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Des accidents nucléaires partout

France : EPR Flamanville : Pas assez d’eau dans les réservoirs

3 des 4 groupes électrogènes n’étaient pas conformes, EDF vérifie ses équipements à contre-temps




7 juin 2024


Mi-mai 2024, le réacteur EPR de Flamanville (Normandie) a été chargé pour la première fois de combustible radioactif, le démarrage est en cours. C’est seulement à ce moment-là que EDF fait des vérifications et s’aperçoit que les sources électriques de secours ne sont pas correctement configurées : leurs réservoirs ne sont pas assez remplis d’eau par rapport au minimum requis.


Crédit photo : Schoella - Wikimedia Commons - CC BY 3.0

Mieux vaut tard que jamais direz-vous ? Certes. Mais trop tard quand même : les groupes électrogènes, sources électriques de secours, doivent être en état de fonctionner pour prendre le relais en cas de coupure de courant. Car un réacteur nucléaire a toujours besoin de 2 choses : avoir de l’eau pour être refroidi et de l’électricité pour faire fonctionner les commandes et les équipements.
Qui plus est, l’EPR ayant cumulé des années de retard, EDF a eu largement le temps de vérifier l’état de ses équipements et de s’assurer de leur conformité. Que les réservoirs de 3 des 4 diesels de secours soient remplis en-deça du minimum requis au moment du démarrage paraît tout bonnement incompréhensible.

À moins que... À moins que les interventions de mise en configuration n’aient été faites à la va-vite. À moins que les contrôles techniques de ces interventions n’aient pas été réalisés, ou alors un peu trop bâclés. À moins que EDF ait cumulé un tel retard que l’industriel n’ait vérifié la conformité des équipements que trop tard, une fois qu’ils sont censés marcher puisque la réaction nucléaire est lancée. En toute logique, les contrôles de conformité auraient dû être effectués avant les opérations de démarrage du réacteur. Alors quelles autres explications si ce n’est un manque de temps et une précipitation ? Qui viennent s’ajouter à un manque de qualité et de rigueur des interventions effectuées sur les diesels.

D’après le communiqué de déclaration d’incident de l’industriel, même avec un niveau d’eau inférieur au minimum requis dans leurs réservoirs, les groupes électrogènes auraient pu démarrer. Peut-être, mais combien de temps auraient-ils pu fonctionner ? Car si le fabricant impose une quantité d’eau minimale pour assurer le refroidissement de ses moteurs, ce n’est pas sans raison. Les groupes électrogènes auraient pu démarrer oui, mais ils auraient aussi surchauffés. Et n’auraient donc pas pu remplir bien longtemps leur fonction pourtant si cruciale : fournir du courant aux circuits les plus essentiels pour garder le contrôle du réacteur nucléaire et permettre le refroidissement de son combustible. Et que le même problème concerne 3 des 4 groupes électrogènes prouve qu’il ne s’agit pas d’un épiphénomène.

L’incident, initialement déclaré par EDF au plus bas niveau de gravité de l’échelle des incidents nucléaires, a été rehaussé d’un cran. La non-conformité des groupes électrogènes, le fait que 3 sur 4 soient concernés, le fait qu’EDF ne l’ait pas détecté avant d’avoir démarré son EPR... Avec tous ces éléments, on se demande bien comment EDF a pu penser qu’il n’y avait là rien de problématique. Aux incompétences techniques et organisationnelles de l’exploitant nucléaire semblent donc s’ajouter des défauts d’analyses. De quoi laisser planer le doute quant à la bonne préparation de cette installation dont le chantier a été émaillé de tant de difficultés. Et de quoi questionner l’aptitude d’EDF à la piloter. L’industriel annonce d’ailleurs qu’il lui faudra du temps pour acquérir la maîtrise de ses systèmes et arriver à prendre en main ses différents équipements. Rien de bien rassurant quand on apprend que, qui plus est, les contrôles sont faits à contre-temps.

Ce que dit EDF :

Actualités réglementaires du réacteur n°3 de Flamanville

Publié le 07/06/2024

Le 8 mai 2024, EDF a procédé au chargement du combustible dans la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville, 3ème réacteur de la centrale nucléaire de Flamanville.
L’EPR, réacteur de 3ème génération, intègre à la conception et dans son exploitation les standards de sûreté les plus exigeants.
La phase de démarrage d’un réacteur nucléaire comprend de nombreux essais et s’accompagne de la prise en main progressive des matériels par les équipes d’exploitation.

Evénements significatifs de sûreté (ESS) déclarés au niveau 1 de l’échelle INES durant la période de chargement du réacteur et d’essais physiques sur les matériels liés au démarrage.

03/06/2024 - reclassement d’un événement au niveau 1 de l’échelle INES portant sur la détection tardive d’un niveau d’eau non conforme aux prescriptions en vigueur sur trois diesels.

Le 15 mai 2024, le réacteur n°3 de Flamanville est en phase de démarrage.
En préalable au lancement d’un essai périodique des groupes diesels, un relevé est réalisé sur le niveau du réservoir d’expansion d’eau de refroidissement d’un diesel principal.
L’intervenant identifie que ce niveau est légèrement inférieur aux prérequis. Il réalise une vérification du niveau d’eau des autres diesels de l’installation (l’EPR en compte quatre) et identifie qu’au total, trois diesels sur quatre sont concernés.
Les appoints en eau sont immédiatement réalisés.
Après analyse approfondie, il s’est confirmé qu’avec un niveau d’eau légèrement plus bas que les prérequis, les trois diesels seraient restés pleinement opérationnels en cas de sollicitation de démarrage.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-flamanville-3-epr/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-flamanville-3-epr/actualites-reglementaires-du-reacteur-ndeg3-de-flamanville


Ce que dit l’ASN :

Indisponibilité des groupes électrogènes de secours

Publié le 24/06/2024

Centrale nucléaire EPR de Flamanville Réacteurs de 1600 MWe - EDF

Le 22 mai 2024, EDF a déclaré à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) un événement significatif relatif à l’indisponibilité des groupes électrogènes de secours du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville 3. Après des demandes de compléments formulées par l’ASN et une nouvelle analyse par EDF, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.

Le réacteur EPR de Flamanville 3 est alimenté par deux sources électriques dites « externes ». Il est équipé par ailleurs de quatre groupes électrogènes de secours à moteur diesel appelés « sources internes », destinés à alimenter en électricité les installations nécessaires à la sûreté en cas de perte des sources externes. Enfin, en cas de perte des sources électriques « externes et internes », il est équipé de deux groupes électrogènes à moteur diesel dits « d’ultime secours ».

Les règles générales d’exploitation (RGE) sont un recueil de règles approuvées par l’ASN qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite des réacteurs, dont font partie les spécifications techniques d’exploitation (STE). Elles prescrivent notamment des critères de sûreté, visant à définir la disponibilité des équipements, c’est-à-dire la capacité à accomplir leur mission durant une période déterminée.

Entre le 10 mars et le 15 mai 2024, plusieurs essais périodiques et relevés de paramètres ont été réalisés sur les quatre sources électriques internes sans détecter le non-respect d’un critère de sûreté défini dans les règles générales d’exploitation (RGE). Le critère concerné correspond à un niveau minimal d’eau dans une cuve d’un circuit de réfrigération permettant le bon fonctionnement des groupes électrogènes de secours à moteur diesel. Cette situation a conduit à mettre en service le réacteur avec trois sources électriques internes indisponibles au sens des RGE. Dès la détection de l’événement le 15 mai 2024, l’exploitant a procédé à un appoint des trois cuves concernées.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les personnes et l’environnement. Toutefois, compte tenu de la détection tardive de l’indisponibilité des groupes électrogènes au sens des STE, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/indisponibilite-des-groupes-electrogenes-de-secours


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Installation(s) concernée(s)

EPR Flamanville

Nombre d'événements enregistrés dans notre base de données sur cette installation
18