A l’occasion de son rapprochement avec Siemens, Alstom a annoncé qu’il céderait à GE ses coentreprises. Des actifs valorisés 2,6 milliards d’euros. 

L'annonce a visiblement pris de court General Electric (GE). A l'occasion du rapprochement entre Alstom et Siemens, l'équipementier français a annoncé qu'un dividende extraordinaire serait payé aux actionnaires « par les produits des options de vente d'Alstom dans les co-entreprises avec General Electric ». « Il est encore trop tôt aujourd'hui pour nous permettre de nous prononcer sur le sujet, réagit GE. Nous allons examiner cette annonce dans le détail ainsi que les implications éventuelles relatives aux co-entreprises. »

Il y a trois ans, pour tempérer les critiques du gouvernement contre le rachat des activités Energie d'Alstom par l'américain, les deux groupes avaient créé à parts égales deux « alliances » dans les réseaux électriques et les énergies vertes (hydroélectricité, éolien en mer et énergies marines). Et pour protéger les turbines Alstom destinées aux centrales nucléaires d'EDF et Areva, une troisième « alliance » était créée (GEAST, à 20% Alstom et 80% GE), avec une action préférentielle pour l'Etat français et une protection de la propriété intellectuelle. 

3% d'intérêts par an

Selon les accords signés à l'époque, Alstom dispose d'une option pour céder ces actifs à GE dès septembre 2018, soit peu ou prou le moment où il espère finaliser son opération avec Siemens. Le prix est déjà fixé : Alstom récupèrera a minima le prix dépensé pour les alliances dans les réseaux et les renouvelables (respectivement 1,9 milliard d'euros et 600 millions), auquel s'ajouteront 3% d'intérêts par an. 

Si Alstom vend bien ses parts, le droit de veto sur la localisation française du siège des deux entités disparaîtra, mais la liberté de GE ne sera toutefois pas immédiate : le groupe s'est engagé à les conserver dix ans en France. 

 

Côté co-entreprise nucléaire, l'enjeu de la sortie d'Alstom est davantage politique que financier (le prix de cession sera celui du prix d'achat -100 millions- augmenté de 2% par an). 

« On est très tranquille », assure-t-on du côté de l'Etat français. « L'octroi de la propriété intellectuelle de la turbine Arabelle est contrôlé par l'Etat et le dispositif est transféré directement en cas de changement. » Il ne restera toutefois que le représentant de l'Etat au sein du conseil d'administration de GEAST. Et encore faudrait-il le désigner : le premier titulaire de ce mandat, Benjamin Gallezot, est parti début 2017 pour DCNS et n'a pas été remplacé. 

Restructuration lourde

Si GE souhaitait en 2014 prendre la totalité des activités Energie d'Alstom, le rachat des parts d'Alstom représente aujourd'hui un investissement important dans un contexte plus difficile pour l'industriel américain. Selon le document de référence d'Alstom, les trois « alliances » ont enregistré une perte nette de 2,8 milliards d'euros l'an dernier (dont 1,8 milliard dans les énergies vertes) pour un chiffre d'affaires global de 6,3 milliards d'euros. Une perte notamment liée à des effets comptables, mais pas seulement.