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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : La gestion d’une piscine radioactive par EDF

Un capteur de radioactivité déréglé, un contrôle qui ne voit rien, des règles pas appliquées, une détection tardive




3 mars 2023


À Cattenom (Grand Est), une intervention a eu lieu mi février sur la piscine où est entreposé le combustible usé du réacteur 2. Zone parmi les plus chaudes de l’installation, et les plus risquées, la radioactivité ambiante doit y être constamment surveillée. Mais encore faut-il que les appareils soient correctement réglés.


Le réglage d’un des capteur a été modifié pour l’intervention de maintenance, et puis laissé tel quel. Un contrôle a bien eu lieu - 5 jours plus tard - mais il n’a rien détecté. À se demander ce qu’il a contrôlé pour passer à côté du mauvais réglage. On ne sait pas bien comment ni pourquoi, mais le capteur de radioactivité est resté mal réglé.

Normalement, toute manipulation de combustible doit être immédiatement stoppée, une ventilation supplémentaire doit être installée et le système remis en état dans les 3 jours dans un tel cas. Évidemment, EDF n’a rien fait de de tout ça, puisque l’industriel ne s’est rendu compte du mauvais réglage que le 23 février, soit une semaine après.
Si un problème était survenu avec la piscine, si une montée de radioactivité était apparue, les 2 capteurs en fonctionnement auraient donné des valeurs différentes, l’une sous-estimée, l’autre non. À laquelle EDF se serait-il fié ? Le temps de faire des vérifications, d’envoyer des personnes sur place, et d’identifier qu’un des 2 capteur était mal réglé, l’alarme aurait été déclenchée avec retard. De précieuses secondes quand il s’agit de réagir face à un problème sur une piscine remplie de combustible nucléaire usé. Et du personnel aurait été exposé inutilement à des doses de radiations.

Avec EDF et sa manière bien particulière de gérer son installation nucléaire, un petit oubli après un intervention de maintenance et un contrôle fait par dessus l’épaule peuvent causer un véritable accident quelques jours (semaines ?) après. Mais à en croire le responsable, il s’agit "seulement" du non-respect, sans conséquence, de déclinaisons techniques des règles qu’il est censé respecter. En somme, rien de bien grave, juste des petites spécifications oubliées. Pourtant, les faits disent tout le contraire. Et démontrent la piètre compétence d’EDF en tant qu’exploitant nucléaire.

Ce que dit EDF :

Détection tardive d’un non-respect des spécifications techniques d’exploitation

Publié le 03/03/2023

Le 23 février 2023, les équipes de la centrale de Cattenom réalisent un essai périodique sur le système qui permet de mesurer l’activité radiologique ambiante en bordure de la piscine combustible de l’unité de production n°2. Lors de leur contrôle, les équipes constatent un léger écart de réglage du seuil sur une des deux chaînes de mesure et elles procèdent immédiatement à sa remise en conformité.

Les investigations menées montrent que la dernière intervention sur le matériel date du 15 février, date à laquelle le seuil avait été modifié dans le cadre d’une intervention dans le bâtiment combustible. Le 20 février, la vérification hebdomadaire réalisée sur le matériel n’a pas permis de relever qu’une des chaînes de mesure n’était pas réglée avec le seuil attendu, il est donc considéré qu’elle n’est pas conforme depuis cette date.

Bien que le système de surveillance soit resté opérationnel, le mauvais réglage du seuil sur une des chaînes de mesure aurait conduit à un léger retard dans la détection d’une montée d’activité dans les locaux concernés. Nos systèmes de sûreté étant redondants, une autre chaîne de mesure, dont le seuil était conforme, aurait permis de détecter immédiatement toute activité anormale depuis la salle de commande, il n’y a donc eu aucun impact réel en termes de sûreté.

Dans ce type de situation, nos règles d’exploitation demandent à une remise en conformité du matériel sous 3 jours, la suspension des manutentions de combustible ainsi que la mise en place d’un système de ventilation compensatoire. Cette conduite à tenir n’a pas été respectée puisque l’écart de réglage n’avait pas été identifié. En raison de la détection tardive d’un non-respect de nos spécifications techniques d’exploitation, la direction de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré cet évènement comme événement significatif de niveau 1 de l’échelle INES, graduée de 1 à 7, à l’Autorité de sûreté nucléaire le 1er mars 2023.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-cattenom/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-cattenom/detection-tardive-dun-non-respect-des-specifications-techniques-dexploitation


Ce que dit l’ASN :

Indisponibilité d’une mesure du système de surveillance de la radioactivité sur le réacteur 2 de la centrale nucléaire de Cattenom

Publié le 30/03/2023

Centrale nucléaire de Cattenom Réacteurs de 1300 MWe - EDF

Le 1er mars 2023, l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté relatif au non-respect des règles générales d’exploitation (RGE) du réacteur 2 concernant la disponibilité du système de surveillance de la radioactivité.

Les réacteurs sont pourvus de plusieurs systèmes permettant de surveiller la radioactivité dans les installations, afin notamment de détecter les dysfonctionnements susceptibles d’entraîner des rejets radioactifs. Deux appareils de mesures identiques sont ainsi dédiés au contrôle de l’activité radiologique en bordure de la piscine du bâtiment de stockage du combustible (BK) afin d’y détecter d’éventuelles fuites de produits radioactifs.

Le 23 février 2023, lors d’un contrôle périodique, l’exploitant a détecté, sur l’un des deux appareils précités du réacteur 2, un réglage de l’alarme dix fois supérieur au seuil attendu. L’alarme de l’autre appareil était toutefois réglée convenablement.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les personnes et l’environnement. Toutefois, l’événement a affecté la fonction de sûreté liée au confinement en réduisant la robustesse de la détection d’une éventuelle augmentation d’activité dans le bâtiment de stockage du combustible.

En raison de la détection tardive du non-respect des conditions d’exploitation, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Dès la détection de l’événement, l’exploitant a procédé à la remise en conformité du réglage du seuil d’alarme, et a engagé une analyse approfondie de l’événement. Cette analyse a notamment identifié que la dernière modification de réglage du seuil d’alarme de ce matériel avait eu lieu le 15 février 2023. L’ASN sera vigilante quant à l’analyse des causes humaines et organisationnelles ayant entraîné cette anomalie et aux actions prises pour éviter son renouvellement.

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/indisponibilite-d-une-mesure-du-systeme-de-surveillance-de-la-radioactivite-sur-le-reacteur-2


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Installation(s) concernée(s)

Cattenom

Nombre d'événements enregistrés dans notre base de données sur cette installation
160