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Des accidents nucléaires partout

France : Bugey : Un problème d’étanchéité au cœur d’un réacteur qui redémarre

Des essais qui ne détectent pas les problèmes et EDF qui tarde à réagir




24 juin 2024


EDF a été obligé de revenir en arrière alors qu’il avait déjà lancé le redémarrage du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Bugey (Rhône-Alpes). En cause, un problème d’étanchéité qui n’a pas été détecté lors des premiers essais.


Crédit photo : André Paris

C’est lors de tests sur le circuit d’injection de sécurité (dit RIS [1]) que le problème a été détecté. Ce circuit permet d’injecter de l’eau dans le principal circuit de refroidissement du réacteur (le circuit primaire [2]) en cas de besoin. De l’eau et du bore [3], une substance qui permet de ralentir et de stopper la réaction nucléaire. Le circuit RIS permet donc non seulement de maintenir un refroidissement du combustible nucléaire, mais aussi d’éviter un emballement de la réaction en chaîne et de l’arrêter. Ce circuit est essentiel pour garder la maîtrise du réacteur en cas de problème avec le circuit primaire. Il est d’ailleurs si important que les règles de fonctionnement imposent qu’il soit en parfait état de marche lorsque le réacteur nucléaire est en fonctionnement.

Pourtant, EDF a redémarré le réacteur 4 du Bugey avec un circuit RIS pas tout à fait fonctionnel. Les premiers essais, réalisés sur le circuit lors de la mise à l’arrêt du réacteur en mars 2024, sont passés à côté d’un problème d’étanchéité. Une des pièces à l’intérieur des tuyauteries, un clapet, ne marche pas comme il faut. Le mauvais fonctionnement de ce clapet peut entraver l’injection d’eau et de bore dans le circuit primaire. Mais parce que le circuit RIS est connecté au circuit primaire, ce clapet peut aussi impacter directement le principal circuit de refroidissement, en laissant passer de l’eau d’un circuit à l’autre. Or le volume mais aussi la composition chimique du circuit primaire (notamment sa teneur en bore) doivent toujours être parfaitement maîtrisés par les pilotes du réacteur.

Ce n’est qu’après avoir lancé le redémarrage de son réacteur nucléaire, lors de nouveaux essais mi-juin, que le mauvais fonctionnement du clapet - et donc le problème d’étanchéité entre le circuit RIS et le circuit primaire - sera détecté. Un peu trop tard, car au niveau de puissance atteint par le réacteur à ce moment-là, tout aurait dû parfaitement fonctionner. EDF aurait donc dû faire les tests du circuit RIS avant. D’autant que les phases de montée et de baisse de puissance sont particulièrement délicates, c’est là où la maîtrise de la réaction nucléaire est la plus difficile. Et c’est là qu’un accident est le plus susceptible d’arriver.

Après avoir détecté le problème, EDF prendra plusieurs jours pour agir. Le service spécialisé en robinetterie ne fera une expertise que 3 jours après l’essai raté du 15 juin. Pendant ce temps, le réacteur continue de tourner. Ce n’est que le 19 juin que la puissance du réacteur sera abaissée. Non seulement parce que le circuit d’injection de sécurité n’est pas opérationnel alors que les règles imposent qu’il le soit, mais aussi parce qu’il faut intervenir sur le clapet. Or il est situé au cœur du réacteur. Impossible d’intervenir si proche du circuit primaire lorsque la réaction nucléaire a atteint une certaine puissance.

Le communiqué d’EDF, publié le 24 juin, reste d’ailleurs assez flou quant à la position exacte de ce clapet. Le titre mentionne qu’il appartient au circuit primaire, alors que le corps du texte laisse entendre qu’il appartient au circuit d’injection de sécurité. Il est donc fort possible que ce soit le clapet de connexion entre les 2 circuits qui présente le problème. L’industriel précise qu’à date, soit 5 jours après le début de l’intervention de remise en conformité, celle-ci est toujours en cours. Comme quoi, se précipiter lors des essais faits à l’arrêt ne permet pas forcément de gagner du temps sur le redémarrage. Et comme quoi, même lorsqu’il s’agit des circuits principaux, les contrôles ne sont pas toujours faits comme il faut.

Ce que dit EDF :

Déclaration d’un événement significatif relatif à un doute sur l’intégrité d’un clapet du Circuit Primaire Principal de l’unité de production n°4

Publié le 24/06/2024

Le 9 mars 2024, un essai périodique est réalisé sur le système d’injection de sécurité (RIS) lors de la mise à l’arrêt du réacteur n°4 dans le cadre de sa visite partielle. Cet essai permet de vérifier l’étanchéité des clapets d’isolement du circuit. Il est soldé satisfaisant, ne laissant apparaître aucun défaut d’étanchéité.

Le 15 juin 2024, dans le cadre du redémarrage de l’unité de production n°4, l’exploitant réalise un nouvel essai périodique sur le système d’injection de sécurité conformément au programme du chapitre 9 des Règles Générales d’Exploitation. Les critères associés à l’étanchéité de l’un des clapets ne sont pas satisfaisants.

Les investigations menées par les robinetiers mettent en évidence un jeu entre le chapeau du clapet et son corps. Le 18 juin 2024, le service robinetterie réalise un contrôle : Le serrage préconisé par le constructeur est respecté mais le jeu entre le chapeau et le corps du clapet subsiste.

Bien qu’aucune fuite externe n’ait été constatée, l’absence de certitude d’intégrité du clapet amène à considérer l’indisponibilité des 2 voies du circuit RIS HP.

Le 19 juin, En application de la conduite à tenir pour cet évènement, l’unité de production n°4 est revenue à un état permettant la remise en conformité du clapet. Cette activité a ainsi débuté le 19 juin et est en cours au moment de la rédaction de cette déclaration.

Cet événement, qui n’a eu aucune conséquence réelle sur la sûreté des installations, a été déclaré à l’Autorité de Sûreté Nucléaire le 20 juin 2024, au niveau 1 de l’échelle INES qui en compte 7.

Nota : Le système d’injection de sécurité est un circuit nécessaire pour le contrôle de la réactivité et du refroidissement du combustible en phase incidentelle ou accidentelle.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-du-bugey/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-du-bugey/declaration-dun-evenement-significatif-relatif-a-un-doute-sur-lintegrite-dun-clapet-du-circuit-primaire-principal-de-lunite-de-production-ndeg4

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Ce que dit l’ASN :

Défaut de montage du chapeau d’un clapet du circuit primaire principal

Publié le 05/07/2024

Centrale nucléaire du Bugey Réacteurs de 900 MWe - EDF

Le 20 juin 2024, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à la mise en évidence d’un défaut de montage du chapeau d’un clapet situé entre le système d’injection de sécurité et le circuit primaire principal du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Bugey.

Le circuit d’injection de sécurité (RIS) permet, en cas d’accident causant une brèche au niveau du circuit primaire du réacteur, d’introduire de l’eau borée sous pression dans celui-ci afin d’étouffer la réaction nucléaire et d’assurer le refroidissement du cœur. Ce système est directement connecté aux trois boucles du circuit primaire principal (CPP).

Le 15 juin 2024, lors d’un essai périodique sur le système RIS, réalisé dans le cadre du redémarrage du réacteur 4, une inétanchéité a été détectée sur l’un des clapet du système RIS situé en amont de sa connexion à une boucle du CPP.

Les investigations ont mis en évidence, le 18 juin 2024, que l’inétanchéité était dûe à un défaut de montage du chapeau de ce clapet et que ce défaut ne permettait pas de garantir l’intégrité du CPP dans toutes les conditions de fonctionnement du réacteur. Or, les spécifications techniques d’exploitation (STE) requièrent l’intégrité du CPP lors des phases de redémarrage du réacteur.

L’exploitant a conduit le réacteur dans un état d’arrêt permettant d’intervenir sur le clapet concerné, qui a été démonté, vérifié et remis en conformité. Aucune situation nécessitant l’injection de sécurité du réacteur n’étant survenue et aucune fuite des circuits concernés n’ayant été constatée, cet évènement n’a pas eu de conséquence sur le personnel, sur les installations ou sur l’environnement.

Cependant, en raison de l’absence de garantie de l’intégrité du circuit primaire, requise de façon permanente par les STE, cet évènement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/defaut-de-montage-du-chapeau-d-un-clapet-du-circuit-primaire-principal


[1Le circuit d’injection de sécurité (RIS) permet, en cas d’accident causant une brèche importante au niveau du circuit primaire du réacteur, d’introduire de l’eau borée sous pression dans celui-ci. Le but de cette manœuvre est d’étouffer la réaction nucléaire et d’assurer le refroidissement du cœur. https://www.asn.fr/lexique/R/RIS

[2Le circuit primaire est un circuit fermé, contenant de l’eau sous pression. Cette eau s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles. Dans les générateurs de vapeur, elle cède la chaleur acquise à l’eau du circuit secondaire pour produire la vapeur destinée à entraîner le groupe turboalternateur. Le circuit primaire permet de refroidir le combustible contenu dans la cuve du réacteur en cédant sa chaleur par l’intermédiaire des générateurs de vapeur lorsqu’il produit de l’électricité ou par l’intermédiaire du circuit de refroidissement à l’arrêt lorsqu’il est en cours de redémarrage après rechargement en combustible. La température du circuit primaire principal est encadrée par des limites afin de garantir le maintien dans un état sûr des installations en cas d’accident. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-primaire

[3Le bore, présent dans l’eau du circuit primaire sous forme d’acide borique dissous, permet de modérer, par sa capacité à absorber les neutrons, la réaction en chaîne. La concentration en bore est ajustée pendant le cycle en fonction de l’épuisement progressif du combustible en matériau fissile. https://www.asn.fr/lexique/b/Bore


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Bugey

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