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Réacteur EPR : un fiasco monumental

Commentaires sur la cuve de l’EPR de Flamanville




Par le Réseau "Sortir du nucléaire "

Porté par les représentants des groupes participants à la journée de dialogue technique Anccli – IRSN – ASN – Cli de Flamanville du 5 juillet 2017 : Aceve, SDN Touraine, SDN Berry-Giennois-Puisaye, STOP EPR.



Ce document compile plusieurs commentaires et observations faites sur la base des données fournies par Areva, l’ASN et l’IRSN concernant l’analyse des conséquences des anomalies de la cuve destinée au réacteur EPR de Flamanville.

En reprenant différentes citations issues des documents techniques mis à disposition du public (documents listés ci-dessous), nous tenons à mettre en avant la faiblesse de la qualité scientifique des démonstrations qui y sont présentées. Les approximations contenues dans ces documents et les incertitudes inhérentes aux justifications avancées et aux méthodes choisies sont si nombreuses qu’il n’est pas possible d’accepter un fonctionnement avec cette cuve. Si l’on adopte la devise de l’Anccli, « La sûreté n’a pas de prix », il n’est tout simplement pas possible d’accepter cet état de sûreté dégradée, connu de tous, et s’il y a un accident, soyons certains que cet accident pourra être majeur.


Documents sur lesquels sont basés ces commentaires :

 Rapport ASN-IRSN au groupe permanent d’experts (26 juin)
 Avis du groupe d’experts (27 juin)
 Fiche pédagogique de l’IRSN (28 juin)
 Fiche technique de l’IRSN (28 juin)
 Note AREVA : synthèse sur la ténacité des calottes de la cuve EPR

Pour faciliter la lecture, ces commentaires sont présentés sur la base de la fiche pédagogique de l’IRSN, le paragraphe incriminé étant reproduit dans cette note. Mais, à chaque étape, le commentaire s’appuiera sur des citations issues des autres documents (dont la référence est clairement indiquée).

Les commentaires présentés dans ce document sont articulés en 4 parties :

 Sur la teneur en carbone des calottes ;
 Sur la représentativité des calottes sacrificielles ;
 Sur la ténacité et la résilience de l’acier des calottes ;
 Sur l’évaluation du risque de rupture brutale

1. SUR LA TENEUR EN CARBONE DES CALOTTES DE CUVE

1.1 Ségrégation du carbone et teneur en carbone

Ces deux termes sont régulièrement utilisés dans le document.

La ségrégation du carbone est le taux de carbone dans l’acier dans une pièce ou un endroit de cette pièce, ramené à la valeur moyenne de ce taux de la coulée du lingot de l’acier de la pièce considérée [1] . Cette grandeur peut donc être positive ou négative.

La teneur en carbone dans une pièce ou une partie de cette pièce est le pourcentage en masse du carbone dans cette pièce ou cet élément.

Le taux de ségrégation est la valeur en % du rapport de la valeur de la teneur en carbone d’une pièce ou d’une partie de pièce à la valeur de référence de la teneur en carbone de la coulée.

Le document « Note AREVA » (pgr 2.1) indique que les lingots de l’acier « comportent des hétérogénéités macroscopiques correspondant à la ségrégation majeure du carbone, essentiellement, et des autres éléments d’alliage dans une bien moindre mesure ». Il signale également la possibilité de « veines sombres » dans l’acier, causées par a présence de manganèse et de nickel [2].

Notons que le « dans une moindre mesure » n’est pas quantifié et qu’il n’est fait mention nulle part dans ce document des effets éventuels de ces corps sur la ténacité et la résilience, en particulier dans les différences possibles entre l’acier des calottes de FA3 et de celui des pièces sacrificielles.

Les valeurs des ségrégations et des concentrations de carbone sont très utilisées dans ce document, notamment lors des comparaisons entre les pièces sacrificielles entre elles et celles de FA3. On suppose alors que les ségrégations de carbone des coulées (et une teneur en carbone proche de 0,18%) sont les mêmes pour les différentes pièces étudiées (en tout cas c’est ce qui apparaît dans le rapport). Peut-on en être certain et, sinon, une marge d’incertitude ne devrait-elle pas être introduite dans ces comparaisons.

1.2 Teneur en carbone

Page 2 :

Or, on trouve en page 21 du rapport ASN-IRSN le paragraphe suivant :

Si la teneur « maximale attendue » est de 0,22%, la référence devrait être la « teneur normale » pour ce type d’acier, soit 0,16%. Alors, on constate que la teneur en zone défectueuse serait le double de la teneur normale.

Inversement, si la teneur moyenne en carbone de la coulée n’est pas 0,16% mais 0,18%, alors l’acier n’et pas de type 16MND5 mais 18MND5, ce qui pose question.

Et, page 65 du rapport ASN-IRSN

La figure 22 indique une ségrégation maximale de 70% dans les calottes sacrificielles.

Si la teneur en carbone de la coulée est de 0,20% (teneur maximale du code RCC-M), alors la teneur en carbone correspondant à cette valeur de la ségrégation devrait être de 0,34%.

2. SUR LA REPRÉSENTATIVITÉ DES CALOTTES SACRIFICIELLES

2.1 Page 67 du rapport ASN-IRSN

Les différences de propriétés entre les aciers des pièces sacrificielles sont illustrées par le tableau 30, page 76 du rapport ASN-IRSN :

On constate bien des différences très importantes.

Sur cette question la note de synthèse d’AREVA indique en page 59 : Il paraît bien difficile d’accepter simplement l’addition de 25°C sans aucune explication de ce phénomène dont la compréhension pourrait mettre en évidence d’autres différences plus structurelles entre les différentes pièces étudiées.

2.2 Page 38 de la note de synthèse AREVA (paragraphe 3.3)

Le document dit en 3.3.1 : « la comparaison des divers paramètres de coulée et de solidification… n’a pas mis en évidence d’écart qui pourrait impacter l’intensité et la répartition des macro-ségrégations dans les lingots coulés ». Ensuite la comparaison des conditions de forgeage et d’emboutissage a utilisé des simulations avec le logiciel Forge qui ont indiqué un faible effet sur la profondeur de ségrégation.

Dans les deux cas, quels sont les écarts et n’introduisent-ils pas de nouvelles marges d’incertitude ?

Une fois de plus la conclusion repose sur l’adjectif « similaire » :

On trouve cependant des différences non négligeables entre les taux de ségrégation et les teneurs en carbone entre les trois pièces sacrificielles (figures 11 et 12). Ces différences sont confirmées par la figure 13 (page 42).

Il paraît difficile d’accepter la conclusion en haut de page 43 : il y a bien « similitude » de comportement, mais des valeurs assez nettement différentes.

3. SUR LA TENACITE ET LA RESILIENCE DE L’ACIER DES CALOTTES

3.1 Ténacité et résilience

L’introduction du rapport ASN-IRSN pose bien les termes de l’évaluation de la cuve de l’EPR de Flamanville :

La résilience est la capacité d’un matériau à absorber de l’énergie quand il se déforme sous l’effet d’un choc.

La ténacité est la capacité d’un matériau à résister à la propagation d’une fissure. Il s’agit de la propriété qui intervient dans le phénomène de rupture brutale.

 Sur la résilience des calottes de l’EPR de Flamanville (Rapport ASN-IRSN page 19)

 Dans ces conditions, comme le souligne l’avis du Groupe d’experts (page 3), « la valeur de la résilience citée par la réglementation n’est pas atteinte en zone ségrégée ».

 Sur la ténacité des calottes (Fiche pédagogique de l’IRSN, page 2) :

3.2 Page 2, 3 et 4 de la fiche pédagogique de l’IRSN : la démarche

On note l’importance des calculs (de leurs données, de leurs hypothèses et de leurs marges d’incertitude). 3.3 Page 5 : Sur les propriétés mécaniques du matériau

Ce texte appelle trois remarques :

a) Il est difficile d’évaluer précisément les variations des propriétés mécaniques mais elles restent limitées : on ne saurait être plus vague et cela met un doute , d’autant plus qu’il y a effectivement des différences importantes entre les calottes sacrificielles, notamment en termes de température de transition (voir ci-dessus).

b) On lit : que l’augmentation de la température de transition serait de l’ordre d’une dizaine à quelques dizaines de degrés. Cela ne veut strictement rien dire car « quelques dizaines de degrés » est sans signification : on s’étonne d’une telle expression dans un document qui se veut scientifique. Cette expression traduit toutefois l’existence d’incertitudes très importantes.

c) Une phrase qui démontre le fait que l’on n’a pas les éléments suffisants pour arriver à un jugement pertinent : « EDF s’est par ailleurs engagé… ». Le morceau de phrase « …d’essais afin de conforter les hypothèses… » signifie que les résultats de ces essais sont anticipés de façon favorable à la thèse d’Areva et EDF : on ne voit pas alors leur utilité.

Et si ces essais ne confortaient pas ?

3.3 Autres éléments de jugement extraits du rapport ASN-IRSN

Page 29 : Difficulté de contrôle non destructif sur la calotte supérieure de FA3

Page 37 :

4. SUR L’ÉVALUATION DU RISQUE DE RUPTURE BRUTALE

4.1 Page 8 : Après un exposé détaillé sur l’éventualité de chocs thermiques chauds ou froids, la fiche technique de l’IRSN est très brève sur le calcul de la ténacité :

La fiche technique de l’ASN n’en dit guère plus :

4.2 Dans le rapport ASN-IRSN (page 107)

Dans la première formule, on voit que le facteur de marge Fm doit être supérieur à 1.

On note qu’au dénominateur du rapport donnant la valeur de Fm figure le coefficient « alpha », coefficient de sûreté qui est donné dans le tableau suivant (page 108) :

Ces coefficients sont définis pour les trois catégories indiquées ci-dessus dans l’article 13 de l’arrêté du 10 novembre 1999 relatif à la surveillance de l’exploitation du circuit primaire principal et des circuits secondaires principaux des réacteurs nucléaires à eau sous pressions. Ils n’ont pas été modifiés depuis 1999 et existaient probablement avant. Arrêté qui précise en avant du tableau des coefficients : « Un défaut ne peut être laissé en service que s’il ne présente pas de risque d’instabilité dans les situations de deuxième, troisième et quatrième catégories, ni de risque d’amorçage à la déchirure en situation de deuxième et troisième catégories. Les chargements à considérer vis-à-vis du dommage à éviter sont multipliés pour l’analyse par les coefficients minimaux suivants ».

On a vu plus haut que ces coefficients dépendent de la probabilité d’occurrence de la situation envisagée.

Il nous paraît légitime de contester ces valeurs.

La question que l’on se pose est de savoir si l’équipement considéré (les calottes de l’EPR), dans une situation accidentelle donnée, quelle que soit sa catégorie, résiste à une agression extérieure, choc chaud ou choc froid. Si l’on a pris un coefficient 2 pour une situation normale ou perturbée, il n’y a aucune raison qui justifie de prendre un coefficient 1,6 pour une situation incidentelle ou une épreuve hydraulique et encore moins pour une situation accidentelle, pour laquelle on a toutes les chances pour que les contraintes soient supérieures : autant on peut décrire un incident, autant on sait bien qu’un accident majeur est en général la combinaison de plusieurs défaillances qui s’enchaînent.

C’est pourquoi nous considérons que les calculs doivent être effectués avec un coefficient 2 associé, a minima, à toutes les catégories.

Regardons maintenant ce que deviennent les résultats avec un coefficient de sûreté de 2 pour toutes les catégories.

On trouve les résultats de ces calcules en page 54 de la note de synthèse d’AREVA

Le tableau 12 (page 54) indique que les valeurs minimales du rapport pour les défauts débouchant en peau externe sont respectivement de 2,29 Catégorie 3 et 2,87 Catégorie 4.pour la calotte inférieure. Si l’on prend un coefficient de sûreté de 2 dans les deux cas, ces valeurs deviennent respectivement 1,83 et 1,72. Les valeurs sont supérieures à 1 mais les marges sont nettement réduites par rapport au calcul d’AREVA.

En page 67, pgr 3.4.7 (« Sensibilité à la taille du défaut), le tableau 23 indique les valeurs minimales suivantes pour un défaut de 20 mm :
 Calotte supérieure, Catégorie 4 : 1,62
 Calotte inférieure Catégorie 4 : 1,28 Si l’on applique le coefficient de sûreté de 2, ces valeurs deviennent respectivement :
 0,91 pour la calotte supérieure Catégorie 4
 0,77 pour la calotte inférieure catégorie 4

Dans les deux cas, le rapport Fm/FmT est nettement inférieur à 1.

Si l’on admet la pertinence de cette variante (sinon, pourquoi l’étudier), la calotte supérieure comme, surtout, la calotte inférieure, devraient être refusées.

Enfin, pour conclure l’ensemble de ces commentaires, rappelons 2 points mentionnés dans l’avis du groupe permanent ESPN (page 4) :

 « Toutefois, le Groupe permanent considère que les défaillances constatées concernant la qualification technique, l’utilisation d’un procédé de fabrication ne permettant pas de s’affranchir des risques liés à la ségrégation résiduelle de carbone et la réduction des marges pour le risque de rupture brutale, affectent la robustesse du premier niveau de défense en profondeur".

 « Le Groupe permanent note que le dossier technique transmis par AREVA et EDF sur les contrôles de suivi en service est prospectif, succinct et qu’il n’apporte pas d’élément technique sur la faisabilité des contrôles, leur performance et les conditions d’intervention en termes de radioprotection. Le Groupe permanent constate qu’EDF n’est actuellement pas en mesure de mettre en œuvre des contrôles par essais non destructifs du couvercle de même portée et aux mêmes échéances que pour le fond de la cuve.

Vous êtes membre d’une CLI, d’une association, ou un citoyen vigilant sur l’état de sûreté du parc nucléaire français ?

Rejoignez le réseau de Surveillance citoyenne des installations nucléaires !

Ce réseau totalement indépendant permet de mettre en relation des personnes de toute la France, d’échanger sur des questions techniques, et de suivre les actualités concernant la sûreté et la réglementation des installations nucléaires proches de chez vous.

Pour toute demande, envoyez un mail à laure.barthelemy@sortirdunucleaire.fr


Notes

[1L’acier des calottes de cuve de l’EPR de Flamanville (FA3) est qualifié 16MND5.

[2Et de phosphore ? Voir la note de Bella Belbeoch sur ce sujet .

Ce document compile plusieurs commentaires et observations faites sur la base des données fournies par Areva, l’ASN et l’IRSN concernant l’analyse des conséquences des anomalies de la cuve destinée au réacteur EPR de Flamanville.

En reprenant différentes citations issues des documents techniques mis à disposition du public (documents listés ci-dessous), nous tenons à mettre en avant la faiblesse de la qualité scientifique des démonstrations qui y sont présentées. Les approximations contenues dans ces documents et les incertitudes inhérentes aux justifications avancées et aux méthodes choisies sont si nombreuses qu’il n’est pas possible d’accepter un fonctionnement avec cette cuve. Si l’on adopte la devise de l’Anccli, « La sûreté n’a pas de prix », il n’est tout simplement pas possible d’accepter cet état de sûreté dégradée, connu de tous, et s’il y a un accident, soyons certains que cet accident pourra être majeur.


Documents sur lesquels sont basés ces commentaires :

 Rapport ASN-IRSN au groupe permanent d’experts (26 juin)
 Avis du groupe d’experts (27 juin)
 Fiche pédagogique de l’IRSN (28 juin)
 Fiche technique de l’IRSN (28 juin)
 Note AREVA : synthèse sur la ténacité des calottes de la cuve EPR

Pour faciliter la lecture, ces commentaires sont présentés sur la base de la fiche pédagogique de l’IRSN, le paragraphe incriminé étant reproduit dans cette note. Mais, à chaque étape, le commentaire s’appuiera sur des citations issues des autres documents (dont la référence est clairement indiquée).

Les commentaires présentés dans ce document sont articulés en 4 parties :

 Sur la teneur en carbone des calottes ;
 Sur la représentativité des calottes sacrificielles ;
 Sur la ténacité et la résilience de l’acier des calottes ;
 Sur l’évaluation du risque de rupture brutale

1. SUR LA TENEUR EN CARBONE DES CALOTTES DE CUVE

1.1 Ségrégation du carbone et teneur en carbone

Ces deux termes sont régulièrement utilisés dans le document.

La ségrégation du carbone est le taux de carbone dans l’acier dans une pièce ou un endroit de cette pièce, ramené à la valeur moyenne de ce taux de la coulée du lingot de l’acier de la pièce considérée [1] . Cette grandeur peut donc être positive ou négative.

La teneur en carbone dans une pièce ou une partie de cette pièce est le pourcentage en masse du carbone dans cette pièce ou cet élément.

Le taux de ségrégation est la valeur en % du rapport de la valeur de la teneur en carbone d’une pièce ou d’une partie de pièce à la valeur de référence de la teneur en carbone de la coulée.

Le document « Note AREVA » (pgr 2.1) indique que les lingots de l’acier « comportent des hétérogénéités macroscopiques correspondant à la ségrégation majeure du carbone, essentiellement, et des autres éléments d’alliage dans une bien moindre mesure ». Il signale également la possibilité de « veines sombres » dans l’acier, causées par a présence de manganèse et de nickel [2].

Notons que le « dans une moindre mesure » n’est pas quantifié et qu’il n’est fait mention nulle part dans ce document des effets éventuels de ces corps sur la ténacité et la résilience, en particulier dans les différences possibles entre l’acier des calottes de FA3 et de celui des pièces sacrificielles.

Les valeurs des ségrégations et des concentrations de carbone sont très utilisées dans ce document, notamment lors des comparaisons entre les pièces sacrificielles entre elles et celles de FA3. On suppose alors que les ségrégations de carbone des coulées (et une teneur en carbone proche de 0,18%) sont les mêmes pour les différentes pièces étudiées (en tout cas c’est ce qui apparaît dans le rapport). Peut-on en être certain et, sinon, une marge d’incertitude ne devrait-elle pas être introduite dans ces comparaisons.

1.2 Teneur en carbone

Page 2 :

Or, on trouve en page 21 du rapport ASN-IRSN le paragraphe suivant :

Si la teneur « maximale attendue » est de 0,22%, la référence devrait être la « teneur normale » pour ce type d’acier, soit 0,16%. Alors, on constate que la teneur en zone défectueuse serait le double de la teneur normale.

Inversement, si la teneur moyenne en carbone de la coulée n’est pas 0,16% mais 0,18%, alors l’acier n’et pas de type 16MND5 mais 18MND5, ce qui pose question.

Et, page 65 du rapport ASN-IRSN

La figure 22 indique une ségrégation maximale de 70% dans les calottes sacrificielles.

Si la teneur en carbone de la coulée est de 0,20% (teneur maximale du code RCC-M), alors la teneur en carbone correspondant à cette valeur de la ségrégation devrait être de 0,34%.

2. SUR LA REPRÉSENTATIVITÉ DES CALOTTES SACRIFICIELLES

2.1 Page 67 du rapport ASN-IRSN

Les différences de propriétés entre les aciers des pièces sacrificielles sont illustrées par le tableau 30, page 76 du rapport ASN-IRSN :

On constate bien des différences très importantes.

Sur cette question la note de synthèse d’AREVA indique en page 59 : Il paraît bien difficile d’accepter simplement l’addition de 25°C sans aucune explication de ce phénomène dont la compréhension pourrait mettre en évidence d’autres différences plus structurelles entre les différentes pièces étudiées.

2.2 Page 38 de la note de synthèse AREVA (paragraphe 3.3)

Le document dit en 3.3.1 : « la comparaison des divers paramètres de coulée et de solidification… n’a pas mis en évidence d’écart qui pourrait impacter l’intensité et la répartition des macro-ségrégations dans les lingots coulés ». Ensuite la comparaison des conditions de forgeage et d’emboutissage a utilisé des simulations avec le logiciel Forge qui ont indiqué un faible effet sur la profondeur de ségrégation.

Dans les deux cas, quels sont les écarts et n’introduisent-ils pas de nouvelles marges d’incertitude ?

Une fois de plus la conclusion repose sur l’adjectif « similaire » :

On trouve cependant des différences non négligeables entre les taux de ségrégation et les teneurs en carbone entre les trois pièces sacrificielles (figures 11 et 12). Ces différences sont confirmées par la figure 13 (page 42).

Il paraît difficile d’accepter la conclusion en haut de page 43 : il y a bien « similitude » de comportement, mais des valeurs assez nettement différentes.

3. SUR LA TENACITE ET LA RESILIENCE DE L’ACIER DES CALOTTES

3.1 Ténacité et résilience

L’introduction du rapport ASN-IRSN pose bien les termes de l’évaluation de la cuve de l’EPR de Flamanville :

La résilience est la capacité d’un matériau à absorber de l’énergie quand il se déforme sous l’effet d’un choc.

La ténacité est la capacité d’un matériau à résister à la propagation d’une fissure. Il s’agit de la propriété qui intervient dans le phénomène de rupture brutale.

 Sur la résilience des calottes de l’EPR de Flamanville (Rapport ASN-IRSN page 19)

 Dans ces conditions, comme le souligne l’avis du Groupe d’experts (page 3), « la valeur de la résilience citée par la réglementation n’est pas atteinte en zone ségrégée ».

 Sur la ténacité des calottes (Fiche pédagogique de l’IRSN, page 2) :

3.2 Page 2, 3 et 4 de la fiche pédagogique de l’IRSN : la démarche

On note l’importance des calculs (de leurs données, de leurs hypothèses et de leurs marges d’incertitude). 3.3 Page 5 : Sur les propriétés mécaniques du matériau

Ce texte appelle trois remarques :

a) Il est difficile d’évaluer précisément les variations des propriétés mécaniques mais elles restent limitées : on ne saurait être plus vague et cela met un doute , d’autant plus qu’il y a effectivement des différences importantes entre les calottes sacrificielles, notamment en termes de température de transition (voir ci-dessus).

b) On lit : que l’augmentation de la température de transition serait de l’ordre d’une dizaine à quelques dizaines de degrés. Cela ne veut strictement rien dire car « quelques dizaines de degrés » est sans signification : on s’étonne d’une telle expression dans un document qui se veut scientifique. Cette expression traduit toutefois l’existence d’incertitudes très importantes.

c) Une phrase qui démontre le fait que l’on n’a pas les éléments suffisants pour arriver à un jugement pertinent : « EDF s’est par ailleurs engagé… ». Le morceau de phrase « …d’essais afin de conforter les hypothèses… » signifie que les résultats de ces essais sont anticipés de façon favorable à la thèse d’Areva et EDF : on ne voit pas alors leur utilité.

Et si ces essais ne confortaient pas ?

3.3 Autres éléments de jugement extraits du rapport ASN-IRSN

Page 29 : Difficulté de contrôle non destructif sur la calotte supérieure de FA3

Page 37 :

4. SUR L’ÉVALUATION DU RISQUE DE RUPTURE BRUTALE

4.1 Page 8 : Après un exposé détaillé sur l’éventualité de chocs thermiques chauds ou froids, la fiche technique de l’IRSN est très brève sur le calcul de la ténacité :

La fiche technique de l’ASN n’en dit guère plus :

4.2 Dans le rapport ASN-IRSN (page 107)

Dans la première formule, on voit que le facteur de marge Fm doit être supérieur à 1.

On note qu’au dénominateur du rapport donnant la valeur de Fm figure le coefficient « alpha », coefficient de sûreté qui est donné dans le tableau suivant (page 108) :

Ces coefficients sont définis pour les trois catégories indiquées ci-dessus dans l’article 13 de l’arrêté du 10 novembre 1999 relatif à la surveillance de l’exploitation du circuit primaire principal et des circuits secondaires principaux des réacteurs nucléaires à eau sous pressions. Ils n’ont pas été modifiés depuis 1999 et existaient probablement avant. Arrêté qui précise en avant du tableau des coefficients : « Un défaut ne peut être laissé en service que s’il ne présente pas de risque d’instabilité dans les situations de deuxième, troisième et quatrième catégories, ni de risque d’amorçage à la déchirure en situation de deuxième et troisième catégories. Les chargements à considérer vis-à-vis du dommage à éviter sont multipliés pour l’analyse par les coefficients minimaux suivants ».

On a vu plus haut que ces coefficients dépendent de la probabilité d’occurrence de la situation envisagée.

Il nous paraît légitime de contester ces valeurs.

La question que l’on se pose est de savoir si l’équipement considéré (les calottes de l’EPR), dans une situation accidentelle donnée, quelle que soit sa catégorie, résiste à une agression extérieure, choc chaud ou choc froid. Si l’on a pris un coefficient 2 pour une situation normale ou perturbée, il n’y a aucune raison qui justifie de prendre un coefficient 1,6 pour une situation incidentelle ou une épreuve hydraulique et encore moins pour une situation accidentelle, pour laquelle on a toutes les chances pour que les contraintes soient supérieures : autant on peut décrire un incident, autant on sait bien qu’un accident majeur est en général la combinaison de plusieurs défaillances qui s’enchaînent.

C’est pourquoi nous considérons que les calculs doivent être effectués avec un coefficient 2 associé, a minima, à toutes les catégories.

Regardons maintenant ce que deviennent les résultats avec un coefficient de sûreté de 2 pour toutes les catégories.

On trouve les résultats de ces calcules en page 54 de la note de synthèse d’AREVA

Le tableau 12 (page 54) indique que les valeurs minimales du rapport pour les défauts débouchant en peau externe sont respectivement de 2,29 Catégorie 3 et 2,87 Catégorie 4.pour la calotte inférieure. Si l’on prend un coefficient de sûreté de 2 dans les deux cas, ces valeurs deviennent respectivement 1,83 et 1,72. Les valeurs sont supérieures à 1 mais les marges sont nettement réduites par rapport au calcul d’AREVA.

En page 67, pgr 3.4.7 (« Sensibilité à la taille du défaut), le tableau 23 indique les valeurs minimales suivantes pour un défaut de 20 mm :
 Calotte supérieure, Catégorie 4 : 1,62
 Calotte inférieure Catégorie 4 : 1,28 Si l’on applique le coefficient de sûreté de 2, ces valeurs deviennent respectivement :
 0,91 pour la calotte supérieure Catégorie 4
 0,77 pour la calotte inférieure catégorie 4

Dans les deux cas, le rapport Fm/FmT est nettement inférieur à 1.

Si l’on admet la pertinence de cette variante (sinon, pourquoi l’étudier), la calotte supérieure comme, surtout, la calotte inférieure, devraient être refusées.

Enfin, pour conclure l’ensemble de ces commentaires, rappelons 2 points mentionnés dans l’avis du groupe permanent ESPN (page 4) :

 « Toutefois, le Groupe permanent considère que les défaillances constatées concernant la qualification technique, l’utilisation d’un procédé de fabrication ne permettant pas de s’affranchir des risques liés à la ségrégation résiduelle de carbone et la réduction des marges pour le risque de rupture brutale, affectent la robustesse du premier niveau de défense en profondeur".

 « Le Groupe permanent note que le dossier technique transmis par AREVA et EDF sur les contrôles de suivi en service est prospectif, succinct et qu’il n’apporte pas d’élément technique sur la faisabilité des contrôles, leur performance et les conditions d’intervention en termes de radioprotection. Le Groupe permanent constate qu’EDF n’est actuellement pas en mesure de mettre en œuvre des contrôles par essais non destructifs du couvercle de même portée et aux mêmes échéances que pour le fond de la cuve.

Vous êtes membre d’une CLI, d’une association, ou un citoyen vigilant sur l’état de sûreté du parc nucléaire français ?

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Pétition : ne validez pas la
cuve défectueuse de l’EPR !




Thèmes
EPR