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Des accidents nucléaires partout

France : La Hague : Importante fuite d’acide nitrique, le personnel évacué

Mauvais état des équipements et risques multipliés mais communication minimale




10 juillet 2024


Une importante fuite d’acide nitrique est survenue sur le site Orano de La Hague (Normandie) le 8 juillet 2024. La vanne d’une cuve a lâché et plus de 40 m3 de cette substance hautement dangereuse se sont déversés dans un bâtiment. Orano ne précise pas si cet acide est radioactif, ni le type d’activités réalisées dans le local concerné. Le personnel a été évacué, l’usine arrêtée.


Crédit photo : Réseau "Sortir du nucléaire"

L’acide nitrique est un acide fort, corrosif ou irritant selon sa concentration. Outre son odeur suffocante (son inhalation peut être mortelle), il provoque de graves brûlures de la peau et de graves lésions des yeux.
Et il n’y a pas que pour le vivant que la substance est dangereuse. L’acide nitrique est un comburant, il permet la combustion des matériaux inflammables. Il peut être à l’origine de réactions violentes, voire explosives, en présence de nombreux composés organiques ou minéraux. Des substances inflammables voire explosives peuvent se former (par exemple en présence de certains métaux), générant ainsi un risque d’incendie ou d’explosion [1].

Le communiqué d’Orano, largement repris tel quel dans les médias, ne précise pas quels usages sont fait de cet acide, ni quelles activités se déroulent dans le bâtiment STU où la fuite s’est produite. Si les 40 et quelques m3 se sont déversés dans des bacs prévus à cet effet, la dangerosité du produit a imposé l’évacuation des salariés et l’arrêt de l’usine. Mais aucune information n’est communiquée par l’exploitant nucléaire quant à l’impact de cette fuite sur les équipements et les risques générés.

Orano ne le dit pas non plus, mais pour "traiter" le combustible usé des centrales nucléaires (opération qui consiste à séparer l’uranium appauvri, le plutonium et les produits de fission qui sont les déchets de la combustion nucléaire), de l’acide est utilisé. Cet acide nitrique, recyclé (précision d’Orano), peut donc avoir déjà servi à dissoudre des éléments de combustible irradié. Et donc être possiblement radioactif. À la dangerosité intrinsèque du produit s’ajoute le risque de contamination (des locaux, des équipements, des personnes). De quoi rendre le nettoyage encore un peu plus compliqué.

Quant à la raison de la fuite, Orano n’en dit rien. Actu Normandie, média local, précise toutefois que le problème serait venu d’une vanne. Manifestement, un manque d’entretien des équipements et de contrôles de leur état sont donc à l’origine de cette importante fuite de produit chimique.
Des problèmes similaires ont déjà été signalés dans cet atelier STU. Par exemple en 2020, il a été repéré après-coup qu’un contrôle obligatoire, censé vérifier le bon état et le bon fonctionnement des équipements de cet entreposage d’acide, n’avait pas été réalisé correctement. Les matériels avaient été déclarés conformes, alors que les vérifications faites ne permettaient pas d’en juger  [2]. Si les contrôles ne sont pas faits correctement, impossible en effet de détecter les dégradations des équipements. Et donc d’éviter les accidents.

Acide puissant et possiblement contaminé, risque d’incendie et de dégradations matérielles importantes, risque sanitaire pour les employés, manque d’entretien des équipements et de contrôles de leur état... Pas étonnant que la communication d’Orano sur cet accident s’en tienne au minimum. Et bien qu’il ait annoncé qu’il communiquerait des informations complémentaires en fonction de l’évolution de la situation, deux jours plus tard, le public en est toujours au même point. À savoir qu’il ne sait pas bien de ce qu’il se passe dans l’usine de déchets et de plutonium [3].

Ce que dit Orano :

Intervention en cours sur le site Orano la Hague

08/07/2024

Ce jour, vers 04h00 une fuite d’acide nitrique d’environ 40 m3 a été détectée dans un atelier d’entreposage d’acide recyclé (atelier STU) du site Orano la Hague. Ce liquide a été automatiquement récupéré dans un bac de rétention prévu à cet effet. Il n’y a eu aucun rejet dans l’environnement.

Des investigations sont en cours pour analyser les causes de l’événement et les traiter dans les meilleurs délais.

Par mesure de précaution, un périmètre de sécurité a été établi. Le personnel non indispensable à la gestion de l’événement a été invité à retourner à son domicile et l’ensemble des installations du site a été mis à l’arrêt.

Cet événement ne présente pas de caractère radiologique et n’a pas d’impact pour l’environnement.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire, la préfecture de la Manche et la mairie de La Hague ont été informées.

Des informations complémentaires seront communiquées en fonction de l’évolution de la situation.

https://www.orano.group/fr/actus/nos-actualites-locales/actualites-la-hague/2024/intervention-en-cours-sur-le-site-orano-la-hague


[1Source : INRS,fiche toxicologique n°9, acide nitrique

[2Le 1er juillet 2020, lors d’un contrôle interne réalisé au sein de l’usine UP2-400 du site Orano la Hague, il a été constaté qu’un contrôle périodique de seuil de niveau sur un équipement de l’installation d’entreposage d’acide nitrique recyclé (STU), n’avait pas été réalisé comme attendu. Les contrôles réalisés depuis ont permis de démontrer que l’équipement concerné est conforme et fonctionnel. En l’absence de conséquence pour le personnel, l’environnement et les installations concernées, mais considérant le non-respect d’exigences d’exploitation, il a été proposé à l’Autorité de sûreté nucléaire de classer cet événement au niveau 0 sur l’échelle INES. Source : rapport d’information du site Orano La Hague 2020, page 46.

[3L’atelier STU appartient à l’usine UP2-400, UP pour Usine-Plutonium. C’est là que sont traités les combustibles pour en extraire du plutonium. L’usine comprend de nombreux anciens déchets nucléaires, souvent mal connus et qui ne sont pas conditionnés de manière à pouvoir être évacués. L’exploitant accumule les retards et les difficultés dans la reprise et le conditionnement de ces déchets. Source : ASN, Usine de traitement des combustibles irradiés (UP2-400)


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