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Des accidents nucléaires partout

France : Orano : Des particules radioactives incrustées dans la peau d’un travailleur




1er octobre 2020


On ne sait ni où, ni comment, ni pourquoi. Et l’accident remonte à un an. Orano vient d’annoncer qu’un travailleur a été blessé à la main alors qu’il réalisait un "assainissement" en octobre 2019. Il a été contaminé en interne, c’est à dire que des particules radioactives sont rentrées dans son corps, elles se sont incrustées dans la peau de sa main. Elles n’ont été retirées que tout récemment, en septembre 2020.


Le communiqué de l’Autorité de sûreté nucléaire, publié le 8 octobre 2020 livrera un peu plus de détails que celui d’Orano : c’est à la Hague, dans un atelier où sont expertisés et décontaminés des matériels hautement radioactifs provenant de l’usine de traitement du combustible, qu’est survenu l’accident. Le travailleur s’est coupé avec la pale d’un agitateur. Il portait pourtant la tenue fournie par l’employeur pour le protéger. Il semble donc que celle-ci ne soit pas adaptée à tous les risques inhérents à l’intervention. Orano a depuis commencé à équiper les travailleurs de gants résistants aux coupures.

Entre octobre 2019 et septembre 2020, le sous-traitant contaminé a dû continuer à travailler pour l’employeur qui n’a pas su le protéger efficacement contre les risques de son intervention et a dû être suivi médicalement. Le calcul effectué par le médecin du travail d’Orano pour estimer la dose de rayonnements reçu par ce travailleur à cause de cet accident a aboutit à la conclusion que le maximum autorisé sur un an n’a pas été dépassé. Ce qu’Orano ne dit pas (en plus du nom de l’installation, des causes de l’accident etc.), c’est que le travailleur a reçu à cause de cet incident plus du quart de la dose maximale de radiations autorisée en un an. Sinon l’exploitant nucléaire n’aurait pas eu à déclarer un évènement significatif de (non)radioprotection au niveau 1 [1]. Une déclaration minimaliste, mais qui en dit long sur ce que vivent les travailleurs de l’industrie nucléaire.

Ce que dit Orano :

Incident de radioprotection classé au niveau 1

01/10/2020

Le 14 octobre 2019, un intervenant s’est blessé à un doigt sur un équipement mécanique lors d’une opération d’assainissement.

Conformément aux procédures en vigueur, le salarié a été pris en charge par les équipes de radioprotection et le service médical du site qui a procédé aux premiers contrôles radiologiques révélant une très faible contamination fixée sur la peau. Le salarié a pu néanmoins poursuivre son activité professionnelle avec l’application de soins appropriés et un suivi médical régulier.

Cet événement avait alors fait l’objet d’une information auprès de l’Autorité de Sûreté nucléaire sans toutefois procéder au classement de l’événement qui dépend du résultat final du calcul de la dose reçue.

En septembre 2020, les traces de contamination résiduelle fixées sur la peau ont été retirées. A l’issue de cette intervention, le médecin du travail a confirmé que la limite annuelle définie par la réglementation n’a pas été dépassée et l’absence d’impact sanitaire pour le salarié.

Sur la base de ce calcul, Orano a proposé le classement de cet événement à l’Autorité de sûreté nucléaire au niveau 1 sur l’échelle INES qui en compte 7 [2].

https://www.orano.group/fr/actus/nos-actualites-locales/actualites-la-hague/2020/octobre/incident-de-radioprotection-classe-au-niveau-1


Ce que dit l’ASN :

Contamination à la main d’un intervenant entraînant le dépassement du quart de la limite de dose individuelle annuelle réglementaire d’exposition pour la peau.

Publié le 08/10/2020

Usine de traitement des combustibles irradiés (UP2-400) - Transformation de substances radioactives - Orano Cycle

Le 1er octobre 2020, Orano Cycle a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la radioprotection relatif à la contamination d’un travailleur, survenue le 14 octobre 2019 lors d’une opération d’assainissement mise en œuvre dans l’atelier AD1/BDH [3] de l’usine de La Hague. Cette contamination a entraîné le dépassement du quart de la limite de dose individuelle annuelle réglementaire d’exposition pour la peau du salarié.

L’atelier AD1/BDH de l’usine ORANO Cycle de La Hague appartient à l’INB n°33. Dans cet atelier sont réalisées des opérations de décontamination et d’expertise de matériels d’unités nucléaires en provenance des autres ateliers de l’établissement.

Le 14 octobre 2019, un intervenant d’une entreprise extérieure mettant en œuvre la décontamination d’une pale d’agitateur s’était blessé le dessus de l’index de la main droite. Il intervenait selon les préconisations établies pour son activité et portait une tenue étanche ventilée.

Conformément aux procédures de l’exploitant, il avait alors été immédiatement pris en charge par le service de radioprotection et service de médecine du travail de l’établissement. Un suivi spécifique avait été mis en œuvre (analyses radio toxicologiques, anthropogammamétrie) qui avait permis de détecter la présence d’une microparticule fixée au niveau de la peau pouvant entraîner une exposition limitée et localisée. Dans le cadre du suivi médical de l’intervenant, il a été décidé quelques mois plus tard de procéder à une intervention chirurgicale, dans la mesure où le renouvellement naturel de la peau n’avait pas permis l’évacuation de cette particule. L’opération, réalisée en septembre 2020, a permis d’éliminer toute trace résiduelle de la contamination au niveau de la peau.

À l’issue de cette intervention, le médecin du travail de l’établissement a réévalué la dose reçue et confirmé le dépassement du quart de la limite de dose individuelle annuelle réglementaire au niveau de la peau, fixée à 500 mSv/cm² de peau. Cette limite réglementaire n’a toutefois pas été dépassée.

Du fait du dépassement du quart de la limite réglementaire annuelle d’exposition pour un travailleur, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires et radiologiques, qui en compte 7 par ordre de gravité).

Depuis la survenue de cet événement, et afin d’éviter son renouvellement, ORANO Cycle a rendu obligatoire l’examen visuel préliminaire de l’état des pièces et le port de gants anti-coupures lors de ce type d’intervention.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Contamination-a-la-main-d-un-intervenant


[1échelle INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[2Echelle INES : International Nuclear Event Scale (échelle de gravité des événements nucléaires) graduées jusqu’à 7

[3AD1/BDH : atelier dans lequel sont réalisées des opérations d’expertise et d’assainissement / décontamination des équipements et pièces en provenance d’unités nucléaires mécaniques, électromécaniques, électroniques, ou autres, issues des autres ateliers de l’établissement de La Hague.


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