Réseau Sortir du nucléaire
BoutiqueAgendaFaire un donEN

Sortir du nucléaire n°24

Juin 2004

Dans le monde

Marché noir du nucléaire

Juin 2004




L’ONU dépassée par l’ampleur du trafic

Un coup de tonnerre. C’est l’effet produit par le repentir du “père de la bombe” pakistanaise sur l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’agence spécialisée de l’ONU établie à Vienne. Les aveux du docteur Khan concernant l’existence d’un “marché noir” international de la prolifération nucléaire sont venus étayer les déclarations récentes de la Libye à l’AIEA.



Stupéfiantes révélations

Soucieux d’un retour en grâce sur la scène internationale, le colonel Mouammar Kadhafi avait autorisé ses ingénieurs à faire de stupéfiantes révélations aux inspecteurs onusiens : dans le cadre d’un trafic beaucoup plus développé qu’on ne l’imaginait, les plans, les schémas, les pièces détachées, les conseillers du programme nucléaire libyen provenaient de trois continents différents au moins. Un réseau dense de fournisseurs industriels européens, asiatiques, sud-américains, des entreprises malaisiennes, japonaises, allemandes et espagnoles, comme le révélait le quotidien El Pais dans son édition de lundi. Dubaï, dans les Emirats arabes unis, a été identifié comme la plaque tournante du trafic de composants destinés au processus d’enrichissement de l’uranium.

Face à ces révélations en cascade, le directeur de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, l’humeur sombre, n’a pas mâché ses mots. “Le Dr. Khan est pour nous la partie émergée de l’iceberg. (...) Il ne travaillait pas seul (et) il nous faut aller à présent jusqu’au bout. Nous devons savoir qui produisait les centrifugeuses.” Ces instruments servent à fabriquer de l’uranium hautement enrichi destiné aux bombes nucléaires. L’affaire a choqué l’Agence de Vienne. Si certains renseignements étaient connus de manière parcellaire des services de renseignement occidentaux, c’est l’ampleur du trafic et le nombre d’intervenants qui surprend. Le faisceau d’informations en provenance d’Islamabad et de Tripoli devrait entraîner l’AIEA dans un gigantesque travail d’investigation planétaire : l’Europe, l’Amérique du Sud et “certains pays d’Asie, dont on ne soupçonnait jusqu’alors pas les compétences en matière de technologie nucléaire”, note un diplomate occidental.

A la lumière de ces développements, les inspections en Iran pourraient, elles, prendre un nouveau tour. Il faut s’attendre à “des questions plus pointues, des visites plus ciblées”, note un diplomate occidental. A quinze jours de la remise du rapport des inspecteurs sur l’Iran au Conseil des gouverneurs de l’AIEA, les Etats-Unis, eux, marchent sur des œufs. “Il est fort probable que, grâce au même réseau de fournisseurs, l’Iran ait acquis les mêmes compétences que la Libye en matière nucléaire. C’est pourquoi la pression doit rester forte sur ces deux pays”, estime-t-on du côté américain.

Comment trouver une aiguille dans une meule de foin

L’AIEA doit relever un défi qui, peut-être, la dépasse. Les transferts de technologie en cause proviennent d’industries de pointe, qui exportent des biens dits “à double usage”, à vocation civile mais pouvant faire l’objet d’applications militaires. C’est le cas dans le domaine de la métallurgie, de l’exploitation de gaz, mais aussi du nucléaire. “Concrètement, cela signifie que nous ne cherchons plus des missiles assemblés et dissimulés dans des cales de bateaux, mais des pièces parfois extrêmement petites, pouvant servir à de nombreux usages civils”, remarque un expert à Vienne.

Face au danger mondial de prolifération nucléaire, l’AIEA prône une révision commune du système de contrôle de ces exportations “sensibles”, et certainement une “responsabilisation” des pays dernièrement mis en cause. Sans guère plus d’espoir que de trouver une aiguille dans une meule de foin.

Maurin Picard

Le Figaro - 11 février 2004

Stupéfiantes révélations

Soucieux d’un retour en grâce sur la scène internationale, le colonel Mouammar Kadhafi avait autorisé ses ingénieurs à faire de stupéfiantes révélations aux inspecteurs onusiens : dans le cadre d’un trafic beaucoup plus développé qu’on ne l’imaginait, les plans, les schémas, les pièces détachées, les conseillers du programme nucléaire libyen provenaient de trois continents différents au moins. Un réseau dense de fournisseurs industriels européens, asiatiques, sud-américains, des entreprises malaisiennes, japonaises, allemandes et espagnoles, comme le révélait le quotidien El Pais dans son édition de lundi. Dubaï, dans les Emirats arabes unis, a été identifié comme la plaque tournante du trafic de composants destinés au processus d’enrichissement de l’uranium.

Face à ces révélations en cascade, le directeur de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, l’humeur sombre, n’a pas mâché ses mots. “Le Dr. Khan est pour nous la partie émergée de l’iceberg. (...) Il ne travaillait pas seul (et) il nous faut aller à présent jusqu’au bout. Nous devons savoir qui produisait les centrifugeuses.” Ces instruments servent à fabriquer de l’uranium hautement enrichi destiné aux bombes nucléaires. L’affaire a choqué l’Agence de Vienne. Si certains renseignements étaient connus de manière parcellaire des services de renseignement occidentaux, c’est l’ampleur du trafic et le nombre d’intervenants qui surprend. Le faisceau d’informations en provenance d’Islamabad et de Tripoli devrait entraîner l’AIEA dans un gigantesque travail d’investigation planétaire : l’Europe, l’Amérique du Sud et “certains pays d’Asie, dont on ne soupçonnait jusqu’alors pas les compétences en matière de technologie nucléaire”, note un diplomate occidental.

A la lumière de ces développements, les inspections en Iran pourraient, elles, prendre un nouveau tour. Il faut s’attendre à “des questions plus pointues, des visites plus ciblées”, note un diplomate occidental. A quinze jours de la remise du rapport des inspecteurs sur l’Iran au Conseil des gouverneurs de l’AIEA, les Etats-Unis, eux, marchent sur des œufs. “Il est fort probable que, grâce au même réseau de fournisseurs, l’Iran ait acquis les mêmes compétences que la Libye en matière nucléaire. C’est pourquoi la pression doit rester forte sur ces deux pays”, estime-t-on du côté américain.

Comment trouver une aiguille dans une meule de foin

L’AIEA doit relever un défi qui, peut-être, la dépasse. Les transferts de technologie en cause proviennent d’industries de pointe, qui exportent des biens dits “à double usage”, à vocation civile mais pouvant faire l’objet d’applications militaires. C’est le cas dans le domaine de la métallurgie, de l’exploitation de gaz, mais aussi du nucléaire. “Concrètement, cela signifie que nous ne cherchons plus des missiles assemblés et dissimulés dans des cales de bateaux, mais des pièces parfois extrêmement petites, pouvant servir à de nombreux usages civils”, remarque un expert à Vienne.

Face au danger mondial de prolifération nucléaire, l’AIEA prône une révision commune du système de contrôle de ces exportations “sensibles”, et certainement une “responsabilisation” des pays dernièrement mis en cause. Sans guère plus d’espoir que de trouver une aiguille dans une meule de foin.

Maurin Picard

Le Figaro - 11 février 2004



Thèmes
Nucléaire militaire