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Revue de presse

Octobre 2015 / Développement Durable Magazine

EPR de Flamanville : "périmé" disent les antinucléaires



samedi 17 octobre 2015 Écrit par Yves Heuillard


Dans la centrale nucléaire musée de Zwentendorf Photo EGM. Licence CC BY-ND 2.0

Le décret d'autorisation de mise en service du réacteur EPR de Flamanville expirera avant que celui-ci ne soit terminé. Les antinucléaires considèrent qu'il est périmé et dangereux et appellent à tout arrêter.

Le décret d'autorisation de création du réacteur nucléaire de type EPR à Flamanville a été délivré en avril 2007. Il prévoyait que le réacteur serait mis en service dans un délai de 10 ans. Le chantier a pris tellement de retard que sa mise en service en 2017 est maintenant exclue. EDF vient donc de déposer une demande pour repousser ce délai. Cette demande pose des interrogations réglementaires (1), mais elle ne devrait pas poser de problème majeur. Mais pour les antinucléaires, « l'EPR est périmé, il faut tout arrêter ».

Notre photo d'ouverture

L'abandon d'un réacteur nucléaire neuf ne serait pas une première. La photo ci-dessus a été prise dans la centrale nucléaire autrichienne de Zwentendorf, terminée en 1977. L'autriche abandonne le nucléaire en 1978, la centrale ne sera pas mise en exploitation.

C'est un musée ouvert au public depuis 2010 et un monument à la démocratie de l'énergie.

Pour le réseau Sortir du nucléaire l'EPR est périmé dans tous les sens du terme : périmé par ce que son autorisation de mise en service, prévue très large, sera malgré tout périmée quand il sera en état de fonctionner ; périmé technologiquement ; et périmé au regard des actions nécessaires à la transition énergétique. L'association réclame l'abandon du projet et dénonce « malfaçons en cascade, cuve défectueuse et dangereuse dès sa conception, risques liés au mode de pilotage [...] menace inacceptable ».

Des tests équivoques

Du côté de l'avancement du chantier, un groupe d'experts de l'Autorité de Sûreté nucléaire a validé une méthodologie de test destinée à montrer la résistance de la cuve. On se rappelle que le gendarme du nucléaire avait fait état « d'anomalie de composition de l'acier » de la cuve, anomalie considérée comme « sérieuse, voire très sérieuse » et que le quotidien le Monde du 7 juillet 2015 se posait la question d'une possible dissimulation de ces malfaçons par le constructeur Areva.

Les tests qui découleront de la méthodologie proposée par le groupe d'experts devraient durer plusieurs mois à partir du début de l'année 2016. Mais alors que dans tout secteur industriel, les tests de résistance des matériaux se font en laboratoire et sont poussés jusqu'à la destruction des composants testés avant de les utiliser sur des ouvrages réels, là il s'agit de la cuve déjà montée dans le réacteur. La difficulté sera donc de mesurer les limites de la cuve, sans risquer de la détériorer. Pour comprendre la difficulté, nous suggérons à nos lecteurs de tester la fragilité du service à café de leur grand-mère sans prendre le risque de casser une tasse...

Aucun EPR n'a encore fonctionné

Le chantier de l'EPR accumule les problèmes depuis son démarrage, son coût de construction a été multiplié par trois à 10,5 milliards d'euros, sa mise en service est reportée à la fin de 2018. Quatre réacteurs EPR sont en cours de construction dans le monde, celui de Flamanville, celui de Olkiluoto en Finlande, et deux en Chine à Taishan. Aucun n'a encore fonctionné.. La Finlande, qui demande des dédommagements pour un retard de 10 ans, a renoncé à un deuxième réacteur.

Un projet de construction de deux EPR au Royaume-Uni, à Hinkley Point, inquiète les marchés financiers (2 et 3). Longtemps repoussé, considéré comme ruineux (33 milliards) et source d'une électricité chère (plus de deux fois le prix du marché), il pourrait faire l'objet d'un prochain accord si les Chinois acceptent de participer au financement. Ces derniers ne le feront probablement que contre la promesse de pouvoir construire un réacteur de technologie chinoise au Royaume-Uni.

Notes
1) Si celle-ci constitue une modification notable, EDF devra compter avec une nouvelle procédure d'autorisation comprenant la réalisation d'une enquête publique.
2) "Investors shun UK's £24bn Hinkley Point nuclear project". Financial Times, 23 sept. 2015
3) "Only China wants to invest in Britain's new £2bn Hinkley Point nuclear plant because no one else thinks it will work, EDF admit's". The Independant, 23 sept. 2015

 

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