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Sortir du nucléaire n°62

Août 2014

Déchets nucléaires

WIPP : l’enfouissement à l’épreuve de la réalité

Août 2014




Le WIPP (Nouveau-Mexique, États-Unis) est le premier site d’enfouissement de déchets nucléaires en grande profondeur en fonctionnement au monde. C’est aussi un centre "pilote", co-géré par Areva, présenté comme une vitrine. Quinze ans après sa mise en service, incendie souterrain, accident d’origine inconnue et contamination en surface ont tout bloqué. Oui, l’accident est possible et sa gestion impossible. Le projet CIGÉO à Bure, c’est un WIPP puissance... 1000 (?).



Le WIPP est conçu pour accueillir, au sein de cavités creusées dans du sel à environ 660 mètres de profondeur, 176000 m3 de déchets dits transuraniens (contenant notamment de l’américium et du plutonium), issus d’activités nucléaires de défense (recherches militaires et production d’armes nucléaires). Cette installation est en exploitation depuis mars 1999.

Areva a été retenu en 2007 au sein du consortium chargé par le Département de l’Énergie des États-Unis (DOE) de la gestion et de l’exploitation du site de stockage WIPP, au Nouveau-Mexique.

L’impensable est arrivé

Le 5 février 2014, un incendie sur un camion se déclare à 650 mètres de profondeur dans la zone nord du centre d’enfouissement de déchets nucléaires militaires américains du WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) au Nouveau-Mexique.

Le 14 février, zone sud, une balise d’alerte entre en fonction sous l’action de rejets radioactifs. Il semblerait qu’un ou plusieurs des 258 colis de déchets enfouis (dans la salle 7, zone 7) soient la source des rejets radioactifs et chimiques.

La radioactivité a parcouru 900 m de tunnels et une distance d’au moins 2,4 km comprise entre la zone des rejets et la station de surveillance de l’air en surface mise en alerte. De l’américium 241, du plutonium 239 et 240 sont retrouvés dans des filtres. 21 employés du WIPP sont informés qu’ils ont été testés positifs à une contamination radiologique interne, principalement à l’américium 241. Une grande inquiétude saisit les riverains qui déplorent le manque d’informations claires et exactes. À savoir que la détection des poussières aériennes de plutonium et d’américium est complexe, longue et coûteuse. La ville proche, Carlsbad, exige des explications, la presse du Nouveau-Mexique est alarmante...

Selon Don Hancock, expert, le 22 mars, "un mois après les faits, nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé. Des rejets contaminants pourraient encore se produire. De plus, la quantité de radioactivité rejetée dans l’atmosphère peut être à jamais inconnue". L’ampleur des dégâts souterrains matériels est quasi impossible à évaluer tout comme les moyens à mettre en œuvre. L’information officielle se veut rassurante et minimisatrice mais le public n’a pas confiance. Quelles sont les causes exactes du sinistre (explosion, effondrement d’une voûte dans la formation géologique de sel ?), les quantité et nature des rejets contaminants ; le taux de contamination de l’environnement en surface et sous terre... Quelles suites à envisager ? Le site est fermé provisoirement, aller voir ce qui se passe au fond semble d’une grande complexité et dangerosité... Le puits d’accès principal est hors service à cause des dépôts de suie sur l’équipement électronique.

On ne sait toujours pas ce qui s’est passé

Tout le mois d’avril, le Département de l’Énergie (DOE) envoie des employés, en combinaison étanche et équipés d’appareils respiratoires, dans la structure souterraine afin de mener des investigations sur la cause et l’étendue de cette fuite radioactive mystérieuse. Les conditions de recherche sont longues, difficiles et dangereuses.

Le centre étant fermé, le DOE envoie jusqu’à 10 camions par semaine de déchets - destinés au stockage WIPP - au centre de stockage de déchets faible activité du Texas situé dans le comté d’Andrews. Prévus pour être stockés pendant au maximum un an, ce délai est allongé, ce que contestent certains représentants politiques et associatifs environnementaux locaux.

Fin mai 2014, la raison de l’accident n’est toujours pas connue avec précision : réactions exothermiques dans un ou quelques fûts de déchets entre un oxydant et un réducteur ? Sont annoncés de 18 mois à 3 ans de fermeture du centre d’enfouissement. Le fût retrouvé ouvert en zone 7 témoigne d’un manque de stabilité chimique pour ce type de déchets FAVL ou MAVL. Or il y en a de même nature dans une zone déjà remplie et fermée provisoirement. Le maire de Carlsbad et le ministère de l’Environnement du Nouveau Mexique exigent le bouclage définitif de celle-ci. Ils ont peur que l’accident se reproduise à plus grande échelle... Preuve magistrale que la réversibilité est une promesse impossible. Fermer définitivement dans ce cas précis est une solution à très court terme, qui ne résoud rien : que va-t-il advenir derrière les scellements ? La réaction exothermique peut se produire derrière...

De sérieuses similitudes entre le WIPP et CIGÉO/Bure...

Impossible de ne pas faire le parallèle avec CIGÉO, le "très grand frère" du WIPP (garanti à l’origine pour 10 000 ans et stoppé au bout de 15 ans). Au WIPP, 96% des déchets sont des FAVL (Faible Activité à Vie Longue). Le souci de réaction oxydant/réducteur (bitumes/nitrate d’ammonium par exemple) est posé de façon cruciale par les déchets MAVL (Moyenne Activité à Vie Longue) qui sont prévus à CIGÉO/Bure en très très grande quantité. Il s’agit de déchets très irradiants, inapprochables. Le scénario du WIPP serait pratiquement ingérable dans CIGÉO.

Quels décideurs et politiques vont enfin prendre conscience que concentrer des milliers de fûts de déchets nucléaires au fond de galeries, inaccessibles au moindre problème, c’est rassembler tous les ingrédients pour une catastrophe environnementale ?

Bure Stop
Extrait de la brochure Bure Stop 2014

Le WIPP est conçu pour accueillir, au sein de cavités creusées dans du sel à environ 660 mètres de profondeur, 176000 m3 de déchets dits transuraniens (contenant notamment de l’américium et du plutonium), issus d’activités nucléaires de défense (recherches militaires et production d’armes nucléaires). Cette installation est en exploitation depuis mars 1999.

Areva a été retenu en 2007 au sein du consortium chargé par le Département de l’Énergie des États-Unis (DOE) de la gestion et de l’exploitation du site de stockage WIPP, au Nouveau-Mexique.

L’impensable est arrivé

Le 5 février 2014, un incendie sur un camion se déclare à 650 mètres de profondeur dans la zone nord du centre d’enfouissement de déchets nucléaires militaires américains du WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) au Nouveau-Mexique.

Le 14 février, zone sud, une balise d’alerte entre en fonction sous l’action de rejets radioactifs. Il semblerait qu’un ou plusieurs des 258 colis de déchets enfouis (dans la salle 7, zone 7) soient la source des rejets radioactifs et chimiques.

La radioactivité a parcouru 900 m de tunnels et une distance d’au moins 2,4 km comprise entre la zone des rejets et la station de surveillance de l’air en surface mise en alerte. De l’américium 241, du plutonium 239 et 240 sont retrouvés dans des filtres. 21 employés du WIPP sont informés qu’ils ont été testés positifs à une contamination radiologique interne, principalement à l’américium 241. Une grande inquiétude saisit les riverains qui déplorent le manque d’informations claires et exactes. À savoir que la détection des poussières aériennes de plutonium et d’américium est complexe, longue et coûteuse. La ville proche, Carlsbad, exige des explications, la presse du Nouveau-Mexique est alarmante...

Selon Don Hancock, expert, le 22 mars, "un mois après les faits, nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé. Des rejets contaminants pourraient encore se produire. De plus, la quantité de radioactivité rejetée dans l’atmosphère peut être à jamais inconnue". L’ampleur des dégâts souterrains matériels est quasi impossible à évaluer tout comme les moyens à mettre en œuvre. L’information officielle se veut rassurante et minimisatrice mais le public n’a pas confiance. Quelles sont les causes exactes du sinistre (explosion, effondrement d’une voûte dans la formation géologique de sel ?), les quantité et nature des rejets contaminants ; le taux de contamination de l’environnement en surface et sous terre... Quelles suites à envisager ? Le site est fermé provisoirement, aller voir ce qui se passe au fond semble d’une grande complexité et dangerosité... Le puits d’accès principal est hors service à cause des dépôts de suie sur l’équipement électronique.

On ne sait toujours pas ce qui s’est passé

Tout le mois d’avril, le Département de l’Énergie (DOE) envoie des employés, en combinaison étanche et équipés d’appareils respiratoires, dans la structure souterraine afin de mener des investigations sur la cause et l’étendue de cette fuite radioactive mystérieuse. Les conditions de recherche sont longues, difficiles et dangereuses.

Le centre étant fermé, le DOE envoie jusqu’à 10 camions par semaine de déchets - destinés au stockage WIPP - au centre de stockage de déchets faible activité du Texas situé dans le comté d’Andrews. Prévus pour être stockés pendant au maximum un an, ce délai est allongé, ce que contestent certains représentants politiques et associatifs environnementaux locaux.

Fin mai 2014, la raison de l’accident n’est toujours pas connue avec précision : réactions exothermiques dans un ou quelques fûts de déchets entre un oxydant et un réducteur ? Sont annoncés de 18 mois à 3 ans de fermeture du centre d’enfouissement. Le fût retrouvé ouvert en zone 7 témoigne d’un manque de stabilité chimique pour ce type de déchets FAVL ou MAVL. Or il y en a de même nature dans une zone déjà remplie et fermée provisoirement. Le maire de Carlsbad et le ministère de l’Environnement du Nouveau Mexique exigent le bouclage définitif de celle-ci. Ils ont peur que l’accident se reproduise à plus grande échelle... Preuve magistrale que la réversibilité est une promesse impossible. Fermer définitivement dans ce cas précis est une solution à très court terme, qui ne résoud rien : que va-t-il advenir derrière les scellements ? La réaction exothermique peut se produire derrière...

De sérieuses similitudes entre le WIPP et CIGÉO/Bure...

Impossible de ne pas faire le parallèle avec CIGÉO, le "très grand frère" du WIPP (garanti à l’origine pour 10 000 ans et stoppé au bout de 15 ans). Au WIPP, 96% des déchets sont des FAVL (Faible Activité à Vie Longue). Le souci de réaction oxydant/réducteur (bitumes/nitrate d’ammonium par exemple) est posé de façon cruciale par les déchets MAVL (Moyenne Activité à Vie Longue) qui sont prévus à CIGÉO/Bure en très très grande quantité. Il s’agit de déchets très irradiants, inapprochables. Le scénario du WIPP serait pratiquement ingérable dans CIGÉO.

Quels décideurs et politiques vont enfin prendre conscience que concentrer des milliers de fûts de déchets nucléaires au fond de galeries, inaccessibles au moindre problème, c’est rassembler tous les ingrédients pour une catastrophe environnementale ?

Bure Stop
Extrait de la brochure Bure Stop 2014



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Incidents / Accidents Pollution radioactive Déchets radioactifs Bure - CIGEO