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Sortir du nucléaire n°39

Eté 2008

Alternatives

Soyez dans le vent, montrez vos culottes !

Eté 2008




Au nom de l’écologie, un mouvement prônant de faire sécher son linge dehors plutôt qu’en machine émerge aux Etats-Unis.



Propriétaire d’une petite résidence secondaire à la campagne, j’avais deux mots à dire à Bud, mon voisin, qui s’obstinait à étendre son linge dans son jardin. On pouvait pratiquement lire les étiquettes de ses caleçons jaunes depuis notre seuil, et je peux vous dire qu’il ne s’habillait pas chez Calvin Klein. N’avait-il donc jamais entendu parler du sèche-linge ?

Réhabiliter le séchoir à linge
Mais, au fond, si c’était moi qui étais en retard sur mon époque, et non pas Bud ?
Il m’a fallu un peu de temps avant de le remarquer, mais une nouvelle mode semble s’être emparée de tout le nord des Etats-Unis pour réhabiliter le vénérable séchoir et abandonner le sèche linge. Les épingles à linge font leur grand retour. Tout cela naturellement pour lutter contre le réchauffement climatique.

La revanche de la corde à linge a soudainement éveillé l’attention de l’Amérique. Tout a commencé avec un groupe de militants du New Hampshire, dénommé Project Laundry List. Leur objectif est d’éduquer les foules. Pris par le cours tumultueux de nos vies, nous n’avons guère le temps de penser à l’impact environnemental de toutes les machines qui travaillent à notre place, notamment les sèche-linge. Pourtant, nous sommes de plus en plus nombreux à nous préoccuper de notre “empreinte écologique” et des moyens de la réduire. Aux Etats-Unis, les ménages sont responsables de près du quart des gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Aussi, dans un sursaut de conscience écologique, ai-je décidé de n’utiliser que de l’électricité verte [produite par des moyens écologiques : éoliens, solaires ou autres] pour mon appartement de Manhattan. La prochaine étape consistera peut-être à faire comme Bud, à défaut de faire mieux que lui.
Le groupe Project Laundry List vous dira que les sèche-linge représentent près de 6 % de la consommation en énergie d’un foyer américain moyen, juste après les réfrigérateurs et l’éclairage.

Le choix de l’électricité propre fait légèrement augmenter votre facture, mais le retour de la corde à linge ne coûte rien, ce qui devrait lui assurer un plus large succès. En effet, combien d’autres moyens connaissez-vous de réduire gratuitement votre empreinte écologique ? Pourtant, le Right to Dry Movement [Mouvement du droit à étendre son linge] rencontre de la résistance. En réalité, il a même déclenché des conflits dans de nombreuses communautés. A ma gauche, les quelques propriétaires éclairés qui ont compris les méfaits du sèche-linge et installent des cordes à linge et autres séchoirs parapluies ; à ma droite, leurs voisins qui ne supportent pas de voir ces culottes flottant au vent. Pour ceux-là (dont j’ai fait partie), la vue de tout ce linge suspendu dehors dénote une certaine pauvreté et un manque de sophistication.

La résistance s’organise
Ce n’est pas dans les beaux quartiers que les habitants mettraient leur linge à sécher dehors. Grands dieux, cela pourrait même faire baisser la valeur des maisons voisines ! A cela s’ajoute le fait que la plupart des Américains ne sont pas exactement maîtres en leur demeure. Près de 60 millions d’Américains vivent dans des copropriétés dont les résidents sont soumis à toute une série de règles sur le maintien de l’aspect général de la communauté. La plupart des copropriétés interdisent de faire sécher son linge dehors. Mais la révolte a déjà commencé. A Concorde, dans le New Hampshire, Mary Lou Sayer, 80 ans, a demandé la permission d’étendre son linge à l’extérieur de sa maison après avoir entendu une intervention du fondateur de la Project Laundry List, Alexander Lee. Sa requête ayant été refusée, elle accroche son linge au lustre du salon et laisse la fenêtre ouverte. Alexander Lee est persuadé que la corde à linge finira par l’emporter sur l’égoïsme des résidents qui ne veulent “pas de ça chez eux”. Son mouvement tente à présent de convaincre les Etats et les pouvoirs locaux de voter des lois permettant de passer outre aux règlements de copropriété. Des lois pour la défense du séchoir pourraient être adoptées prochainement dans le Vermont, le Connecticut et le Colorado.

David Usborne,
The Independent (extraits), Londres

Propriétaire d’une petite résidence secondaire à la campagne, j’avais deux mots à dire à Bud, mon voisin, qui s’obstinait à étendre son linge dans son jardin. On pouvait pratiquement lire les étiquettes de ses caleçons jaunes depuis notre seuil, et je peux vous dire qu’il ne s’habillait pas chez Calvin Klein. N’avait-il donc jamais entendu parler du sèche-linge ?

Réhabiliter le séchoir à linge
Mais, au fond, si c’était moi qui étais en retard sur mon époque, et non pas Bud ?
Il m’a fallu un peu de temps avant de le remarquer, mais une nouvelle mode semble s’être emparée de tout le nord des Etats-Unis pour réhabiliter le vénérable séchoir et abandonner le sèche linge. Les épingles à linge font leur grand retour. Tout cela naturellement pour lutter contre le réchauffement climatique.

La revanche de la corde à linge a soudainement éveillé l’attention de l’Amérique. Tout a commencé avec un groupe de militants du New Hampshire, dénommé Project Laundry List. Leur objectif est d’éduquer les foules. Pris par le cours tumultueux de nos vies, nous n’avons guère le temps de penser à l’impact environnemental de toutes les machines qui travaillent à notre place, notamment les sèche-linge. Pourtant, nous sommes de plus en plus nombreux à nous préoccuper de notre “empreinte écologique” et des moyens de la réduire. Aux Etats-Unis, les ménages sont responsables de près du quart des gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Aussi, dans un sursaut de conscience écologique, ai-je décidé de n’utiliser que de l’électricité verte [produite par des moyens écologiques : éoliens, solaires ou autres] pour mon appartement de Manhattan. La prochaine étape consistera peut-être à faire comme Bud, à défaut de faire mieux que lui.
Le groupe Project Laundry List vous dira que les sèche-linge représentent près de 6 % de la consommation en énergie d’un foyer américain moyen, juste après les réfrigérateurs et l’éclairage.

Le choix de l’électricité propre fait légèrement augmenter votre facture, mais le retour de la corde à linge ne coûte rien, ce qui devrait lui assurer un plus large succès. En effet, combien d’autres moyens connaissez-vous de réduire gratuitement votre empreinte écologique ? Pourtant, le Right to Dry Movement [Mouvement du droit à étendre son linge] rencontre de la résistance. En réalité, il a même déclenché des conflits dans de nombreuses communautés. A ma gauche, les quelques propriétaires éclairés qui ont compris les méfaits du sèche-linge et installent des cordes à linge et autres séchoirs parapluies ; à ma droite, leurs voisins qui ne supportent pas de voir ces culottes flottant au vent. Pour ceux-là (dont j’ai fait partie), la vue de tout ce linge suspendu dehors dénote une certaine pauvreté et un manque de sophistication.

La résistance s’organise
Ce n’est pas dans les beaux quartiers que les habitants mettraient leur linge à sécher dehors. Grands dieux, cela pourrait même faire baisser la valeur des maisons voisines ! A cela s’ajoute le fait que la plupart des Américains ne sont pas exactement maîtres en leur demeure. Près de 60 millions d’Américains vivent dans des copropriétés dont les résidents sont soumis à toute une série de règles sur le maintien de l’aspect général de la communauté. La plupart des copropriétés interdisent de faire sécher son linge dehors. Mais la révolte a déjà commencé. A Concorde, dans le New Hampshire, Mary Lou Sayer, 80 ans, a demandé la permission d’étendre son linge à l’extérieur de sa maison après avoir entendu une intervention du fondateur de la Project Laundry List, Alexander Lee. Sa requête ayant été refusée, elle accroche son linge au lustre du salon et laisse la fenêtre ouverte. Alexander Lee est persuadé que la corde à linge finira par l’emporter sur l’égoïsme des résidents qui ne veulent “pas de ça chez eux”. Son mouvement tente à présent de convaincre les Etats et les pouvoirs locaux de voter des lois permettant de passer outre aux règlements de copropriété. Des lois pour la défense du séchoir pourraient être adoptées prochainement dans le Vermont, le Connecticut et le Colorado.

David Usborne,
The Independent (extraits), Londres



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