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Message à toutes les personnes dans le monde qui continuent de se préoccuper du sort des habitants de Fukushima




Dix ans se sont maintenant écoulés depuis l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi. J’aimerais remercier toutes les personnes dont le soutien et les efforts pour obtenir l’abandon de l’énergie nucléaire nous ont encouragés pendant tout ce temps.



En ce moment, « Reconstruction » est le mot le plus souvent utilisé dans la zone côtière près de la centrale. Après l’inauguration d’un nouveau bâtiment administratif dans une commune dont les directives d’évacuation avaient été levées, mon regard a été attiré par la photo d’un article qui relatait cette cérémonie. « En avant ! Pas question de se retourner ! » Ce slogan était inscrit au dos du k-way que portait un membre du personnel. Choquée, j’ai senti une immense colère me submerger.

« À ce jour, aucun problème n’a été réglé ! » « Comment peut-on avancer en s’aveuglant autant sur la réalité ? » « Jusqu’à quand vont-ils se moquer ainsi des victimes en leur imposant de porter ce genre de k-way ? »

Toutes ces interrogations tournaient sans cesse dans ma tête.

Au bout de dix ans, malgré l’opposition du secteur de la pêche et des collectivités locales de Fukushima, on continue d’envisager de rejeter à la mer l’eau radioactive de la centrale. Pour la terre contaminée, après l’avoir déblayée et empilée dans des sacs, on l’enterre maintenant dans des champs pour y expérimenter la culture des légumes. Quant à la santé des enfants et des adolescents de Fukushima, malgré la multiplication des cas de cancers, des propositions sont faites pour restreindre les examens de la thyroïde, sous prétexte d’un sur-diagnostic dû au dépistage.

À Fukushima Daiichi, on a enfin fini par évaluer au niveau des couvercles des réacteurs 2 et 3, dix ans après leur fusion, la valeur astronomique de la contamination radioactive. On a aussi constaté que le calendrier du démantèlement établi par TEPCO n’était pas réaliste, et qu’à ce jour, les modalités finales ne sont même pas déterminées. Il reste encore tant de chemin à parcourir avant la fin complète du démantèlement !

Alors que la plupart des dommages causés par cet accident sont de plus en plus invisibilisés, et qu’un grand nombre de victimes se voient abandonnées à leur sort, les mesures de radioprotection ont été réduites. Tout cela désigne la volonté de masquer les responsabilités de la catastrophe nucléaire. Ainsi, dans le « Centre de mémoire de l’accident » ouvert en 2020 dans la commune de Futaba, toutes les victimes recrutées pour être des « conteurs-témoins » sont encadrées de près afin qu’elles évitent de critiquer TEPCO et le gouvernement. « La reconstruction est une obligation de l’État ». Cette phrase avait disparu cette année du projet de « Propositions pour le Plan d’avenir des communes sinistrées », rédigé par un conseil de spécialistes. Phrase qui sera réintroduite un peu plus tard à la suite de diverses protestations.

Parlons de cette « Reconstruction » de Fukushima : Le « Centre de soutien au développement du matériel médical », inauguré en 2016 avec une énorme somme prise au budget consacré à la reconstruction, affiche déjà un important déficit. Et faute de repreneur, le gouvernement a finalement décidé d’abandonner le parc éolien offshore installé au large de Fukushima depuis 2013. Dans le système en train de se construire, les entreprises qui s’étaient le plus enrichies grâce à l’industrie du nucléaire accaparent de nouveaux profits.

Est-ce donc cela que les victimes de la catastrophe appelaient de leurs vœux ?

Mais le temps n’est pas au renoncement devant cette apparente fatalité. Face à une réalité complexe, où la vérité devient de moins en moins intelligible, il y a des choses que chacune et chacun de nous doit faire dès aujourd’hui. Protéger la vie, la santé et assurer la clairvoyance des enfants qui vont œuvrer à faire exister notre Terre pour demain. Mettre en lumière la vérité et les responsabilités dans les accidents nucléaires, et transmettre aux générations à venir les leçons qui en seront tirées.

Mais remettre également en question notre mode de vie, et savoir réfléchir à une politique énergétique basée d’abord sur la sobriété. Ne pas détruire davantage l’environnement. Soutenir toutes les victimes du nucléaire civil et militaire, pour qu’elles puissent mener une vie heureuse en toute sécurité. Afin d’affronter les difficultés qui pourraient s’aggraver dans les années à venir sur toute la planète, restons unis, et appliquons-nous à accomplir, pas à pas et autant qu’il est possible avec joie et sérénité, les tâches qui nous attendent.

Fukushima, mars 2021, Ruiko MUTO, « Femmes de Fukushima contre le nucléaire », déléguée de la partie plaignante au procès pénal intenté contre les dirigeants de TEPCO.

(traduction française : yosomono-net France)

Version PDF de l’article

En ce moment, « Reconstruction » est le mot le plus souvent utilisé dans la zone côtière près de la centrale. Après l’inauguration d’un nouveau bâtiment administratif dans une commune dont les directives d’évacuation avaient été levées, mon regard a été attiré par la photo d’un article qui relatait cette cérémonie. « En avant ! Pas question de se retourner ! » Ce slogan était inscrit au dos du k-way que portait un membre du personnel. Choquée, j’ai senti une immense colère me submerger.

« À ce jour, aucun problème n’a été réglé ! » « Comment peut-on avancer en s’aveuglant autant sur la réalité ? » « Jusqu’à quand vont-ils se moquer ainsi des victimes en leur imposant de porter ce genre de k-way ? »

Toutes ces interrogations tournaient sans cesse dans ma tête.

Au bout de dix ans, malgré l’opposition du secteur de la pêche et des collectivités locales de Fukushima, on continue d’envisager de rejeter à la mer l’eau radioactive de la centrale. Pour la terre contaminée, après l’avoir déblayée et empilée dans des sacs, on l’enterre maintenant dans des champs pour y expérimenter la culture des légumes. Quant à la santé des enfants et des adolescents de Fukushima, malgré la multiplication des cas de cancers, des propositions sont faites pour restreindre les examens de la thyroïde, sous prétexte d’un sur-diagnostic dû au dépistage.

À Fukushima Daiichi, on a enfin fini par évaluer au niveau des couvercles des réacteurs 2 et 3, dix ans après leur fusion, la valeur astronomique de la contamination radioactive. On a aussi constaté que le calendrier du démantèlement établi par TEPCO n’était pas réaliste, et qu’à ce jour, les modalités finales ne sont même pas déterminées. Il reste encore tant de chemin à parcourir avant la fin complète du démantèlement !

Alors que la plupart des dommages causés par cet accident sont de plus en plus invisibilisés, et qu’un grand nombre de victimes se voient abandonnées à leur sort, les mesures de radioprotection ont été réduites. Tout cela désigne la volonté de masquer les responsabilités de la catastrophe nucléaire. Ainsi, dans le « Centre de mémoire de l’accident » ouvert en 2020 dans la commune de Futaba, toutes les victimes recrutées pour être des « conteurs-témoins » sont encadrées de près afin qu’elles évitent de critiquer TEPCO et le gouvernement. « La reconstruction est une obligation de l’État ». Cette phrase avait disparu cette année du projet de « Propositions pour le Plan d’avenir des communes sinistrées », rédigé par un conseil de spécialistes. Phrase qui sera réintroduite un peu plus tard à la suite de diverses protestations.

Parlons de cette « Reconstruction » de Fukushima : Le « Centre de soutien au développement du matériel médical », inauguré en 2016 avec une énorme somme prise au budget consacré à la reconstruction, affiche déjà un important déficit. Et faute de repreneur, le gouvernement a finalement décidé d’abandonner le parc éolien offshore installé au large de Fukushima depuis 2013. Dans le système en train de se construire, les entreprises qui s’étaient le plus enrichies grâce à l’industrie du nucléaire accaparent de nouveaux profits.

Est-ce donc cela que les victimes de la catastrophe appelaient de leurs vœux ?

Mais le temps n’est pas au renoncement devant cette apparente fatalité. Face à une réalité complexe, où la vérité devient de moins en moins intelligible, il y a des choses que chacune et chacun de nous doit faire dès aujourd’hui. Protéger la vie, la santé et assurer la clairvoyance des enfants qui vont œuvrer à faire exister notre Terre pour demain. Mettre en lumière la vérité et les responsabilités dans les accidents nucléaires, et transmettre aux générations à venir les leçons qui en seront tirées.

Mais remettre également en question notre mode de vie, et savoir réfléchir à une politique énergétique basée d’abord sur la sobriété. Ne pas détruire davantage l’environnement. Soutenir toutes les victimes du nucléaire civil et militaire, pour qu’elles puissent mener une vie heureuse en toute sécurité. Afin d’affronter les difficultés qui pourraient s’aggraver dans les années à venir sur toute la planète, restons unis, et appliquons-nous à accomplir, pas à pas et autant qu’il est possible avec joie et sérénité, les tâches qui nous attendent.

Fukushima, mars 2021, Ruiko MUTO, « Femmes de Fukushima contre le nucléaire », déléguée de la partie plaignante au procès pénal intenté contre les dirigeants de TEPCO.

(traduction française : yosomono-net France)

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