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Transports nucléaires

Parce que le transport des matières radioactives est une activité inutile, absurde et dangereuse, le Réseau "Sortir du nucléaire" se mobilise !


Avril 2012 : Gorleben 365

17 avril 2012 |




Du 4 au 9 avril 2012 un groupe de 30 personnes venues de tous les coins de la France, et en majorité des alentours de Bure, s’est rendu à Gorleben, dans la région du Wendland, en Allemagne, en solidarité avec les opposants au projet d’enfouissement de déchets radioactifs HA et MA-VL.



Gorleben - Bure : luttes fraternelles

Compte rendu de Bure Zone Libre

Là-bas comme ici on nous promet les mêmes merveilles : sureté des installations pour les travailleurs, les riverains et l’environnement, absence de faille, préservation des générations futures, création d’emplois, re-dynamisation économique de la région...

Pourtant là-bas comme ici l’argent coule à flot pour faire passer la pilule...

Là bas, comme ici, la police surveille et fiche les opposants.

Là-bas comme ici le site n’a pas été choisi pour les caractéristiques de son sous-sol, mais pour des raisons politiques, sociales et économiques.

LA MINE « EXPLORATOIRE » DE GORLEBEN

Qu’est ce que le projet de Gorleben ? Des centaines dekilomètres de galeries en cours de creusement à 933 mètres sous terre dans un gisement de sel inexploité jusqu’à maintenant, destiné à accueillir des milliers de tonnes de déchets HA et MA-VL*.

Le site de Gorleben est choisi en 1977 pour des raisons purement politiques : le village est situé en RFA dans une petite enclave dans la RDA, à seulement 2 kilomètres de la frontière avec l’Allemagne de l’est. En cas d’accident plus de 70% de la population touchée par les radiations aurait été ressortissante de l’ancienne république communiste...

Si aucun type de sous-sol ne peut être adapté pour l’enfouissement de matières restant radioactives pour des centaines de milliers d’années, celui de Gorleben bat des records de dangerosité.

En effet l’expérience de Asse, site d’enfouissement allemand situé à une centaine de kilomètres de Gorleben, montre que le milieu salin est catastrophique pour l’enfouissement. Dès 1970 des fuites radioactives y ont été diagnostiquées par l’exploitant dans le plus grand secret. Dans cette ancienne mine de sel, quelques 126.000 fûts contenant des déchets faiblement ou moyennement radioactifs ainsi que 11 kg de plutonium sont « entreposés » à plus de 700 mètres de profondeur.

Il aura fallu attendre juin 2008 pour que l’affaire soit révélée au grand jour. Un peu tard hélas puisqu’à cette époque ce ne sont pas moins de 12.000 litres d’eau par jour qui s’infiltrent dans la mine.

Malgré cette expérience dramatique et le fait que l’enfouissement en milieu salin à Gorleben soit au programme depuis une trentaine d’années, aucune étude n’a été faite sur l’effet des rayonnements sur le sel... Signalons au passage qu’à son ouverture Asse n’était officiellement qu’un site d’expérimentation ! Aujourd’hui les déchets de Asse doivent être évacués en urgence et en totalité car la structure géologique ne tiendra plus longtemps. La facture estimative est de 4 milliards d’euros, ce qui donne le vertige mais ne pèse pourtant pas bien lourd à coté des risques humains qui seront pris pour évacuer ces déchets. Un détail « amusant » concernant ce site : l’ANDRA* (l’agence qui gère le projet d’enfouissement à Bure) se gargarise sur son site web d’avoir participé aux recherches à Asse dans les années 70... Il est vrai que si la catastrophe de Asse a fait la une des journaux allemands les médias nucléophiles français ne se sont pas pressés de relayer l’info.

Autre particularité du site de Gorleben, une poche de gaz a été découverte sous le gisement de sel l’année dernière.

A quelques mètres du futur centre d’enfouissement une zone de stockage temporaire de surface a été créé en 1983, pour accueillir les déchets nucléaires destinés à être enfouis à Gorleben –tous les CASTOR de retour de La Hague s’y trouvent. Aujourd’hui, les valeurs limites d’émissions de radioactivité définies par la loi allemande sont dépassées à proximité de ce site. Pourtant il faut bien garder en tête que ces valeurs ne définissent pas un seuil de dangerosité mais plutôt le compromis fait par les pouvoirs publics entre l’intérêt économique et le danger infligé aux riverains. En matière d’irradiation il n’y a pas de seuil minima : toute dose de radiation a un impact sur la santé humaine.

Signalons enfin un détail sordide à propos de la surveillance des taux de radiations autour du centre de stockage : les mesures prises pour définir le niveau de la radioactivité naturelle sur le site ont été effectuées en 1986, juste après Tchernobyl...

LA LUTTE AU WENDLAND

(abordée à plusieurs reprises et notamment avec Wolfgang Hertle, organisateur de cette semaine de rencontre et présent dans la lutte au Wendland depuis toujours)

En 1977 le village de Gorleben est choisi pour accueillir un centre d’enfouissement de déchets radioactifs MAVL et HAVL, mais aussi une usine de « retraitement » et une zone d’entreposage temporaire en surface pour le refroidissement des colis (40 ans). L’idée est de regrouper sur un même site les installations relatives aux déchets.

La résistance au projet fut si forte que deux ans plus tard, en 79, le gouvernement abandonnait le projet d’usine de retraitement : les déchets des centrales allemandes continueront donc d’être retraités en France, à la Hague. Si le gouvernement cède sur le projet d’usine il refuse absolument d’abandonner le programme d’enfouissement.. Le temps de calmer les esprits, les travaux de creusement du site ne débuteront qu’en 1986.

L’opposition au projet de Gorleben a surtout été au départ l’initiative de gens de l’extérieur, dont beaucoup d’étudiants, car les locaux ne voulaient pas participer à des actions illégales.

Parmi ces « extérieurs » venus au Wendland pour s’opposer au nucléaire beaucoup sont restés vivre sur place et cela a eu un fort impact sur le développement alternatif de la région. On y trouve beaucoup d’entreprises, de coopératives, de paysans, une vie culturelle dynamique. La production biologique et les énergies renouvelables y sont très présentes. On sent que les gens ont quelque chose à défendre ici et que ce n’est pas une région morte.

La lutte au Larzac fut une source d’inspiration et d’espoir très forte pour les allemands : une lutte soutenue fortement par des gens venus de loin, longue et difficile mais au sein de laquelle le temps qui passe n’est pas un facteur de lassitude et permet au contraire à l’opposition de prendre de l’ampleur !

Lorsque les premiers wagons de CASTOR sont acheminés vers Gorleben en1995 l’étincelle se réveille pour donner jour petit à petit à ce que nous pouvons voir aujourd’hui à chaque transport de déchets vers le Wendland : d’importantes mobilisations au sein desquelles toutes les cultures de résistance peuvent s’exprimer. Au départ la lutte était assez désorganisée, il n’y avait pas de travail commun. Aujourd’hui, si tout n’est pas rose entre les différentes mouvances de la lutte, chacun peut joindre le type d’action qui lui convient et les tensions internes n’affectent pas la lutte globale. Les cultures de résistance sont différentes mais se complètent.

Le consensus sur le nucléaire s’est effondré en Allemagne dans les années 70 et la querelle de Gorleben et le problème de la gestion des déchets sont les principales raisons pour lesquelles le débat sur le nucléaire est devenu si virulent. Intéressant, non ?

Quelques exemples d’actions symboliques :

1979 : Blocage des camions de forage pendant 3 jours. Marche des tracteurs sur Hanovre, environ 400 tracteurs et 100 000 personnes.

1980 : Occupation du site de forage et création de « la République Libre du Wendland ». Il avait même été instauré un faux système de douanes et de passeports. Ce camp a duré 4 semaines avant d’être détruit par la police. Ce fût le premier gros rassemblement de policiers (environ 6000) pour 300 à 400 manifestants présents sur le site. Une devise restera gravée dans les mémoires « Vous pouvez détruire notre village mais pas notre courage ».

1997 : la plus grosse action de « X-tausend mal quer », 9000 personnes mobilisées pour le blocage de de la grue de déchargement au terminal ferroviaire de Dannenberg.

Quelques exemples d’actions « pratiques » :

« Déballastage » des rails, mise hors service de l’antenne de communication de la police, barricades sur les routes : en particulier lors du passage des CASTOR l’imagination des manifestants pour empêcher leur progression ne connaît pas de limites... On peut signaler que la police n’a pas le même comportement dans ces moments de grande tension que lors des blocages de l’accès au site.

LA CAMPAGNE « GORLEBEN 365

Cette campagne est à l’initiative de deux groupes « X-tausend mal quer » et « KURVE Wustrow ». Elle a commencée le 14 août 2011 et durera jusqu’au 13 août 2012. Le but est de bloquer de manière non violente pendant un maximum de jours l’accès au chantier et ceci afin de montrer jour après jour l’opposition à ce projet, avec des groupes et des thèmes différents et variés.

Chacun peut initier une idée de blocage et l’organiser. Ainsi on peut fêter son anniversaire devant les grilles ou encore tenir un marché avec ses produits maraîchers et agricoles, venir chanter avec sa chorale ou tourner un film avec son propre scénario… Toutes les idées sont les bienvenues. À ce jour, une quarantaine de blocages ont eu lieu depuis le mois d’août 2011. C’est dans ce cadre qu’a eu lieu une semaine de rencontres et d’actions francophone au Wendland du 04 au 09 avril 2012.

PREPARATION DE L’ACTION DE BLOCAGE

(avec Matthias Wiedenlübbert, responsable bénévole de la campagne Gorleben365)

Après une présentation des différents aspects de la campagne, d’un petit historique de celle ci et d’une présentation de la conception du site à bloquer nous sommes allés sur place afin de découvrir les lieux et d’étudier le terrain.

Plusieurs possibilités s’offraient à nous :

 bloquer seulement la route d’accès ou bloquer l’ensemble des 6 portes pouvant mener au site.
 bloquer le matin ou le soir (les blocages ayant lieu le week end se font pour gêner la relève des vigiles car les ouvriers ne travaillent que la semaine, ce qui est déjà une victoire des blocages car auparavant ils y travaillaient 7jrs/7).

Après consultation il fût choisi de bloquer l’ensemble des 6 portes et de bloquer le matin ainsi que le soir. Ayant fait 800km pour venir autant faire les choses bien. De plus Matthias nous a signalé que cela n’avait jamais été fait. Nous relevons donc le défi.

La deuxième étape consistait à préparer l’action (comment on bloque, formation des groupes, communication entre nous, aspect juridique, etc...). L’idée de construire un tripode (structure en bois permettant de suspendre quelqu’un) fut évoquée.

Manquant un peu de temps nous choisissons de faire simple le matin (mise en place de banderoles sur les grilles et sit-in devant celles-ci en attendant que la police nous déloge et de réfléchir dans l’après midi à l’utilisation possible d’un tripode pour l’action du soir. Nous choisissons de faire comme si aucun d’entre nous ne parlait et ne comprenait l’allemand, se disant que cela amènera peut être la police à devoir faire venir un interprète et donc à retarder d’autant plus la relève de la garde.

BLOCAGE FRANCOPHONE DU 7 AVRIL 2012

Dring dring ! 6h du matin les réveils sonnent. Petit-déjeuner, chargement du matériel dans les voitures et hop, en route pour le site. La relève des gardiens doit avoir lieu entre 8h30 et 9h mais nous préférons êtreprésents sur le site vers 7h des fois qu’ils aient choisi d’avancer leurs horaires... Aucun policier présent.

À 7h10 les groupes et les banderoles sont en place. Nous avons bien fait d’arriver plus tôt car les premières voitures arrivent devant une porte secondaire à 7h30. Ils tentent de nous parler, nous ne comprenons pas l’allemand, ils font donc demi-tour. Des feux de camps sont allumés, le groupe des « Stop Bure Brothers » passe de porte en porte pour réchauffer l’ambiance, nous sommes prêts pour l’évacuation. La police passe et repasse, quelle porte décideront ils d’évacuer ? Étant peu nombreux à chaque porte nous savons que le blocage ne durera pas des heures mais l’important dans la campagne « Gorleben365 » n’est pas la durée des blocages mais leur répétition dans le temps. 9h15 ils choisissent d’évacuer la porte numéro 6. A 9h30, l’ensemble de la relève est entrée dans le site et leurs collègues sont sortis. Messieurs les policiers, nous vous disons à ce soir !

Un débriefing de l’action autour d’un café chaud se tiendra non loin du site. Tout le monde est ravi et pressé d’être à ce soir. Il est remarqué que l’attitude des policiers allemands est bien différente de celle de leurs collègues français. Ici aujourd’hui pas de menace, pas de violence, pas de gaz lacrymogène, simplement une évacuation dans les règles de l’art, en respectant les personnes.

Le recul sur l’action du matin et le temps qui nous est imparti dans l’après midi nous permet de peaufiner l’action du soir. Premièrement nous serons plus nombreux car rejoints par des amis-es allemands-es ce qui nous permet de créer des équipes mobiles équipées de talkies-walkies. Cela nous permettra de mieux nous tenir au courant de ce qui se passera au niveau des autres portes.

Un petit groupe se charge de créer un tripode (le matériel est disponible non loin du gîte) afin de condamner l’accès d’une porte avec très peu de personnes. Un autre groupe prépare différents jeux. Tout le monde est prêt à repartir.

18h30, c’est avec un tripode chargé sur le toit et 6 personnes cachées dans le coffre bâché que la camionnette arrive au niveau de la porte 6. Un fourgon de police est déjà en place devant la grille... Arriverons-nous à mettre en place notre installation ? La camionnette s’arrête, tout le monde sort du coffre, descend le tripode et commence à le déployer. La police reste là impuissante, disons plutôt inefficace... Au bout de 5 minutes celui-ci est mis en place et une personne perchée à 4m de haut. Au moins cette porte là ils ne l’évacueront pas.

Au même moment au niveau de la porte principale se tient une cérémonie organisée par des personnes de la BI (Bürgerinitiative= Initiative Citoyenne) afin de nous remettre une banderole actant les liens franco-allemands tissés lors de ce séjour. Puis chaque groupe s’en va bloquer sa porte. De nombreux allemands nous ont rejoint et d’autres passent durant le temps de l’action pour nous soutenir. L’ambiance est décontractée car après l’action du matin tout le monde sait à quoi s’en tenir de la part des forces de l’ordre. Nous remarquons la présence d’une journaliste de la presse écrite locale, celle-ci à l’air ravie que l’on soit là.

Après plus de 2h de présence, l’évacuation de la porte 2 se fait pressentir. Grâce aux équipes mobiles et aux talkies-walkies un soutien massif arrive de part et d’autre. Trop tard pour empêcher la relève de rentrer, il faut maintenant réfléchir à empêcher leurs collègues de sortir. En passant par les bois environnants, une petite équipe arrive à se repositionner et à s’asseoir sur le chemin emprunté. La victoire n’est que de courte durée car celle-ci est tout de suite entourée d’une dizaine de policiers qui ne tardent pas à évacuer. Les voitures peuvent désormais sortir du site, le jeu du chat et de la souris s’arrête ici.

DES RENCONTRES ET DES INFOS

La sortie du nucléaire en Allemagne(thème abordé lors d’une rencontre avec Jochen Stay, ancien militant de « X-tausend mal quer » qui travaille maintenant dans l’organisation « Ausgestrahlt »)

En 2010 le gouvernement allemand décide d’augmenter la durée de fonctionnement de ses 17 réacteurs, revenant sur le choix fait par le gouvernement de Gerhard Schröderen 2000 de sortir de manière progressive du nucléaire. Suite à des mobilisations qui ont rassemblé plus de 250 000 personnes et ne se sont pas essoufflées au cours des mois et suite également à l’accident de Fukushima, le gouvernement décide de fermer immédiatement 8 réacteurs et de laisser les 9 restants en fonctionnement jusqu’en 2022.

Ce qui fait chaud au cœur c’est de voir que malgré ces promesses la détermination ne faiblit pas : une loi est une loi et peut toujours être modifiée, et une décision de sortie en urgence est toujours réclamée. Ce que Jochen exprime par ces mots : « Si un de mes amis me disait qu’il veut arrêter de fumer en dix ans je ne le féliciterais pas »...

Ici comme à Bure la question de la gestion des déchets est intimement liée pour les opposants à celle de leur production : le jour où nous ne produirons plus de matière radioactive et seulement ce jour là, nous serons dans de bonnes conditions pour réfléchir à la manière la plus sûre de les gérer.

Les énergies renouvelables au Wendland (discussionavec Jochen Stay, avec Kerstin Rudek et Inge Schmidt de la BI et avec Dieter Schaarschmidt, spécialiste des énergies renouvelables)

Il y a eu un tel développement des énergies renouvelables en Allemagne ces dernières années que l’exportation a explosé. Bien que le pays soit en train de sortir du nucléaire, même après avoir fermé huit centrales suite à l’accident de Fukushima en mars 2011 il est toujours exportateur d’électricité. En ce qui concerne les centrales à charbon, principale ressource minière en Allemagne, la production d’électricité à partir du charbon n’a pas augmenté en volume depuis le début du programme de sortie du nucléaire allemand. Il faut également savoir que contrairement à la France, l’Allemagne a réussit à diminuer sa production de CO² comme demandé par les accords de Kyoto.

Au Wendland en particulier : il y a eu une mise en place de petites coopératives étant à l’origine des premiers projets éolien, solaire et biogaz. Pour la construction de la première éolienne de la région 80 familles ont participé financièrement. Cette éolienne fonctionne encore aujourd’hui et produit de l’électricité pour 250 familles... La suite n’est pas si idyllique : les grandes firmes sont ensuite arrivées pour prendre leur part du gâteau et ont surpayé des terres aux paysans pour implanter de grands parcs éoliens. La concurrence est donc devenue difficile pour les petites structures...

Au niveau du solaire, il y a eu une réduction spectaculaire des coûts en quelques années d’où une bataille acharnée des grands groupes pour en étouffer le développement.

Au jour d’aujourd’hui, le Wendland produit 135% de ses besoins en électricité et 65% de ses besoins en chauffage.

Soirée très intéressante durant laquelle nous avons pu rencontrer le maire de Trebel (village proche de Gorleben), motivé pour jumeler son village avec Bonnet (village à coté de Bure concerné par la ZIRA). Il est opposant depuis 1977. Il nous a fait un topo sur l’historique de la lutte, notamment la lutte paysanne, et nous a parlé des premières manifestations en tracteur à Berlin, Bonn et Hanovre inspirées de la mobilisation paysanne sur le Larzac.

Nous apprenons également ce soir-là :

 que la région de Gorleben est autonome en électricité et qu’elle tend également vers une autonomie pour le chauffage.

 qu’une académie des énergies renouvelables a été crée à Lüchow en partenariat avec Hambourg et qu’il y est possible d’obtenir un master en énergie renouvelable dans la région.

 qu’au niveau de la région les élus devaient toucher au départ 3 million de deutchmark pour leur commune en compensation du projet mais qu’ils ont tous fini par refuser sauf un village.

Un autre élément instructif est le fait qu’une structure analogue à celle du CLIS* de Bure a vu le jour dans les premières années du projet de Gorleben. Devant le refus catégorique des opposants de discuter d’un projet déjà validé en coulisses, les pouvoirs publics ont abandonné l’idée de mettre en place une telle structure, parodie de débat démocratique dans un monde où l’intérêt des lobbys prime sur la vie des êtres humains.

Le ciné drive-in :

Dans le cadre de la campagne Gorleben 365 certains d’entre nous ont assisté à un blocage original : un ciné en plein air, à l’américaine, avec buvette et pop-corn ! Les voitures garées sur la route ont permis de bloquer l’accès du site lors de la relève des équipes de travail... Bien au chaud dans nos voitures nous avons pu regarder le documentaire « Uranium, is it a country ? » sur un écran extérieur tandis que la radio nous en diffusait le son !

Le jour des blocages, Marianne Fritzen fêtait son 88ième anniversaire. Marianne est née en Alsace et fonde en 1974 la Bürgerinitiative Lüchow-Dannenberg dont elle fut longtemps la présidente. Très active au niveau associatif, elle s’occupe encore de tout le travail d’archivage des coupures de presse relatives au site de Gorleben. Elle fut ravie de notre venue et d’avoir pu fêter son anniversaire lors de cette journée de blocage francophone.

LES PROJETS NÉS DE CES RENCONTRES

 Création d’une coordination internationale opposée à l’enfouissement des déchets radioactifs

 Création d’un site internet d’échange et d’information sur les sites d’enfouissement dans le monde

 Action tri-nationale vis-à-vis du transport des déchets allemands venant de Sellafield en Angleterre et devant passer par la France

 Invitation officielle de nos amis allemands dans le cadre de notre festival de septembre en leur réservant une possibilité d’intervention pour parler de leur lutte

 Développement du projet de jumelage du village de Bonnet avec le village de Trebel, notamment en invitant le maire et son adjoint dans le cadre du festival.

 Retour au Wendland avant la fin de la campagne « Gorleben 365 » afin de continuer notre découverte de la région et re-participer à une action de blocage qui pourrait être cette fois-ci officiellement franco-allemande « Bure-Gorleben : Widerstand »

POUR CONCLURE

Le combat contre l’enfouissement des déchets radioactifs, et contre l’industrie nucléaire en général, n’a de sens que s’il possède une dimension internationale. L’enfouissement ne se fera ni ici, ni là-bas, ni ailleurs ! Nous devons être solidaires de tous ceux qui subissent au quotidien l’agression nucléaire : les centrales, les sites d’extraction d’uranium, les centres d’enfouissement et les stockages de surface, les complexes d’armement atomique et les usines de « retraitement » colonisent depuis trop longtemps notre planète, nous menacent et nous exterminent où que nous nous trouvions sur terre.Plus nous nous rencontrerons et plus nous serons efficaces dans la lutte contre le lobby nucléaire.

De ces échanges naissent déjà des idées et des espoirs. En effet, la découverte de l’historique du projet d’enfouissement et de la lutte antinucléaire au Wendland ouvre aussi de nouvelles perspectives sur l’avenir du projet de Bure. Le projet de Gorleben date de 1976 et les luttes locales n’ont pas toujours été aussi virulentes qu’elles le sont aujourd’hui. A nous de nous inspirer de l’histoire du Wendland pour créer en Meuse une opposition forte, radicale et imaginative au projet de Bure. Si les CASTOR* arrivent à Bure dans quelques années nous serons peut-être, comme en Allemagne, des dizaines de milliers à leur barrer la route. Ce n’est pas un fantasme, ce n’est pas impossible : les premiers opposants au centre d’enfouissement de Gorleben n’étaient pas légions et la région n’attirait pas encore des foules décidées à y vivre !

REMERCIEMENTS

Tout d’abord, nous tenons à remercier Franck Linke ainsi que Wolfgang Hertle pour avoir organisé cette semaine de rencontre francophone à Gorleben afin de renforcer les liens franco-allemands. Merci pour votre ténacité et votre détermination.

Un grand merci également à Matthias Wiedenlübbert, responsable bénévole de la campagne Gorleben365 qui nous a suivi tout au long de la préparation de l’action.

Enfin, merci à Peter Desoï ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe cuisine qui ont fait un travail remarquable et nous ont ainsi permis de pouvoir nous concentrer sur les discussions et sur la préparation de l’action.

Merci à toutes et à tous, français et allemands sans qui cette semaine n’aurait pas été aussi riche.

Merci à nos lecteurs qui nous l’espérons auront envie de venir grossir les rangs de la résistance contre les projets d’enfouissement de déchets radioactifs, à Gorleben, à Bure ou ailleurs.

QUELQUES COMMENTAIRES

Xavier : Content de trouver des cœurs, de la sensibilité, la bonne vibration, l’Allemagne, les gens, les policiers… faut montrer les photos aux policiers français !

Benoit : Suis déjà venu deux fois ici. La préparation a été très sérieuse, merci à l’organisation. La nourriture était très importante. J’ai aussi appris plein de choses sur Bure.

Justine : Chaud au cœur avec la rencontre des gens d’ici. Beaucoup d’enseignements à digérer. C’était bien de ne pas avoir besoin de faire la cuisine ! Il faut que l’on améliore la préparation de l’action pour la prochaine fois. Ravie et pressée de revenir !

Jean-Louis. : Avait pris contact avec les allemands au festival de Bure 2011 et avait envie de leur rendre la balle. Programme intéressant, ambiance joyeuse. Très content de défendre une cause juste.

Skippy . : Mélange de générations intéressant, confort royal, trop cool comme vacances, c’était organisé comme sur des rails, presque trop de confort !

CONTACTS

Plus d’informations sur la lutte à Gorleben : castor.divergences.be / bi-luechow-dannenberg.de

Jusqu’au 13 août 2012 vous pouvez participer à la campagne "Gorleben 365" ! Pour cela rendez-vous sur le site castor.divergences.be

Plus d’informations sur la lutte à Bure : burezoneblog.over-blog.com / burestop.free.fr

Nous contacter : BURE ZONE LIBRE, Maison de la résistance à la poubelle nucléaire
2 rue de l’église 55290 BURE
Tél :09 54 10 57 11
Mail : leherissonvengeur@gmail.com

GLOSSAIRE

* HA-VL et MA-VL : Haute Activité à Vie Longue et Moyenne Activité à Vie Longue : des matières qui resteront radioactives jusqu’à des centaines de milliers d’années.

* CASTOR : Acronyme pour Cask for Storage and Transport Of Radioactive material. Enveloppe de conditionnement des déchets pour le transport et le stockage en surface

* ANDRA : Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs

* CLIS : Comité Local d’Information et de Suivi ayant une mission d’information sur les activités menées dans le laboratoire de Bure et le suivi des recherches et des résultats obtenus.


Crédit dessins licence creative commons
Attribution : skippy
Noncommercial
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Gorleben - Bure : luttes fraternelles

Compte rendu de Bure Zone Libre

Là-bas comme ici on nous promet les mêmes merveilles : sureté des installations pour les travailleurs, les riverains et l’environnement, absence de faille, préservation des générations futures, création d’emplois, re-dynamisation économique de la région...

Pourtant là-bas comme ici l’argent coule à flot pour faire passer la pilule...

Là bas, comme ici, la police surveille et fiche les opposants.

Là-bas comme ici le site n’a pas été choisi pour les caractéristiques de son sous-sol, mais pour des raisons politiques, sociales et économiques.

LA MINE « EXPLORATOIRE » DE GORLEBEN

Qu’est ce que le projet de Gorleben ? Des centaines dekilomètres de galeries en cours de creusement à 933 mètres sous terre dans un gisement de sel inexploité jusqu’à maintenant, destiné à accueillir des milliers de tonnes de déchets HA et MA-VL*.

Le site de Gorleben est choisi en 1977 pour des raisons purement politiques : le village est situé en RFA dans une petite enclave dans la RDA, à seulement 2 kilomètres de la frontière avec l’Allemagne de l’est. En cas d’accident plus de 70% de la population touchée par les radiations aurait été ressortissante de l’ancienne république communiste...

Si aucun type de sous-sol ne peut être adapté pour l’enfouissement de matières restant radioactives pour des centaines de milliers d’années, celui de Gorleben bat des records de dangerosité.

En effet l’expérience de Asse, site d’enfouissement allemand situé à une centaine de kilomètres de Gorleben, montre que le milieu salin est catastrophique pour l’enfouissement. Dès 1970 des fuites radioactives y ont été diagnostiquées par l’exploitant dans le plus grand secret. Dans cette ancienne mine de sel, quelques 126.000 fûts contenant des déchets faiblement ou moyennement radioactifs ainsi que 11 kg de plutonium sont « entreposés » à plus de 700 mètres de profondeur.

Il aura fallu attendre juin 2008 pour que l’affaire soit révélée au grand jour. Un peu tard hélas puisqu’à cette époque ce ne sont pas moins de 12.000 litres d’eau par jour qui s’infiltrent dans la mine.

Malgré cette expérience dramatique et le fait que l’enfouissement en milieu salin à Gorleben soit au programme depuis une trentaine d’années, aucune étude n’a été faite sur l’effet des rayonnements sur le sel... Signalons au passage qu’à son ouverture Asse n’était officiellement qu’un site d’expérimentation ! Aujourd’hui les déchets de Asse doivent être évacués en urgence et en totalité car la structure géologique ne tiendra plus longtemps. La facture estimative est de 4 milliards d’euros, ce qui donne le vertige mais ne pèse pourtant pas bien lourd à coté des risques humains qui seront pris pour évacuer ces déchets. Un détail « amusant » concernant ce site : l’ANDRA* (l’agence qui gère le projet d’enfouissement à Bure) se gargarise sur son site web d’avoir participé aux recherches à Asse dans les années 70... Il est vrai que si la catastrophe de Asse a fait la une des journaux allemands les médias nucléophiles français ne se sont pas pressés de relayer l’info.

Autre particularité du site de Gorleben, une poche de gaz a été découverte sous le gisement de sel l’année dernière.

A quelques mètres du futur centre d’enfouissement une zone de stockage temporaire de surface a été créé en 1983, pour accueillir les déchets nucléaires destinés à être enfouis à Gorleben –tous les CASTOR de retour de La Hague s’y trouvent. Aujourd’hui, les valeurs limites d’émissions de radioactivité définies par la loi allemande sont dépassées à proximité de ce site. Pourtant il faut bien garder en tête que ces valeurs ne définissent pas un seuil de dangerosité mais plutôt le compromis fait par les pouvoirs publics entre l’intérêt économique et le danger infligé aux riverains. En matière d’irradiation il n’y a pas de seuil minima : toute dose de radiation a un impact sur la santé humaine.

Signalons enfin un détail sordide à propos de la surveillance des taux de radiations autour du centre de stockage : les mesures prises pour définir le niveau de la radioactivité naturelle sur le site ont été effectuées en 1986, juste après Tchernobyl...

LA LUTTE AU WENDLAND

(abordée à plusieurs reprises et notamment avec Wolfgang Hertle, organisateur de cette semaine de rencontre et présent dans la lutte au Wendland depuis toujours)

En 1977 le village de Gorleben est choisi pour accueillir un centre d’enfouissement de déchets radioactifs MAVL et HAVL, mais aussi une usine de « retraitement » et une zone d’entreposage temporaire en surface pour le refroidissement des colis (40 ans). L’idée est de regrouper sur un même site les installations relatives aux déchets.

La résistance au projet fut si forte que deux ans plus tard, en 79, le gouvernement abandonnait le projet d’usine de retraitement : les déchets des centrales allemandes continueront donc d’être retraités en France, à la Hague. Si le gouvernement cède sur le projet d’usine il refuse absolument d’abandonner le programme d’enfouissement.. Le temps de calmer les esprits, les travaux de creusement du site ne débuteront qu’en 1986.

L’opposition au projet de Gorleben a surtout été au départ l’initiative de gens de l’extérieur, dont beaucoup d’étudiants, car les locaux ne voulaient pas participer à des actions illégales.

Parmi ces « extérieurs » venus au Wendland pour s’opposer au nucléaire beaucoup sont restés vivre sur place et cela a eu un fort impact sur le développement alternatif de la région. On y trouve beaucoup d’entreprises, de coopératives, de paysans, une vie culturelle dynamique. La production biologique et les énergies renouvelables y sont très présentes. On sent que les gens ont quelque chose à défendre ici et que ce n’est pas une région morte.

La lutte au Larzac fut une source d’inspiration et d’espoir très forte pour les allemands : une lutte soutenue fortement par des gens venus de loin, longue et difficile mais au sein de laquelle le temps qui passe n’est pas un facteur de lassitude et permet au contraire à l’opposition de prendre de l’ampleur !

Lorsque les premiers wagons de CASTOR sont acheminés vers Gorleben en1995 l’étincelle se réveille pour donner jour petit à petit à ce que nous pouvons voir aujourd’hui à chaque transport de déchets vers le Wendland : d’importantes mobilisations au sein desquelles toutes les cultures de résistance peuvent s’exprimer. Au départ la lutte était assez désorganisée, il n’y avait pas de travail commun. Aujourd’hui, si tout n’est pas rose entre les différentes mouvances de la lutte, chacun peut joindre le type d’action qui lui convient et les tensions internes n’affectent pas la lutte globale. Les cultures de résistance sont différentes mais se complètent.

Le consensus sur le nucléaire s’est effondré en Allemagne dans les années 70 et la querelle de Gorleben et le problème de la gestion des déchets sont les principales raisons pour lesquelles le débat sur le nucléaire est devenu si virulent. Intéressant, non ?

Quelques exemples d’actions symboliques :

1979 : Blocage des camions de forage pendant 3 jours. Marche des tracteurs sur Hanovre, environ 400 tracteurs et 100 000 personnes.

1980 : Occupation du site de forage et création de « la République Libre du Wendland ». Il avait même été instauré un faux système de douanes et de passeports. Ce camp a duré 4 semaines avant d’être détruit par la police. Ce fût le premier gros rassemblement de policiers (environ 6000) pour 300 à 400 manifestants présents sur le site. Une devise restera gravée dans les mémoires « Vous pouvez détruire notre village mais pas notre courage ».

1997 : la plus grosse action de « X-tausend mal quer », 9000 personnes mobilisées pour le blocage de de la grue de déchargement au terminal ferroviaire de Dannenberg.

Quelques exemples d’actions « pratiques » :

« Déballastage » des rails, mise hors service de l’antenne de communication de la police, barricades sur les routes : en particulier lors du passage des CASTOR l’imagination des manifestants pour empêcher leur progression ne connaît pas de limites... On peut signaler que la police n’a pas le même comportement dans ces moments de grande tension que lors des blocages de l’accès au site.

LA CAMPAGNE « GORLEBEN 365

Cette campagne est à l’initiative de deux groupes « X-tausend mal quer » et « KURVE Wustrow ». Elle a commencée le 14 août 2011 et durera jusqu’au 13 août 2012. Le but est de bloquer de manière non violente pendant un maximum de jours l’accès au chantier et ceci afin de montrer jour après jour l’opposition à ce projet, avec des groupes et des thèmes différents et variés.

Chacun peut initier une idée de blocage et l’organiser. Ainsi on peut fêter son anniversaire devant les grilles ou encore tenir un marché avec ses produits maraîchers et agricoles, venir chanter avec sa chorale ou tourner un film avec son propre scénario… Toutes les idées sont les bienvenues. À ce jour, une quarantaine de blocages ont eu lieu depuis le mois d’août 2011. C’est dans ce cadre qu’a eu lieu une semaine de rencontres et d’actions francophone au Wendland du 04 au 09 avril 2012.

PREPARATION DE L’ACTION DE BLOCAGE

(avec Matthias Wiedenlübbert, responsable bénévole de la campagne Gorleben365)

Après une présentation des différents aspects de la campagne, d’un petit historique de celle ci et d’une présentation de la conception du site à bloquer nous sommes allés sur place afin de découvrir les lieux et d’étudier le terrain.

Plusieurs possibilités s’offraient à nous :

 bloquer seulement la route d’accès ou bloquer l’ensemble des 6 portes pouvant mener au site.
 bloquer le matin ou le soir (les blocages ayant lieu le week end se font pour gêner la relève des vigiles car les ouvriers ne travaillent que la semaine, ce qui est déjà une victoire des blocages car auparavant ils y travaillaient 7jrs/7).

Après consultation il fût choisi de bloquer l’ensemble des 6 portes et de bloquer le matin ainsi que le soir. Ayant fait 800km pour venir autant faire les choses bien. De plus Matthias nous a signalé que cela n’avait jamais été fait. Nous relevons donc le défi.

La deuxième étape consistait à préparer l’action (comment on bloque, formation des groupes, communication entre nous, aspect juridique, etc...). L’idée de construire un tripode (structure en bois permettant de suspendre quelqu’un) fut évoquée.

Manquant un peu de temps nous choisissons de faire simple le matin (mise en place de banderoles sur les grilles et sit-in devant celles-ci en attendant que la police nous déloge et de réfléchir dans l’après midi à l’utilisation possible d’un tripode pour l’action du soir. Nous choisissons de faire comme si aucun d’entre nous ne parlait et ne comprenait l’allemand, se disant que cela amènera peut être la police à devoir faire venir un interprète et donc à retarder d’autant plus la relève de la garde.

BLOCAGE FRANCOPHONE DU 7 AVRIL 2012

Dring dring ! 6h du matin les réveils sonnent. Petit-déjeuner, chargement du matériel dans les voitures et hop, en route pour le site. La relève des gardiens doit avoir lieu entre 8h30 et 9h mais nous préférons êtreprésents sur le site vers 7h des fois qu’ils aient choisi d’avancer leurs horaires... Aucun policier présent.

À 7h10 les groupes et les banderoles sont en place. Nous avons bien fait d’arriver plus tôt car les premières voitures arrivent devant une porte secondaire à 7h30. Ils tentent de nous parler, nous ne comprenons pas l’allemand, ils font donc demi-tour. Des feux de camps sont allumés, le groupe des « Stop Bure Brothers » passe de porte en porte pour réchauffer l’ambiance, nous sommes prêts pour l’évacuation. La police passe et repasse, quelle porte décideront ils d’évacuer ? Étant peu nombreux à chaque porte nous savons que le blocage ne durera pas des heures mais l’important dans la campagne « Gorleben365 » n’est pas la durée des blocages mais leur répétition dans le temps. 9h15 ils choisissent d’évacuer la porte numéro 6. A 9h30, l’ensemble de la relève est entrée dans le site et leurs collègues sont sortis. Messieurs les policiers, nous vous disons à ce soir !

Un débriefing de l’action autour d’un café chaud se tiendra non loin du site. Tout le monde est ravi et pressé d’être à ce soir. Il est remarqué que l’attitude des policiers allemands est bien différente de celle de leurs collègues français. Ici aujourd’hui pas de menace, pas de violence, pas de gaz lacrymogène, simplement une évacuation dans les règles de l’art, en respectant les personnes.

Le recul sur l’action du matin et le temps qui nous est imparti dans l’après midi nous permet de peaufiner l’action du soir. Premièrement nous serons plus nombreux car rejoints par des amis-es allemands-es ce qui nous permet de créer des équipes mobiles équipées de talkies-walkies. Cela nous permettra de mieux nous tenir au courant de ce qui se passera au niveau des autres portes.

Un petit groupe se charge de créer un tripode (le matériel est disponible non loin du gîte) afin de condamner l’accès d’une porte avec très peu de personnes. Un autre groupe prépare différents jeux. Tout le monde est prêt à repartir.

18h30, c’est avec un tripode chargé sur le toit et 6 personnes cachées dans le coffre bâché que la camionnette arrive au niveau de la porte 6. Un fourgon de police est déjà en place devant la grille... Arriverons-nous à mettre en place notre installation ? La camionnette s’arrête, tout le monde sort du coffre, descend le tripode et commence à le déployer. La police reste là impuissante, disons plutôt inefficace... Au bout de 5 minutes celui-ci est mis en place et une personne perchée à 4m de haut. Au moins cette porte là ils ne l’évacueront pas.

Au même moment au niveau de la porte principale se tient une cérémonie organisée par des personnes de la BI (Bürgerinitiative= Initiative Citoyenne) afin de nous remettre une banderole actant les liens franco-allemands tissés lors de ce séjour. Puis chaque groupe s’en va bloquer sa porte. De nombreux allemands nous ont rejoint et d’autres passent durant le temps de l’action pour nous soutenir. L’ambiance est décontractée car après l’action du matin tout le monde sait à quoi s’en tenir de la part des forces de l’ordre. Nous remarquons la présence d’une journaliste de la presse écrite locale, celle-ci à l’air ravie que l’on soit là.

Après plus de 2h de présence, l’évacuation de la porte 2 se fait pressentir. Grâce aux équipes mobiles et aux talkies-walkies un soutien massif arrive de part et d’autre. Trop tard pour empêcher la relève de rentrer, il faut maintenant réfléchir à empêcher leurs collègues de sortir. En passant par les bois environnants, une petite équipe arrive à se repositionner et à s’asseoir sur le chemin emprunté. La victoire n’est que de courte durée car celle-ci est tout de suite entourée d’une dizaine de policiers qui ne tardent pas à évacuer. Les voitures peuvent désormais sortir du site, le jeu du chat et de la souris s’arrête ici.

DES RENCONTRES ET DES INFOS

La sortie du nucléaire en Allemagne(thème abordé lors d’une rencontre avec Jochen Stay, ancien militant de « X-tausend mal quer » qui travaille maintenant dans l’organisation « Ausgestrahlt »)

En 2010 le gouvernement allemand décide d’augmenter la durée de fonctionnement de ses 17 réacteurs, revenant sur le choix fait par le gouvernement de Gerhard Schröderen 2000 de sortir de manière progressive du nucléaire. Suite à des mobilisations qui ont rassemblé plus de 250 000 personnes et ne se sont pas essoufflées au cours des mois et suite également à l’accident de Fukushima, le gouvernement décide de fermer immédiatement 8 réacteurs et de laisser les 9 restants en fonctionnement jusqu’en 2022.

Ce qui fait chaud au cœur c’est de voir que malgré ces promesses la détermination ne faiblit pas : une loi est une loi et peut toujours être modifiée, et une décision de sortie en urgence est toujours réclamée. Ce que Jochen exprime par ces mots : « Si un de mes amis me disait qu’il veut arrêter de fumer en dix ans je ne le féliciterais pas »...

Ici comme à Bure la question de la gestion des déchets est intimement liée pour les opposants à celle de leur production : le jour où nous ne produirons plus de matière radioactive et seulement ce jour là, nous serons dans de bonnes conditions pour réfléchir à la manière la plus sûre de les gérer.

Les énergies renouvelables au Wendland (discussionavec Jochen Stay, avec Kerstin Rudek et Inge Schmidt de la BI et avec Dieter Schaarschmidt, spécialiste des énergies renouvelables)

Il y a eu un tel développement des énergies renouvelables en Allemagne ces dernières années que l’exportation a explosé. Bien que le pays soit en train de sortir du nucléaire, même après avoir fermé huit centrales suite à l’accident de Fukushima en mars 2011 il est toujours exportateur d’électricité. En ce qui concerne les centrales à charbon, principale ressource minière en Allemagne, la production d’électricité à partir du charbon n’a pas augmenté en volume depuis le début du programme de sortie du nucléaire allemand. Il faut également savoir que contrairement à la France, l’Allemagne a réussit à diminuer sa production de CO² comme demandé par les accords de Kyoto.

Au Wendland en particulier : il y a eu une mise en place de petites coopératives étant à l’origine des premiers projets éolien, solaire et biogaz. Pour la construction de la première éolienne de la région 80 familles ont participé financièrement. Cette éolienne fonctionne encore aujourd’hui et produit de l’électricité pour 250 familles... La suite n’est pas si idyllique : les grandes firmes sont ensuite arrivées pour prendre leur part du gâteau et ont surpayé des terres aux paysans pour implanter de grands parcs éoliens. La concurrence est donc devenue difficile pour les petites structures...

Au niveau du solaire, il y a eu une réduction spectaculaire des coûts en quelques années d’où une bataille acharnée des grands groupes pour en étouffer le développement.

Au jour d’aujourd’hui, le Wendland produit 135% de ses besoins en électricité et 65% de ses besoins en chauffage.

Soirée très intéressante durant laquelle nous avons pu rencontrer le maire de Trebel (village proche de Gorleben), motivé pour jumeler son village avec Bonnet (village à coté de Bure concerné par la ZIRA). Il est opposant depuis 1977. Il nous a fait un topo sur l’historique de la lutte, notamment la lutte paysanne, et nous a parlé des premières manifestations en tracteur à Berlin, Bonn et Hanovre inspirées de la mobilisation paysanne sur le Larzac.

Nous apprenons également ce soir-là :

 que la région de Gorleben est autonome en électricité et qu’elle tend également vers une autonomie pour le chauffage.

 qu’une académie des énergies renouvelables a été crée à Lüchow en partenariat avec Hambourg et qu’il y est possible d’obtenir un master en énergie renouvelable dans la région.

 qu’au niveau de la région les élus devaient toucher au départ 3 million de deutchmark pour leur commune en compensation du projet mais qu’ils ont tous fini par refuser sauf un village.

Un autre élément instructif est le fait qu’une structure analogue à celle du CLIS* de Bure a vu le jour dans les premières années du projet de Gorleben. Devant le refus catégorique des opposants de discuter d’un projet déjà validé en coulisses, les pouvoirs publics ont abandonné l’idée de mettre en place une telle structure, parodie de débat démocratique dans un monde où l’intérêt des lobbys prime sur la vie des êtres humains.

Le ciné drive-in :

Dans le cadre de la campagne Gorleben 365 certains d’entre nous ont assisté à un blocage original : un ciné en plein air, à l’américaine, avec buvette et pop-corn ! Les voitures garées sur la route ont permis de bloquer l’accès du site lors de la relève des équipes de travail... Bien au chaud dans nos voitures nous avons pu regarder le documentaire « Uranium, is it a country ? » sur un écran extérieur tandis que la radio nous en diffusait le son !

Le jour des blocages, Marianne Fritzen fêtait son 88ième anniversaire. Marianne est née en Alsace et fonde en 1974 la Bürgerinitiative Lüchow-Dannenberg dont elle fut longtemps la présidente. Très active au niveau associatif, elle s’occupe encore de tout le travail d’archivage des coupures de presse relatives au site de Gorleben. Elle fut ravie de notre venue et d’avoir pu fêter son anniversaire lors de cette journée de blocage francophone.

LES PROJETS NÉS DE CES RENCONTRES

 Création d’une coordination internationale opposée à l’enfouissement des déchets radioactifs

 Création d’un site internet d’échange et d’information sur les sites d’enfouissement dans le monde

 Action tri-nationale vis-à-vis du transport des déchets allemands venant de Sellafield en Angleterre et devant passer par la France

 Invitation officielle de nos amis allemands dans le cadre de notre festival de septembre en leur réservant une possibilité d’intervention pour parler de leur lutte

 Développement du projet de jumelage du village de Bonnet avec le village de Trebel, notamment en invitant le maire et son adjoint dans le cadre du festival.

 Retour au Wendland avant la fin de la campagne « Gorleben 365 » afin de continuer notre découverte de la région et re-participer à une action de blocage qui pourrait être cette fois-ci officiellement franco-allemande « Bure-Gorleben : Widerstand »

POUR CONCLURE

Le combat contre l’enfouissement des déchets radioactifs, et contre l’industrie nucléaire en général, n’a de sens que s’il possède une dimension internationale. L’enfouissement ne se fera ni ici, ni là-bas, ni ailleurs ! Nous devons être solidaires de tous ceux qui subissent au quotidien l’agression nucléaire : les centrales, les sites d’extraction d’uranium, les centres d’enfouissement et les stockages de surface, les complexes d’armement atomique et les usines de « retraitement » colonisent depuis trop longtemps notre planète, nous menacent et nous exterminent où que nous nous trouvions sur terre.Plus nous nous rencontrerons et plus nous serons efficaces dans la lutte contre le lobby nucléaire.

De ces échanges naissent déjà des idées et des espoirs. En effet, la découverte de l’historique du projet d’enfouissement et de la lutte antinucléaire au Wendland ouvre aussi de nouvelles perspectives sur l’avenir du projet de Bure. Le projet de Gorleben date de 1976 et les luttes locales n’ont pas toujours été aussi virulentes qu’elles le sont aujourd’hui. A nous de nous inspirer de l’histoire du Wendland pour créer en Meuse une opposition forte, radicale et imaginative au projet de Bure. Si les CASTOR* arrivent à Bure dans quelques années nous serons peut-être, comme en Allemagne, des dizaines de milliers à leur barrer la route. Ce n’est pas un fantasme, ce n’est pas impossible : les premiers opposants au centre d’enfouissement de Gorleben n’étaient pas légions et la région n’attirait pas encore des foules décidées à y vivre !

REMERCIEMENTS

Tout d’abord, nous tenons à remercier Franck Linke ainsi que Wolfgang Hertle pour avoir organisé cette semaine de rencontre francophone à Gorleben afin de renforcer les liens franco-allemands. Merci pour votre ténacité et votre détermination.

Un grand merci également à Matthias Wiedenlübbert, responsable bénévole de la campagne Gorleben365 qui nous a suivi tout au long de la préparation de l’action.

Enfin, merci à Peter Desoï ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe cuisine qui ont fait un travail remarquable et nous ont ainsi permis de pouvoir nous concentrer sur les discussions et sur la préparation de l’action.

Merci à toutes et à tous, français et allemands sans qui cette semaine n’aurait pas été aussi riche.

Merci à nos lecteurs qui nous l’espérons auront envie de venir grossir les rangs de la résistance contre les projets d’enfouissement de déchets radioactifs, à Gorleben, à Bure ou ailleurs.

QUELQUES COMMENTAIRES

Xavier : Content de trouver des cœurs, de la sensibilité, la bonne vibration, l’Allemagne, les gens, les policiers… faut montrer les photos aux policiers français !

Benoit : Suis déjà venu deux fois ici. La préparation a été très sérieuse, merci à l’organisation. La nourriture était très importante. J’ai aussi appris plein de choses sur Bure.

Justine : Chaud au cœur avec la rencontre des gens d’ici. Beaucoup d’enseignements à digérer. C’était bien de ne pas avoir besoin de faire la cuisine ! Il faut que l’on améliore la préparation de l’action pour la prochaine fois. Ravie et pressée de revenir !

Jean-Louis. : Avait pris contact avec les allemands au festival de Bure 2011 et avait envie de leur rendre la balle. Programme intéressant, ambiance joyeuse. Très content de défendre une cause juste.

Skippy . : Mélange de générations intéressant, confort royal, trop cool comme vacances, c’était organisé comme sur des rails, presque trop de confort !

CONTACTS

Plus d’informations sur la lutte à Gorleben : castor.divergences.be / bi-luechow-dannenberg.de

Jusqu’au 13 août 2012 vous pouvez participer à la campagne "Gorleben 365" ! Pour cela rendez-vous sur le site castor.divergences.be

Plus d’informations sur la lutte à Bure : burezoneblog.over-blog.com / burestop.free.fr

Nous contacter : BURE ZONE LIBRE, Maison de la résistance à la poubelle nucléaire
2 rue de l’église 55290 BURE
Tél :09 54 10 57 11
Mail : leherissonvengeur@gmail.com

GLOSSAIRE

* HA-VL et MA-VL : Haute Activité à Vie Longue et Moyenne Activité à Vie Longue : des matières qui resteront radioactives jusqu’à des centaines de milliers d’années.

* CASTOR : Acronyme pour Cask for Storage and Transport Of Radioactive material. Enveloppe de conditionnement des déchets pour le transport et le stockage en surface

* ANDRA : Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs

* CLIS : Comité Local d’Information et de Suivi ayant une mission d’information sur les activités menées dans le laboratoire de Bure et le suivi des recherches et des résultats obtenus.


Crédit dessins licence creative commons
Attribution : skippy
Noncommercial
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