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Sortir du nucléaire n°42

Mai 2009

Analyse

Combattre le nucléaire et les OGM Deux technologies, une seule logique : le technocapitalisme

Mai 2009




Nucléaire, OGM, nanotechnologies, biométrie, ondes électromagnétiques, caméras de surveillance, drones… autant de technologies qui nous cernent chaque jour un peu plus. Pourtant, l’espoir n’est vraiment pas perdu.



Le système qui sécrète ces technologies mortifères, mises en œuvre dans le seul but de nous asservir, entre dans une crise majeure. Leur prolifération est l’aveu de son échec fondamental : le système n’espère plus survivre qu’en nous faisant peur, par la répression. Il cherche à nous faire accepter son contrôle total, sous prétexte de nous garantir la sûreté des personnes et la sécurité matérielle – toutes deux hypothétiques et égoïstes.

Nécessité du contrôle répressif

La nécessité du contrôle répressif est depuis longtemps une donnée essentielle de l’imposition du nucléaire civil dans notre pays. Ce contrôle, social, policier, antidémocratique, est un point commun remarquable, et sans doute le plus facile à mettre en évidence, entre nucléaire, OGM et autres “nécrotechnologies”. Le nucléaire pose en effet le problème fondamental d’un contrôle social de type policier, a priori sans limites temporelles puisque les États nucléarisés, durant les millénaires qui viennent, devront empêcher l’utilisation à des fins terroristes des déchets radioactifs produits par les centrales. Quant aux OGM, le contrôle qu’ils induisent est tout aussi fort, bien qu’il ne soit pas du même ordre que celui que réclame le nucléaire. Cette fois, leur hypothétique extension planétaire aboutirait à “rationaliser” la production vivrière en contrôlant les flux de nourriture dans un but politique bien plus qu’économique. “Contrôle” signifie ici “pouvoir de limiter, voire de stopper les échanges au niveau mondial”. C’est toujours la même idéologie du contrôle, du pouvoir, qui est à l’œuvre, contre l’imagination et la liberté humaines. Les OGM sont une arme alimentaire de cauchemar : les technoscientistes ont inventé là une façon scientifique de réduire à la famine des centaines de millions de paysans si les règles du commerce international restent ce qu’elles sontaujourd’hui, c’est-à-dire si continuent de s’appliquer les droits des prétendues propriétés intellectuelle et industrielle.

Cependant, tant en ce qui concerne le nucléaire que les OGM, il faut être lucide. Le risque d’une utilisation des déchets nucléaires à des fins terroristes n’est qu’éventuel. L’État se sert de cette menace comme d’un épouvantail pour inviter la population à accepter ici et dès maintenant des lois policières. Relevant de cette logique, un arrêté du 24 juillet 2003 (abrogé en janvier 2004 après une forte mobilisation) classait ainsi "secret défense" toute information relative au nucléaire - ce qui aurait permis de poursuivre en justice les opposants qui divulguent ces informations. Les OGM ne sont eux aussi qu’une menace de famine éventuelle puisque leur imposition n’est pas du tout acquise à l’échelle mondiale, et n’a pour l’instant fonctionné qu’aux États-Unis, au Canada et en Argentine. Partout ailleurs, la lutte continue et est loin d’être perdue. Elle est cependant impérative : il y avait 963 millions de personnes sous-alimentées dans le monde fin 2008, soit 120 millions de plus qu’en 2005.

Autre point commun : les OGM sont, comme le nucléaire, le résultat d’une technologie d’une complexité inouïe. Ce faisant, le nucléaire et les OGM échappent à la possibilité d’un débat démocratique. Il est évident que l’on ne peut attendre de la population qu’elle prenne une décision, pour ou contre, en toute connaissance de cause, pour une raison bien simple : une explication du nucléaire comme des OGM n’est pas réductible à un plus petit dénominateur commun de connaissances partagé par tous. Nous ne pouvons pas tous comprendre comment fonctionne un réacteur nucléaire dans le détail, ni comment s’effectue la transgénèse. Cela entraîne deux conséquences majeures.

Antidémocratiques

Tout d’abord, les OGM comme le nucléaire supposent un pouvoir politique qui décide de passer outre l’opinion populaire ; le nucléaire, les biotechnologies ou les nanotechnologies sont par essence antidémocratiques. Pas seulement “non démocratiques”, mais bien antidémocratiques car ces technologies sont nécessairement imposées en dehors de toute réflexion large et populaire, étant donné que le peuple n’est pas formé pour comprendre le fonctionnement desdites technologies. Tout le monde ne peut pas avoir un mastère de physique nucléaire ou d’agronomie, et c’est tant mieux : dans le “système technicien”, ce n’est pas seulement le système qui est oppresseur, l’idolâtrie de la technologie et le pouvoir des experts le sont tout autant.

Seconde conséquence majeure : le refus du nucléaire comme des OGM peut être (doit être, même !) avant tout politique justement parce que l’une et l’autre technologies nient de fait toute possibilité d’utilisation et de maîtrise démocratique. L’écologie devrait redevenir une politique globale, mais pas au sens des boutiquiers de la politique politicienne ; plutôt une politique au sens le plus profond, d’envergure globale, visant ni plus ni moins qu’à l’émancipation de l’être humain. La radicalisation de nos luttes est la voie la plus réaliste. C’est bien à la racine de ces technologies que nous avons notre mot à dire : critique du pouvoir qui s’impose contre le peuple, critique des scientifiques mercenaires qui servent le pouvoir économique et les lobbies sans aucune réflexion philosophique et politique, alors même que les technologies qu’ils développent ont des implications sociales majeures et contrarient les perspectives d’émancipation humaine.

Nous pourrions avoir l’impression que les scientifiques qui promeuvent le nucléaire et les OGM ont perdu la raison. Le nucléaire engage l’humanité pour des milliers d’années dans la surveillance des déchets les plus toxiques qui se puissent imaginer ; les OGM, s’ils se généralisent, seront la cause des plus gigantesques famines de l’époque moderne. Les rendements des OGM en plein champ baissent au bout de trois ou quatre campagnes et sont inférieurs à ceux des variétés indigènes ou hybrides ; ils nécessitent l’emploi de plus importantes quantités de pesticides au fur et à mesure de leur extension ; ils constituent l’atteinte sans doute la plus grave jamais portée à la biodiversité… Ces données (1), que plus personne ne peut contester, étaient des certitudes, ou en tout cas des probabilités fortes, avant même la mise sur le marché des OGM. Aucun principe de précaution n’a été respecté, pas plus que dans le cas du nucléaire. Hélas, les scientifiques qui propagent les absurdités nucléaires et transgéniques ne sont pas fous : leurs constructions abracadabrantes sont en parfaite cohérence avec le système productiviste et technicien.
C’est pourquoi toute critique des OGM comme du nucléaire débouche sur une critique politique radicale de ce système, et une redéfinition complète du rôle et de la place des scientifiques dans une société humaine émancipée.
OGM semences politiques

L’objet de cet ouvrage n’est pas d’analyser les OGM d’un point de vue scientifique, ce qui a déjà été fait de façon remarquable (Berlan, Séralini, Vélot…). Il s’agit plutôt de montrer en quoi cette technologie est avant tout politique et anti-émancipatrice, et que le contrôle des flux de nourriture qu’elle rend possible est une arme de type dictatorial, et en aucun cas une façon de “nourrir toute l’humanité”, comme le prétend le lobby des biotechnologies. L’ouvrage donne de nombreuses pistes de réflexion montrant que le combat est loin d’être perdu, et que la condamnation et le rejet des OGM doivent devenir l’un des objectifs fondamentaux de tout mouvement visant l’émancipation humaine, de même que la lutte antinucléaire.

OGM, semences politiques, Editions Homnisphères, 2008, 110 pages, 10 euros.
Philippe Godard

Auteur de OGM, semences politiques

1. Souvent empruntées à Inf’OGM (www.infogm.org), ces données sont issues du livre OGM, semences politiques.

Le système qui sécrète ces technologies mortifères, mises en œuvre dans le seul but de nous asservir, entre dans une crise majeure. Leur prolifération est l’aveu de son échec fondamental : le système n’espère plus survivre qu’en nous faisant peur, par la répression. Il cherche à nous faire accepter son contrôle total, sous prétexte de nous garantir la sûreté des personnes et la sécurité matérielle – toutes deux hypothétiques et égoïstes.

Nécessité du contrôle répressif

La nécessité du contrôle répressif est depuis longtemps une donnée essentielle de l’imposition du nucléaire civil dans notre pays. Ce contrôle, social, policier, antidémocratique, est un point commun remarquable, et sans doute le plus facile à mettre en évidence, entre nucléaire, OGM et autres “nécrotechnologies”. Le nucléaire pose en effet le problème fondamental d’un contrôle social de type policier, a priori sans limites temporelles puisque les États nucléarisés, durant les millénaires qui viennent, devront empêcher l’utilisation à des fins terroristes des déchets radioactifs produits par les centrales. Quant aux OGM, le contrôle qu’ils induisent est tout aussi fort, bien qu’il ne soit pas du même ordre que celui que réclame le nucléaire. Cette fois, leur hypothétique extension planétaire aboutirait à “rationaliser” la production vivrière en contrôlant les flux de nourriture dans un but politique bien plus qu’économique. “Contrôle” signifie ici “pouvoir de limiter, voire de stopper les échanges au niveau mondial”. C’est toujours la même idéologie du contrôle, du pouvoir, qui est à l’œuvre, contre l’imagination et la liberté humaines. Les OGM sont une arme alimentaire de cauchemar : les technoscientistes ont inventé là une façon scientifique de réduire à la famine des centaines de millions de paysans si les règles du commerce international restent ce qu’elles sontaujourd’hui, c’est-à-dire si continuent de s’appliquer les droits des prétendues propriétés intellectuelle et industrielle.

Cependant, tant en ce qui concerne le nucléaire que les OGM, il faut être lucide. Le risque d’une utilisation des déchets nucléaires à des fins terroristes n’est qu’éventuel. L’État se sert de cette menace comme d’un épouvantail pour inviter la population à accepter ici et dès maintenant des lois policières. Relevant de cette logique, un arrêté du 24 juillet 2003 (abrogé en janvier 2004 après une forte mobilisation) classait ainsi "secret défense" toute information relative au nucléaire - ce qui aurait permis de poursuivre en justice les opposants qui divulguent ces informations. Les OGM ne sont eux aussi qu’une menace de famine éventuelle puisque leur imposition n’est pas du tout acquise à l’échelle mondiale, et n’a pour l’instant fonctionné qu’aux États-Unis, au Canada et en Argentine. Partout ailleurs, la lutte continue et est loin d’être perdue. Elle est cependant impérative : il y avait 963 millions de personnes sous-alimentées dans le monde fin 2008, soit 120 millions de plus qu’en 2005.

Autre point commun : les OGM sont, comme le nucléaire, le résultat d’une technologie d’une complexité inouïe. Ce faisant, le nucléaire et les OGM échappent à la possibilité d’un débat démocratique. Il est évident que l’on ne peut attendre de la population qu’elle prenne une décision, pour ou contre, en toute connaissance de cause, pour une raison bien simple : une explication du nucléaire comme des OGM n’est pas réductible à un plus petit dénominateur commun de connaissances partagé par tous. Nous ne pouvons pas tous comprendre comment fonctionne un réacteur nucléaire dans le détail, ni comment s’effectue la transgénèse. Cela entraîne deux conséquences majeures.

Antidémocratiques

Tout d’abord, les OGM comme le nucléaire supposent un pouvoir politique qui décide de passer outre l’opinion populaire ; le nucléaire, les biotechnologies ou les nanotechnologies sont par essence antidémocratiques. Pas seulement “non démocratiques”, mais bien antidémocratiques car ces technologies sont nécessairement imposées en dehors de toute réflexion large et populaire, étant donné que le peuple n’est pas formé pour comprendre le fonctionnement desdites technologies. Tout le monde ne peut pas avoir un mastère de physique nucléaire ou d’agronomie, et c’est tant mieux : dans le “système technicien”, ce n’est pas seulement le système qui est oppresseur, l’idolâtrie de la technologie et le pouvoir des experts le sont tout autant.

Seconde conséquence majeure : le refus du nucléaire comme des OGM peut être (doit être, même !) avant tout politique justement parce que l’une et l’autre technologies nient de fait toute possibilité d’utilisation et de maîtrise démocratique. L’écologie devrait redevenir une politique globale, mais pas au sens des boutiquiers de la politique politicienne ; plutôt une politique au sens le plus profond, d’envergure globale, visant ni plus ni moins qu’à l’émancipation de l’être humain. La radicalisation de nos luttes est la voie la plus réaliste. C’est bien à la racine de ces technologies que nous avons notre mot à dire : critique du pouvoir qui s’impose contre le peuple, critique des scientifiques mercenaires qui servent le pouvoir économique et les lobbies sans aucune réflexion philosophique et politique, alors même que les technologies qu’ils développent ont des implications sociales majeures et contrarient les perspectives d’émancipation humaine.

Nous pourrions avoir l’impression que les scientifiques qui promeuvent le nucléaire et les OGM ont perdu la raison. Le nucléaire engage l’humanité pour des milliers d’années dans la surveillance des déchets les plus toxiques qui se puissent imaginer ; les OGM, s’ils se généralisent, seront la cause des plus gigantesques famines de l’époque moderne. Les rendements des OGM en plein champ baissent au bout de trois ou quatre campagnes et sont inférieurs à ceux des variétés indigènes ou hybrides ; ils nécessitent l’emploi de plus importantes quantités de pesticides au fur et à mesure de leur extension ; ils constituent l’atteinte sans doute la plus grave jamais portée à la biodiversité… Ces données (1), que plus personne ne peut contester, étaient des certitudes, ou en tout cas des probabilités fortes, avant même la mise sur le marché des OGM. Aucun principe de précaution n’a été respecté, pas plus que dans le cas du nucléaire. Hélas, les scientifiques qui propagent les absurdités nucléaires et transgéniques ne sont pas fous : leurs constructions abracadabrantes sont en parfaite cohérence avec le système productiviste et technicien.
C’est pourquoi toute critique des OGM comme du nucléaire débouche sur une critique politique radicale de ce système, et une redéfinition complète du rôle et de la place des scientifiques dans une société humaine émancipée.
OGM semences politiques

L’objet de cet ouvrage n’est pas d’analyser les OGM d’un point de vue scientifique, ce qui a déjà été fait de façon remarquable (Berlan, Séralini, Vélot…). Il s’agit plutôt de montrer en quoi cette technologie est avant tout politique et anti-émancipatrice, et que le contrôle des flux de nourriture qu’elle rend possible est une arme de type dictatorial, et en aucun cas une façon de “nourrir toute l’humanité”, comme le prétend le lobby des biotechnologies. L’ouvrage donne de nombreuses pistes de réflexion montrant que le combat est loin d’être perdu, et que la condamnation et le rejet des OGM doivent devenir l’un des objectifs fondamentaux de tout mouvement visant l’émancipation humaine, de même que la lutte antinucléaire.

OGM, semences politiques, Editions Homnisphères, 2008, 110 pages, 10 euros.
Philippe Godard

Auteur de OGM, semences politiques

1. Souvent empruntées à Inf’OGM (www.infogm.org), ces données sont issues du livre OGM, semences politiques.



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