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Sortir du nucléaire n°55

Automne 2012

Nucléaire militaire

Libérons la France des armes nucléaires

Automne 2012




L’emploi de l’arme nucléaire, affirme la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961, est "un crime contre l’Humanité et la civilisation". Dès lors que l’emploi serait un crime contre l’Humanité, la menace de l’emploi, et donc la dissuasion, est d’ores et déjà criminelle. Par ailleurs, le simple réalisme nous oblige à reconnaître que l’arme nucléaire ne nous protège d’aucune des menaces qui peuvent peser sur notre sécurité. La dissuasion nucléaire est immorale, irréaliste, dangereuse et coûteuse. Elle est inutile en temps de paix, parce qu’elle est inutilisable en temps de crise. Le passage raisonnable à l’acte nucléaire est impossible tout simplement parce qu’il est impensable. Le moindre des actes nucléaires provoquerait une catastrophe humaine aux conséquences irréparables.

Face aux immenses dangers de la prolifération des armes nucléaires, la raison exige leur élimination mondiale. Cependant, le réalisme nous oblige à prendre acte qu’il est illusoire de demander aux dirigeants politiques des États dotés de négocier un accord multilatéral de désarmement mondial. Une telle demande est vouée à l’échec. Sur cette question de l’arme nucléaire, les dirigeants politiques sont frappés d’un véritable "autisme" : enfermés dans leur propre monde, aveuglés par leur désir de puissance, ils sont incapables de voir et d’entendre la réalité. Convaincus qu’il est de leur plus haut intérêt de posséder ces armes, ils ne cessent, d’année en année, d’investir des milliards pour les moderniser.

Ainsi, le désarmement nucléaire mondial est actuellement inimaginable. Il est à la fois nécessaire et impossible, pour l’heure et pour longtemps. Pour trop longtemps. Sera-t-il possible un jour ? Nul ne peut le dire et il ne faut pas injurier l’avenir. Aussi bien, dès aujourd’hui, parce que l’arme nucléaire n’est pas un moyen légitime de défense, mais une arme criminelle qui ne garantit pas la paix mais la menace, les citoyens des États dotés ont la responsabilité éthique et politique de refuser de s’accommoder plus longtemps de la préméditation du crime nucléaire. Il leur appartient de se mobiliser pour contraindre démocratiquement les dirigeants politiques de leur pays à renoncer à l’arme nucléaire.

En tant que citoyens français, nous ne sommes pas directement responsables du désarmement mondial ; par contre, nous le sommes entièrement du désarmement de la France. Il serait incohérent que pendant nos discours sur le désarmement mondial, nous laissions continuer les travaux pour la mise en œuvre de l’armement français. C’est pourquoi, ici et maintenant, il est de notre responsabilité de vouloir dès à présent le désarmement nucléaire unilatéral de la France. Le renoncement au nucléaire militaire peut être inconditionnel dès aujourd’hui. Contrairement au nucléaire civil, aucune alternative n’est nécessaire et aucune transition ne s’impose. La notion de renoncement progressif au nucléaire militaire n’a aucun sens, ni du point de vue éthique, ni du point de vue politique, ni du point de vue stratégique. Le dogme idéologique de l’État tout-puissant voudrait nous faire croire que la dissuasion nucléaire est indissociable de notre statut de grande puissance. En réalité, si la France décidait de renoncer à l’arme nucléaire, la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes et de nombreux peuples salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

La dissuasion nucléaire peut nous apparaître comme une fatalité de l’histoire. Nul, disent les sots, ne désinventera l’arme nucléaire. Mais en réalité c’est une fatalité tout entière construite de mains d’hommes. Ce qui signifie que les hommes, avec leurs mains nues, peuvent la déconstruire.

Jean-Marie Muller

Écrivain et philosophe, Jean-Marie Muller est porte-parole national du Mouvement pour une Alternative Non-violente. Le MAN organise une campagne en faveur du désarmement nucléaire unilatéral de la France : www.francesansarmesnucleaires.fr

L’emploi de l’arme nucléaire, affirme la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961, est "un crime contre l’Humanité et la civilisation". Dès lors que l’emploi serait un crime contre l’Humanité, la menace de l’emploi, et donc la dissuasion, est d’ores et déjà criminelle. Par ailleurs, le simple réalisme nous oblige à reconnaître que l’arme nucléaire ne nous protège d’aucune des menaces qui peuvent peser sur notre sécurité. La dissuasion nucléaire est immorale, irréaliste, dangereuse et coûteuse. Elle est inutile en temps de paix, parce qu’elle est inutilisable en temps de crise. Le passage raisonnable à l’acte nucléaire est impossible tout simplement parce qu’il est impensable. Le moindre des actes nucléaires provoquerait une catastrophe humaine aux conséquences irréparables.

Face aux immenses dangers de la prolifération des armes nucléaires, la raison exige leur élimination mondiale. Cependant, le réalisme nous oblige à prendre acte qu’il est illusoire de demander aux dirigeants politiques des États dotés de négocier un accord multilatéral de désarmement mondial. Une telle demande est vouée à l’échec. Sur cette question de l’arme nucléaire, les dirigeants politiques sont frappés d’un véritable "autisme" : enfermés dans leur propre monde, aveuglés par leur désir de puissance, ils sont incapables de voir et d’entendre la réalité. Convaincus qu’il est de leur plus haut intérêt de posséder ces armes, ils ne cessent, d’année en année, d’investir des milliards pour les moderniser.

Ainsi, le désarmement nucléaire mondial est actuellement inimaginable. Il est à la fois nécessaire et impossible, pour l’heure et pour longtemps. Pour trop longtemps. Sera-t-il possible un jour ? Nul ne peut le dire et il ne faut pas injurier l’avenir. Aussi bien, dès aujourd’hui, parce que l’arme nucléaire n’est pas un moyen légitime de défense, mais une arme criminelle qui ne garantit pas la paix mais la menace, les citoyens des États dotés ont la responsabilité éthique et politique de refuser de s’accommoder plus longtemps de la préméditation du crime nucléaire. Il leur appartient de se mobiliser pour contraindre démocratiquement les dirigeants politiques de leur pays à renoncer à l’arme nucléaire.

En tant que citoyens français, nous ne sommes pas directement responsables du désarmement mondial ; par contre, nous le sommes entièrement du désarmement de la France. Il serait incohérent que pendant nos discours sur le désarmement mondial, nous laissions continuer les travaux pour la mise en œuvre de l’armement français. C’est pourquoi, ici et maintenant, il est de notre responsabilité de vouloir dès à présent le désarmement nucléaire unilatéral de la France. Le renoncement au nucléaire militaire peut être inconditionnel dès aujourd’hui. Contrairement au nucléaire civil, aucune alternative n’est nécessaire et aucune transition ne s’impose. La notion de renoncement progressif au nucléaire militaire n’a aucun sens, ni du point de vue éthique, ni du point de vue politique, ni du point de vue stratégique. Le dogme idéologique de l’État tout-puissant voudrait nous faire croire que la dissuasion nucléaire est indissociable de notre statut de grande puissance. En réalité, si la France décidait de renoncer à l’arme nucléaire, la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes et de nombreux peuples salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

La dissuasion nucléaire peut nous apparaître comme une fatalité de l’histoire. Nul, disent les sots, ne désinventera l’arme nucléaire. Mais en réalité c’est une fatalité tout entière construite de mains d’hommes. Ce qui signifie que les hommes, avec leurs mains nues, peuvent la déconstruire.

Jean-Marie Muller

Écrivain et philosophe, Jean-Marie Muller est porte-parole national du Mouvement pour une Alternative Non-violente. Le MAN organise une campagne en faveur du désarmement nucléaire unilatéral de la France : www.francesansarmesnucleaires.fr



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