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Revue de presse

Juin 2004 / LYON CAPITALE

Lyon mal préparé en cas d’accident nucléaire



Lyon Capitale
25 juin 2004

Risques. En cas d’accident nucléaire, Rhône-Alpes,
l’une des zones les plus nucléarisées de la planète,
ne semble pas très au point pour assurer la sécurité
de ses habitants.

Lyon mal préparé en cas d’accident nucléaire

“ Le Bugey qui pète, c’est Rhône-Alpes en miettes !”.
C’était un des slogans scandés il y a quelques mois
dans les rues de Lyon par les anti-nucléaires inquiets
du renouvellement du parc nucléaire français. Un
slogan qui pourrait d’ailleurs parfaitement coller aux
trois autres centrales et leurs dix réacteurs
dispatchés dans la région. En cas de scénario
catastrophe du style Tchernobyl, que se passerait-il
réellement ?
Sur le papier, tout est prévu pour faire face à un tel
évènement (“peu envisageable”, selon l’autorité de
sûreté nucléaire) : de l’organisation des secours à
l’évacuation des populations en passant par la
distribution d’iode stable, la décontamination, et
l’accueil dans les hôpitaux. EDF, le responsable de la
centrale, met en place son plan d’urgence interne.
“C’est une déclinaison de rôle que tout un chacun doit
tenir” explique Claude Henry, directeur adjoint de la
centrale du Bugey. Soit 80 à 100 personnes d’astreinte
au Bugey, chacun dans sa spécialité, en cas
d’accident. Idem pour le préfet à l’extérieur de la
centrale. Il applique à la lettre des consignes bien
précises. Au final, une procédure administrative ce
qu’il y a de plus simple à suivre en cas de gros
pépin. Mais sur le terrain, en revanche, cela risque
d’être une toute autre paire de manche. “La population
n’a jamais participé à des exercices d’évacuation pour
une destination inconnue ou de confinement. Comment
vont alors réagir les gens en situation réelle ?” se
demande Roland Desbordes, président de la Criirad, un
organisme indépendant de recherche sur la
radioactivité. Gérard Tarall, ancien d’EDF, va même
jusqu’à miser que “certains gars qui sont sur le site
se feront la belle plus vite que prévu !”. Quand il
s’agit de faire évacuer quelques immeubles, c’est une
bonne vieille pagaille, alors on imagine mal, même
avec l’armée en renforts, comment déplacer le million
de personnes de l’agglomération lyonnaise sans semer
un mouvement de panique générale et des embouteillages
monstres. Car il y a fort à parier, qu’en cas
d’accident, nombreux sont ceux qui prendont la poudre
d’escampette sans suivre la consigne numéro 1 de
l’autorité de sûreté nucléaire qui est de rester chez
soi et de se mettre à l’abri.
Une pilule qui passe mal...
Mais c’est l’iode qui posera certainement le plus de
soucis. Destinée à éviter la fixation d’iode 131
radioactif sur la thyroïde (à l’origine de nombreux
cancers), la petite pastille blanche risque fort de
manquer. Seules les populations vivant dans un rayon
de cinq kilomètres autour des centrales ont été
invitées à retirer les comprimés. Les autres sont
priés d’aller se servir dans les pharmacies au plus
vite. Et pour être avoir fait un tour des officines
lyonnaise, il n’y a pas le moindre petite pilule à
l’horizon. “Si on prend l’exemple de Tchernobyl,
défend Philippe Brousse du résau Sortir du nucléaire,
à Lyon on serait très mal. Avec de bons vents, le
nuage radioactif arriverait en moins de trente minutes
à Lyon”. Or, deux heures après son passage, la
protection n’est déjà plus que de 80%... Difficile,
encore une fois, d’imaginer des centaines de milliers
de personnes débouler au même moment dans les 200
pharmacies de Lyon qui seraient alors très vite en
rupture de stock.
.... et seulement cent pompiers
Les moyens matériels et humains manqueraient
certainement aussi. La région ne recense que trois
cellules mobiles d’intervention radiologique
(CMIR)pour quatre centrales. Soit une petite centaine
de sapeurs-pompiers formés aux risques radiologiques
et chimiques. Avec seulement sept d’entre eux qui
peuvent partir chaque jour dans le camion prévu à cet
effet. Un peu maigre pour les quatorze réacteurs
éparpillés en Rhône-Alpes ! Et chose plus étonnante
encore, ces cellules très spéciales doivent, en
théorie, intervenir très rapidement. Pour le Bugey,
par exemple, la CMIR la plus proche se trouve à...
Saint-Priest, soit à cinquante minutes de la
centrale. D’après Roland Ksouri, ancien de la CMIR du
Rhône, “il n’y a eu aucun entraînement depuis janvier.
Et pourtant, c’est une spécialité où il faut être au
top (...). Et puis en cas de contamination massive,
les CMIR seraient très vite dépassées par les
évènements”. Il faudrait même descendre jusqu’à
Avignon et Marseille pour le matériel dit “lourd” de
décontamination et de mesures de radioactivité des
personnes... le temps pour quelques bonnes âmes d’être
irradiés ou contaminés. Même le plan blanc des
hôpitaux qui permet d’accuellir un “afflux de
victimes” risque fort d’être inadapté à une telle
situation. Pour Lyon, un des plus gros centres
hospitaliers de la région, seulement cent lits
seraient disponibles.
Malgré la récente campagne d’information du public sur
les risques industriels majeurs, une chappe de plomb
pèse encore sur une grande majorité des habitants
rhonalpins. Bref, la région française la plus
suréquipée en centrales nucléaires est en situation de
pénurie inquiétante en cas d’accident.
G.L


Thèmes
Incidents / Accidents