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Sortir du nucléaire n°47

Automne 2010

Editorial

Trop vite, trop grand, trop complexe : comment sortir de cette crise de société ?

Automne 2010




Une des difficultés du combat pour sortir du nucléaire, c’est la multiplication des sources d’angoisse dans la société contemporaine. Günther Anders le disait déjà dans La Menace nucléaire, “nous avons du mal à identifier la menace nucléaire comme la menace principale”, tant notre environnement nous apparaît menacé de toutes parts : réchauffement climatique, crise bancaire, pollution généralisée, disparition de certaines espèces cruciales pour le développement de la vie. Aujourd’hui cependant une formule paraît résumer cette angoisse multiforme : la vie nous échappe. L’homme, ce prédateur absolu, par ses agressions continuelles, est en train de se mettre hors la loi de la vie même.

Philosophes et sociologues cherchent des raisons et proposent des analyses. “L’homme contemporain remonte désespérément une pente qui s’éboule. Nous fonçons pour rester à la même place dans un présent qui fuit sans cesse” (Hartmut Rosa, Le Monde magazine, 28 août 2010).

Tout va trop vite, tout devient trop grand, trop complexe, la faute à qui : à la fatalité ? au temps qui avale ses enfants ? à la consommation qui nous dévore quand nous croyons en jouir ? aux banques qui nous pillent et qui épuisent les richesses en nous faisant croire qu’elle les créent ?... Il semble qu’à la racine de tous ces maux, il y ait une raison. Un virage qu’a pris notre société, il y a quelques millénaires, quelques siècles, quelques décennies, cela dépend de l’échelle que l’on choisit. L’homme s’est pris pour un démiurge et a cherché sans limites à rentrer au cœur de la matière, à la manipuler, à la maîtriser. Cette manipulation est à l’œuvre dans tous les domaines scientifiques de pointe : nanotechnologies, organismes génétiquement modifiés, biotechnologies – on cherche aujourd’hui à synthétiser le vivant, à créer une trans-humanité – et bien sûr, production d’énergie nucléaire : d’abord à fins militaires, puis aujourd’hui, nous dit-on, à des fins “pacifiques”. Les fins “pacifiques” ont fait leurs preuves avec la catastrophe de Tchernobyl et les mensonges que la société “démocratique“ nous a servis. Les récents incendies en Russie ont montré que rien n’était réglé et que rien n’est sous contrôle, pas même la bourse et les capitaux.

Face à cette épée de Damoclès, le pouvoir technocratique pronucléaire contre-attaque, comme en Allemagne, où, au mépris du danger, on prolonge des centrales vieillissantes en accroissant les risques. Tout cela au nom de la santé de l’économie : l’économie contre la planète, voilà le nouveau mot d’ordre du capitalisme libéral.

Aller plus vite, faire plus grand, avec toujours plus de complexité. Face à ces trois impasses, une seule solution : développer d’autres relations à la matière, d’autres sources d’énergie, d’autres attitudes face à la vie.

Sortir du nucléaire est une étape nécessaire sur ce chemin. C’est la première étape qui va nous permettre d’inverser la spirale mortifère et d’ouvrir à nouveau les yeux sur la vie. La vie qui est respect mutuel, respect des relations entre les différentes formes d’êtres, acceptation par l’homme de sa place dans la nature, pas en son centre mais en son sein.

Michel Boccara
Administrateur suppléant

Une des difficultés du combat pour sortir du nucléaire, c’est la multiplication des sources d’angoisse dans la société contemporaine. Günther Anders le disait déjà dans La Menace nucléaire, “nous avons du mal à identifier la menace nucléaire comme la menace principale”, tant notre environnement nous apparaît menacé de toutes parts : réchauffement climatique, crise bancaire, pollution généralisée, disparition de certaines espèces cruciales pour le développement de la vie. Aujourd’hui cependant une formule paraît résumer cette angoisse multiforme : la vie nous échappe. L’homme, ce prédateur absolu, par ses agressions continuelles, est en train de se mettre hors la loi de la vie même.

Philosophes et sociologues cherchent des raisons et proposent des analyses. “L’homme contemporain remonte désespérément une pente qui s’éboule. Nous fonçons pour rester à la même place dans un présent qui fuit sans cesse” (Hartmut Rosa, Le Monde magazine, 28 août 2010).

Tout va trop vite, tout devient trop grand, trop complexe, la faute à qui : à la fatalité ? au temps qui avale ses enfants ? à la consommation qui nous dévore quand nous croyons en jouir ? aux banques qui nous pillent et qui épuisent les richesses en nous faisant croire qu’elle les créent ?... Il semble qu’à la racine de tous ces maux, il y ait une raison. Un virage qu’a pris notre société, il y a quelques millénaires, quelques siècles, quelques décennies, cela dépend de l’échelle que l’on choisit. L’homme s’est pris pour un démiurge et a cherché sans limites à rentrer au cœur de la matière, à la manipuler, à la maîtriser. Cette manipulation est à l’œuvre dans tous les domaines scientifiques de pointe : nanotechnologies, organismes génétiquement modifiés, biotechnologies – on cherche aujourd’hui à synthétiser le vivant, à créer une trans-humanité – et bien sûr, production d’énergie nucléaire : d’abord à fins militaires, puis aujourd’hui, nous dit-on, à des fins “pacifiques”. Les fins “pacifiques” ont fait leurs preuves avec la catastrophe de Tchernobyl et les mensonges que la société “démocratique“ nous a servis. Les récents incendies en Russie ont montré que rien n’était réglé et que rien n’est sous contrôle, pas même la bourse et les capitaux.

Face à cette épée de Damoclès, le pouvoir technocratique pronucléaire contre-attaque, comme en Allemagne, où, au mépris du danger, on prolonge des centrales vieillissantes en accroissant les risques. Tout cela au nom de la santé de l’économie : l’économie contre la planète, voilà le nouveau mot d’ordre du capitalisme libéral.

Aller plus vite, faire plus grand, avec toujours plus de complexité. Face à ces trois impasses, une seule solution : développer d’autres relations à la matière, d’autres sources d’énergie, d’autres attitudes face à la vie.

Sortir du nucléaire est une étape nécessaire sur ce chemin. C’est la première étape qui va nous permettre d’inverser la spirale mortifère et d’ouvrir à nouveau les yeux sur la vie. La vie qui est respect mutuel, respect des relations entre les différentes formes d’êtres, acceptation par l’homme de sa place dans la nature, pas en son centre mais en son sein.

Michel Boccara
Administrateur suppléant