex est né le 2 avril 1929 à Genève, et décédé paisiblement le 2 octobre 2021 chez lui dans sa maison de Biederthal, entouré des siens. C’est avec une grande émotion et une peine profonde que nous avons reçu la nouvelle et nous exprimons toute notre empathie envers sa merveilleuse famille. Michel Fernex a donné tout ce qu’il pouvait donner, à sa famille, à la science médicale, à la protection de la nature et à la lutte contre les applications militaires et civiles de l’énergie atomique.

Il est allé jusqu’au bout de ses forces, surmontant avec un admirable courage les épreuves que la vie a placées sur sa route durant ces quinze dernières années. Ceux qui l’ont connu, qui ont été reçus dans sa grande et belle maison de Biederthal, qui ont travaillé et milité à ses côtés, ne ressentent pas tant une disparition qu’une absence. Il vit dans leur esprit, dans nos esprits ; il nous sert de boussole et même de guide, mais, bizarrement, il n’est plus là alors qu’on le sent tout proche, fraternel, attentif, réservé, ferme, bienveillant, disponible… Michel Fernex complétait harmonieusement toutes ces qualités humaines par un défaut, celui d’une peut-être trop grande modestie. Nous ne l’avons jamais vu mettre sa personne en avant. La joie se lisait simplement sur ses traits détendus éclairés par un regard brillant et un léger sourire ; un froncement de sourcil et une parole impérieuse étaient le signe d’une grande colère ; sa sollicitude s’exprimait par le don désintéressé et sans fioritures de son savoir et de ses conseils. Il n’était pas de ces personnages qui cherchent le devant de la scène, brassent de l’air et font de grands discours pour impressionner leurs semblables.

Quatre vies de front.

L’enfance et l’adolescence.

Il est le deuxième d’une fratrie de quatre garçons. Un père orthodontiste et Professeur à la Faculté de médecine dentaire de Genève. Ses grands-parents étaient des notables genevois, d’un coté, le premier juge pour enfants de la Ville de Genève, et de l’autre un homme très doué en affaires et amateur d’art, qui fréquentait les plus grands peintres de son époque vivant à Genève. C’est important de noter ce goût pour l’art dans la famille. En effet, Michel et ses frères ont beaucoup dessiné et peint dans leur enfance et leur adolescence. Très tôt, le petit Michel a fait montre d’un amour de la Nature et d’un incroyable sens de l’observation de la vie qui y grouille, témoin la peinture d’une mésange bleue, qu’il a réalisée en 1935, à 6 ans… Quel regard !

La Nature et tout spécialement le peuple des oiseaux, sont ses domaines de prédilection. Très jeune, il fait la connaissance de deux grands naturalistes genevois, Robert Hainard et Paul Géroudet. Ils seront ses Maîtres en observation de la Nature et en ornithologie, des amis avec lesquels il restera lié jusqu’à leur décès. Tant qu’il a conservé l’ouïe, Michel était capable de reconnaître à leur chant ou à leur cri près de deux cents espèces d’oiseaux, le bagage d’un ornithologue chevronné. Ainsi, tout naturellement, Michel est-il devenu un naturaliste averti, observateur insatiable des plantes, arbres, insectes et animaux de tous les pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Afrique où il a travaillé.

La Nature, le domaine de sa première vie, indispensable à son épanouissement et son ressourcement ; la Nature dont il notait avec acuité toutes les altérations dues à l’action nuisible des hommes, notamment celles provoquées par les retombées radioactives de Tchernobyl. Il a donc grandi à Genève, dans une ... bonne...famille protestante, fidèle aux traditions du Canton et de son pays, la Suisse. Pendant la guerre, Michel, fut envoyé dans les Grisons, à Zuoz, pour apprendre l’allemand. C’est dans le lycée de cette ville qu’il se lia d’amitié avec Brice de Turckheim, lui aussi passionné de nature ; Brice qu’il appellera jusqu’à la fin de sa vie "son meilleur ami". Brice fit promettre à Michel de venir lui rendre visite à Trutt, en Alsace, dès que la guerre serait terminée. Promesse tenue. C’est ainsi que Michel fit la connaissance de Solange, la sœur de Brice, dont le charme fit tout de suite effet sur lui. Elle aussi ne fut pas indifférente à ce jeune homme si doué en nature, qui passait quasi toutes les nuits de son séjour avec son frère à observer les animaux de la forêt. Il leur fallut pourtant attendre encore près de 10 ans avant que Michel ne la demande en mariage.

Les études supérieures et la carrière médicale ; une vie de famille accomplie aussi. Michel retourna à Genève après ces vacances. Fini le collège, il commença des études universitaires, choisissant en première année de suivre les cours non seulement de médecine, mais aussi de biologie, car les deux domaines l’intéressaient. Cela en dit beaucoup sur ses capacités de travail hors du commun. Il termina par une spécialité en médecine tropicale, sa profession. Il a pris ensuite un an pour traverser l’Afrique en stop jusqu’en Tanzanie, jusqu’à la côte de l’Océan Indien. Son frère Claude, également médecin, lui offrit alors l’occasion de travailler quelques mois à l’hôpital de Sibiti en République du Congo, qu’il dirigeait. De retour il étudia l’anatomopathologie durant deux ans à l’Université de Genève et enchaîna avec une thèse sur les pathologies des valvules mitrales et aortiques. Il passa ensuite trois ans à la Polyclinique universitaire de Bâle comme assistant, tout en enseignant à l’Institut de médecine tropicale de la ville. Enfin, il compléta sa formation d’infectiologue durant un an à Paris.

A 28 ans, Michel demande finalement la main de Solange. Ils se marièrent le 13 juillet 1957. Et déjà en septembre ils partaient en 2 CV, direction le Sénégal, pour travailler deux ans à l’hôpital de Dakar, période suivie d’un stage au Mali à l’Institut Marchoux pour étudier la lèpre et les tripanosomiases (la maladie du sommeil). Solange l’assiste dans son travail. Ils auront quatre enfants, Etienne, Antoine, Jean et Marie, nés respectivement à Barr (Alsace), au Sénégal, à Bâle et en Tanzanie.

De retour en France ils s’installent dans la ruine de Biederthal en cours de restauration avec les moyens du bord (25 ans pour en venir à bout) dont Solange était tombée amoureuse. Michel a travaillé dans trois institutions :
 Professeur de médecine tropicale à l’Institut Tropical de Bâle ;
 Membre du Comité directeur sur les maladies tropicales à l’OMS pendant quinze ans ; ce travail l’a amené à créer des unités de recherche dans de nombreux pays tropicaux d’Amérique latine, en Inde, en Asie du Sud-Est et en Afrique, principalement pour la malaria multi-résistante, et à mettre au point des médicaments pour traiter la cécité des rivières et l’onchocercose.
 Directeur de Recherche et développement chez Hoffmann-La Roche, où il travaillera 35 ans. Très intuitif et clairvoyant, il développe des médicaments avec des collaborateurs et collaboratrices choisis avec soin :
 un anti-paludéen, le FANSIDAR ;
 mais aussi notamment deux antibiotiques qui sont encore utilisés aujourd’hui – le BACTRIM qui présente le grand avantage d’être efficace même si l’on n’en prend qu’un, voire deux cachets. En effet, pour des pays du Sud, notamment l’Afrique, il avait compris que plus la posologie était simple, mieux elle serait suivie car les patients avaient souvent à parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre à l’hôpital, ou devaient attendre les visites espacées des équipes médicales mobiles (ce médicament, qui présente aussi l’avantage de ne pas créer de résistance, soigne encore des milliers de personnes) ; et la ROCEPHINE, le plus marquant, un antibiotique puissant, proche de la pénicilline, utilisé entre autre pour soigner des méningites, des pneumonies, la maladie de Lyme et des infections diverses, qui fait toujours partie de la liste des médicaments essentiels de l’OMS… près de 45 ans après son invention, pour le plus grand bénéfice de la société Hoffmann-La Roche. Michel, malgré ces succès remarquables, est resté fidèle à lui-même, modeste et discret. Parmi nous qui avons bénéficié de sa participation à nos actions sur le terrain anti-nucléaire et dans l’action humanitaire, bien peu avaient connaissance, ne serait-ce que de bribes, de tout ce que cette seconde vie a apporté à la science médicale et au soulagement des maux de ses semblables. Solange et la famille.

Solange et lui se sont toujours épaulés dans leurs activités réciproques. Solange fut son assistante médicale en Afrique. Elle relisait les textes de ses communiqués associatifs. Michel apportait son côté scientifique aux engagements nombreux de Solange, tant associatifs que politiques, jusqu’au Parlement européen où elle siégea de 1989 à 1991.

La mort de Solange en 2006 le plonge dans un deuil profond dont il ne sortira que dix ans plus tard, grâce à son engagement associatif et à sa famille. En 2017, alors qu’il traverse la route sur le passage piéton entre le magasin et la maison, il est bousculé par une moto qui le blesse à l’épaule. Il a dès lors besoin d’une aide à domicile, une de ses petites filles dans un premier temps, puis des professionnelles. Un deuxième accident le fatiguera encore plus, mais ce n’est pas ce qui le retiendra de se rendre au Népal, à 88 ans, pour le mariage de sa petite fille !

Michel était fidèle en amitié, mais aussi aux traditions. Il n’a manqué aucun Noël en famille à la montagne. Il n’a manqué aucune fête du 1er août, Fête Nationale Suisse, qui réunit sa famille à Messery, maison au bord du lac Léman que ses parents, ses frères et lui ont achetée en 1950. Il fut un père, un grand-père et un arrière grand-père présent et attentionné. Dans leur berceau de Biederthal, il a enseigné à ses enfants comment observer et identifier les animaux. Reconnu comme médecin autant des animaux que des hommes, il soignait les animaux malades ou blessés que les villageois lui apportaient : renard, sanglier, lérots, des milliers d’hirondelles engourdies par le froid qu’il a fait migrer en Egypte par avion…, et une corneille qui resta plusieurs années avec la famille.

Solange et Michel ont aussi appris l’accueil à leurs enfants, et le respect des autres cultures et religions. Ils ont accueilli deux enfants en difficultés venant de Paris pendant un an. Il y avait toujours un couvert de plus à table, et cela se savait. Le gitan du coin savait aussi que chaque année, Michel lui achèterait une couronne et au moins un panier pour les fêtes de fin d’année. Une vie de famille inextricablement liée avec ses troisième et quatrième vies. Le fervent protecteur de la Nature.

Dès son installation à Biederthal, Michel Fernex adhère à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). En 1965-66, il est à 1’origine de la création de la station ornithologique de Kembs, sur l’Île du Rhin. Quelques années plus tard, étudiant les moustiques dans le cadre de son travail sur lе paludisme, il découvre le site de се qu’on n’appelait pas encore la Petite Camargue Alsacienne (PCA). Des menaces pèsent sur ce site où des camions de gravats et de déchets sont déversés dans les bras morts et les zones humides. Pour convaincre les élus locaux de l’intérêt de се trou à moustiques, il organise des sorties matinales afin de leur faire prendre conscience de lа richesse et de lа beauté de l’endroit. Avec l’association des Amis de lа РСА, fondée en 1975, il obtiendra en 1982 lа création de la première Réserve Naturelle d’Alsace. Pour défendre cette nature qu’il aime tant, Michel s’engage à l’AFRPN, aujourd’hui Alsace Nature, dont il fait partie du СА entre 1970 et 2000. Il soutient Solange qui va occuper le terrain où doivent commencer les travaux d’une usine de plomb qui auraient nécessité le défrichement de la forêt de Marckholseim, une des dernières forêts rhénanes. L’occupation par des habitants de la région dura plusieurs mois jusqu’à l’abandon du projet. Solange y passe plusieurs jours et nuits par semaine. L’occupation se poursuit de l’autre côté du Rhin à Wyhl contre la construction d’une centrale nucléaire côté allemand, puis à Kayseraugst en Suisse. En 1977, il soutient Solange, leur fils Antoine et 5 autres personnes durant leur jeûne de 17 jours pour demander les garanties élémentaires avant le démarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim. En 1983, à Paris, Michel accompagne Solange qui jeûne 40 jours lors du "Jeûne pour la Vie » contre le déploiement en Europe de missiles nucléaires de moyenne portée russes et américains (SS20 et Pershing). Il a également participé à la création du Conservatoire des Sites Alsaciens (CSA) dont le but est de louer ou d’acquérir des sites pour mieux les protéger grâce à une gestion respectueuse des espèces animales ou végétales particulières qui у vivent.

Dans son désir de partager ses connaissances naturalistes, avec l’appui de Société lndustrielle de Mulhouse il relance le COSCINAT (Comite des Sciences de la Nature) qu’il présidera durant 30 ans. Се groupe de passionnés organise des conférences, des expositions et des sorties. Parmi les invités de marque, Edward Goldsmith, le fondateur des Amis de la Terre (Grande-Bretagne) venu en 1972 présenter son livre « Changer ou disparaître ». Il participe à la publication de nombreux bulletins (17 vol.) très documentés sur la nature en Alsace qui sont devenus des références. Il constitue la première banque de données ornithologiques de la région, et réalise des recensements d’oiseaux migrateurs ou hivernant sur le Rhin.

Pendant plus de trois décennies, Michel а été avec Solange un agitateur ou plutôt un activateur de la protection de la nature en Alsace. En avance sur son époque, il n’a pas toujours été bien compris ou accepté. Face à certaines institutions ou élus locaux, ses origines suisses constituaient un handicap qu’il а transformé en avantage en parvenant à mobiliser des fonds transfrontaliers… Par son opiniâtreté, il а réussi à faire passer des idées novatrices comme la vaccination des renards contre la rage plutôt que leur destruction systématique. Il а contribué à la réintroduction du Hibou grand-duc dans le Jura alsacien et est à l’origine du retour du Lynx dans les Vosges. Il а été pour beaucoup de militants un modèle et un guide. Pour apprendre à aimer la nature « се que l’homme n’a pas fait » il pensait qu’il est nécessaire d’assister en vrai, et pas seulement sur un écran !, au spectacle du brame du cerf ou au jeu des renardeaux devant leur terrier. En 1971 il écrivait : « Pour une seule mesure de sauvegarde de la nature, il s’en prend encore cent de destruction » et espérait qu’on arrive à un rapport de un sur un. Où a-t-il trouvé l’énergie de mener de front toutes ces activités ? Certainement dans la fréquentation assidue de la nature. Ornithologue émérite, il avait toujours à portée de main ses jumelles, et son carnet de croquis et de notes. Il passait de nombreuses nuits à la belle étoile, faisait d’innombrables affuts au terrier de blaireaux où il emmenait volontiers enfants et adultes. Il aimait particulièrement ces matins de neige pour lire sur une page blanche les traces de lа vie nocturne qu’il interprétait avec finesse. Jusqu’à ces dernières années il а voyagé dans de nombreux pays pour observer la faune sauvage : en Grèce en 2015 autour des lacs de Prespa où nichent les pélicans, en Espagne en 2016 pour voir les ours dans les Asturies, et même au Népal. Il у а très peu de temps, il rendait encore une visite quasi quotidienne aux chamois du Saalhof. L’opposant à l’énergie atomique et le combattant pour la vérité sur ses dégâts. Jusqu’à l’accident de Tchernobyl, le 26 avril 1986, Michel est resté en retrait des actions de Solange, très engagée dans les luttes anti-nucléaires depuis les années 1970. Il l’assistait, la soutenait et prenait sa part. Surtout préoccupé par le risque de guerre atomique (c’était l’époque où Ronald Reagan faisait monter la tension), il adhère en 1985 à la section suisse de l’association IPPNW (International Physician for the Prevention of Nuclear War), qui venait d’être distinguée par le Prix Nobel de la Paix !

L’explosion du réacteur 4 de Tchernobyl et l’énormité et l’étendue des retombées radioactives de la catastrophe – l’équivalent de ce qu’aurait laissé une bataille atomique aux confins de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie – le motiva pour s’engager définitivement et sans réserve dans la lutte contre le nucléaire civil et pour s’attacher à convaincre IPPNW Suisse d’en faire autant, ce qui n’était pas acquis a priori. Le médecin qu’il était entra alors dans l’arène où s’affrontent depuis plus de trente cinq ans, d’un côté les tenants de la vérité sur les conséquences sanitaires multiples et complexes des retombées radioactives – un véritable désastre historique, et de l’autre les portes-parole d’instances internationales attachées à en nier la quasi-totalité. Michel était, comme on dit en anglais, un World Class Senior Scientist. Il est l’un des rares hommes de science de ce niveau à avoir épaulé sans restriction toutes les associations et personnes qui sollicitaient ses connaissances, son témoignage ou son aide. Il a ainsi apporté un inestimable crédit aux informations de terrain, aux données statistiques collectées sur l’évolution du tableau clinique et aux revendications des populations exposées à la radioactivité. Il a joué le rôle d’un pont entre les scientifiques, médecins et associations russes, biélorusses et ukrainiens avec leurs homologues en Allemagne, France, Suisse, Grande-Bretagne etc. Mais il n’a, hélas, pas réussi à briser le mur du mépris que les experts de la « protection radiologique » internationale porte à tous ceux qui, comme Michel, étant étrangers à leur milieu – donc forcément incompétents, osent contester leurs paroles d’évangile ! De ses très nombreuses interventions, citons :
 participation aux sessions du Tribunal des Peuples sur Tchernobyl (Vienne 12-15 avril 1996), dont les minutes furent publiées dans une demi-douzaine de langues ;
 organisation de deux Congrès IPPNW, à Bâle, le 15 février 2003 sur l’état de santé des enfants de Tchernobyl, et à Berne, le 12 novembre 2005 consacré au destin tragique des liquidateurs ;
 nombreuses rencontres consacrées aux associations, par exemple à celle appelée Les Enfants de Tchernobyl, fondée en 1993 pour accueillir chaque année durant quelques semaines dans des familles alsaciennes des dizaines d’enfants ukrainiens venant de districts fortement contaminés. Autre exemple, un quart de siècle écoulé, en mai 2012, un an après l’accident de Fukushima, âgé de 83 ans, il prit son bâton de pèlerin pour apporter toutes ses connaissances et son attention aux habitants victimes de la radioactivité et aux associations, médecins et scientifiques qui leur venaient en aide. Voyage symbolique aussi qui le vit passer à Hiroshima, Kyoto, Tokyo et Fukushima, un voyage organisé par le Dr Eisuko Matsui et l’écrivain-journaliste Kolin Kobayashi. Le contact déboucha sur la création d’un groupe de travail comprenant notamment le Dr Matsui, des médecins de IPPNW Suisse, dont Michel Fernex, et un juriste international, le Pr Michel Prieur. L’initiative ouvrit la voie à des participations au Symposium sur les aspects médico-légaux d’un désastre nucléaire et les droits humains (Uni. Waseda, Tokyo, 14-15 octobre 2014), et à l’organisation d’un colloque indépendant reconnu Nuclear Disaster and Human Rights, en marge d’une Conférence de l’ONU sur Fukushima (Sendaï, 14-18 mars 2015) ;

 cinéastes et auteurs préparant un film ou un livre sur Tchernobyl venaient à Biederthal chercher informations, références, conseils et témoignages, et c’est bien volontiers qu’il s’appliquait à leur donner satisfaction, et à leur faire partager son expérience de la lutte pour la vérité. Ses contributions aux luttes sur le terrain de Tchernobyl furent décisives, on s’en rend mieux compte en portant un regard rétrospectif. Dans les années 1990, au gré de ses déplacements dans l’ex-URSS il établit des liens avec des personnalités-clé :
 l’académicien biélorusse Vassily Nesterenko, physicien nucléaire militaire au centre de recherche de Sosny près de Minsk ;
 l’académicien Alexey Yablokov, conseiller pour l’écologie du Président Boris Eltsine ;
 l’académicienne Roza Goncharova, Head of laboratory antimutagenesis at the Institute of Genetic and Cytology of the National Academy of Sciences of Belarus ;
 le professeur Youry Bandazhevsky, anatomopathologiste, fondateur et premier Recteur de l’Institut médical d’Etat de Gomel de 1990 à 1999, et sa femme Galina Bandazhevskaya, cardiologue dans un hôpital pédiatrique de Minsk ;
 et bien d’autres dont il contribua à diffuser les travaux les plus marquants via la grande revue médicale suisse, Swiss Medical Weekly, à savoir ceux de V. Nesterenko, G. Bandazhevskaya, Y. Dubrova, G. Lazjuk, A. Okeanov et de leurs co-auteurs.

Vassily Nesterenko, héros de Tchernobyl, abandonna ses fonctions officielles après l’accident pour consacrer le reste de ses jours (jusqu’au 28 avril 2008) à la protection radiologique des habitants du Belarus. A cette fin, en octobre 1990, après avoir fait fabriquer et distribuer des centaines de milliers de compteurs Geiger, il créa l’Institut indépendant BELRAD. Roza Goncharova se lança dès 1986 dans l’étude des instabilités génomiques dues aux radiations dans les populations de campagnoles roussâtres pullulant dans et autour de la zone d’exclusion de la centrale. Youry Bandazhevsky a dirigé des programmes scientifiques liés à l’influence des radionucléides incorporés sur les organes et systèmes vitaux d’une personne, jusqu’à sa condamnation 8 ans de prison pour corruption (un grand classique…) par un tribunal militaire le 18 juin 2001. Au tournant des années 2000, la vulnérabilité du dossier des tenants de la vérité sur les séquelles de Tchernobyl sauta aux yeux de Michel Fernex. Il prit l’initiative stratégique de faire traduire et publier les contributions les plus significatives, comme évoqué ci-dessus. Mieux, avec la collaboration et sous le contrôle du centre de recherches nucléaires de Jülich en Allemagne, il organisa une expérience à double insu sur l’efficacité de la pectine pour accélérer l’élimination du césium radioactif incorporé,

une propriété contestée par… les négateurs des effets sanitaires de l’accident et ceux dont ils avaient, et ont toujours, l’oreille au sein des instances ad hoc de la Commission européenne. Sans ces initiatives pour la reconnaissance de travaux scientifiques essentiels, il est assez probable que les attaques convergeant de tous les azimuts contre l’Institut BELRAD auraient réussi et auraient alors parachevé l’effet du tarissement progressif des subventions publiques entre 1995 et 2000. De même, on peut raisonnablement penser que les publications dans le SWM des travaux du couple Bandazhevsky ont servi la campagne internationale et l’intervention de l’Ambassadeur de France Chmelevsky, pour obtenir la libération anticipée de Y. Bandazhevsky, peu avant le 20ème anniversaire de l’accident.

Entre temps, le 1er avril 2001, réunis à Biederthal, Michel et Solange Fernex et leur fils Etienne, Vassily Nesterenko et Wladimir Tchertkoff fondèrent, seconde opération stratégique, l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, dans le but pérenniser le financement de l’Institut BELRAD et la diffusion de l’information sur la situation sanitaire réelle dans les régions contaminées. Les premières années ont été difficiles, dramatiques même. ETB aurait sombré en 2006 – et BELRAD aussi – après le décès de Solange, sans l’intervention de l’association « Les Enfants de Tchernobyl », présidée par Thierry Meyer. Puis, ETB n’aurait pu apporter à BELRAD le soutien financier indispensable à la poursuite de son redressement sans les contributions des trois années 2007 à 2009 de la Fondation France-Libertés, que présidait alors une grande amie de Solange, Madame Danielle Mitterrand.

Michel Fernex a présidé ETB de 2006 à 2010 et est resté très actif au sein de l’association jusqu’en 2017, année où il se rendit en Limousin, en août, pour La Fête qui a du sens, organisée au bénéfice d’ETB par son ami le Pr Prieur et à Paris, en novembre, au Forum Social Mondial sur le Nucléaire. Rétrospectivement, tout tient d’un miracle, produit des circonstances, du courage d’un héros sans pareil, Vassily Nesterenko, et de solides liens tissés durant la décennie 1990. Ce qui a été construit et maintenu est unique. Il n’existe rien d’équivalent, ni en Russie, ni en Ukraine, ni au Japon de l’après Fukushima. Unique et infiniment précieux. C’est l’héritage que Solange et Michel nous ont confié. Notre destin est de le faire fructifier, en suivant l’exemple de Solange et Michel qui s’y sont soumis, à ce destin assumé, jusqu’à la limite de leurs forces.

L’enjeu est immense, doublement immense : maintenir BELRAD, et transmettre une information objective sur les séquelles sanitaire des retombées radioactives de Tchernobyl. Car, bien informé on est un citoyen ; mal informé on devient un sujet.

« Qu’il est grand, plus grand encore mort que vivant ! ». A lire tous les témoignages et sources rassemblés ici, voilà l’exclamation qui vient à l’esprit. Plus grand mort car nous ne savions pas à quel point l’homme était grand, de son vivant. Ce récit de vie nous l’apprend !

Repose en paix Michel, notre grand ami, nous poursuivons dans la voie que Solange et toi avez ouverte et tracée.

 Yury Bandazhevsky, Coordinator of projects on health protection, Editor-in-chief of the collection « Chernobyl ecology and health »
 Roza Goncharova, Pr Laboratory of Molecular Basis of Genomic Stability, Institute of Genetics & Cytology National Academy of Sciences of Belarus
 Kolin Kobayashi, écrivain et journaliste
 Patrick Lenoir, ex-Trésorier d’Enfants de Tchernobyl Belarus »
 Yves Lenoir, Président de « Enfants de Tchernobyl Belarus »
 Clément Libis, Association Alsace Nature Groupe Sundgau.
 Kazuko Matsuii, Director : HAHA. Inc./ Preserving Deciduous Teeth Network, JAP
 Thierry Meyer, Président de « Les Enfants de Tchernobyl »
 Marc Molitor, auteur de « Tchernobyl, déni passé, menaces futures », Racine, RTBF 2011
 Orie Muta, emeritus professor, Gifu University, JAPAN
 Alexey Nesterenko, Directeur de l’Institut BELRAD
 Andreas Nidecker, médecin, membre de IPPNW Suisse
 Bernadette Prieur
 Michel Prieur, Pr émérite de droit international, Université de Limoges
 Rudolf Suter, photographe et cinéaste
 Martin Walter, médecin, membre de IPPNW Suisse




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