Comment
sortir du nucléaire
Le
nucléaire nest pas le seul moyen de produire de lélectricité :
il existe d'autres sources dénergies. Une sortie rapide
du nucléaire est possible.
En attendant
le plein rendement des énergies renouvelables, on peut utiliser
les autres moyens disponibles, en favorisant les plus efficaces et
les moins polluants.
- Si les centrales nucléaires devaient être fermées demain,
la France ne se retrouverait pas plongée dans lobscurité pour
autant. La soixantaine de centrales au fioul ou au charbon qui existent en
France peut pourvoir en grande partie à notre consommation, pour peu
quelles fonctionnent toute lannée. à lheure
actuelle, elles ne sont mises en marche que quelques jours pas an, pour compenser
les augmentations de consommation dues principalement au chauffage électrique.
Pour les centrales au charbon, une modernisation selon la technique du Lit
fluidisé circulant (telle quelle a été pratiqué en
Allemagne) permettrait de limiter considérablement les pollutions comme
le soufre. Ce type de centrales présente linconvénient
de produire beaucoup de CO2, ce qui en fait une solution transitoire.
Les prochains
chantiers devraient sorienter vers des centrales au gaz à cycle
combiné. Utilisée dans de nombreux pays, cette technologie
est peu polluante et très performante. Elle produit trois fois
moins de C02 que les centrales au charbon et permet des rendements
de l'ordre de 65 %, le double de celui des centrales traditionnelles.
- Des unités
de production électrique peuvent être installées
en cogénération. Le principe est de récupérer
la chaleur perdue lors de la production d'électricité et
de la réutiliser pour leau chaude ou le chauffage urbain.
On peut atteindre ainsi des rendements de lordre de 80 %. La
source dénergie peut être le gaz, le fuel, le bois
ou nimporte quel autre combustible.
-La pile à combustible
est très peu polluante. Elle utilise lhydrogène,
dont la combustion produit de l'énergie et de l'eau. Elle demande
cependant une source dénergie préalable pour produire
lhydrogène : la plupart des installations existantes sont
alimentées en gaz naturel. La micro centrale installée à Chelles
(Seine et Marne) alimente ainsi 200 foyers en électricité et
en chaleur. Encore coûteuse, cest une technologie prometteuse
en plein développement, qui mériterait de plus grands
efforts de recherche.
Fermons
les centrales inutiles.
Léquivalent
de :
* Douze réacteurs fonctionnent pour lexportation. Cette électricité est
vendue à bas prix aux pays voisins ; les déchets restent en France.
* Cinq réacteurs servent à fournir lénergie nécessaire
au propre fonctionnement de lindustrie nucléaire (auto-consommation).
Posons le problème des besoins réels en énergie.
* La maîtrise de lénergie est une étape inévitable
pour résoudre les problèmes énergétiques. Le potentiel
de lefficacité énergétique est souvent sous-estimé.
Par exemple, une campagne européenne a montré quon pouvait
réaliser dans l'habitat 50 % d'économies d'électricité à confort égal.
Généralisé dans tous les logements français, cela
représenterait la consommation de quatre à cinq réacteurs
nucléaires. Rien que la consommation inutile des appareils en veille
représente un réacteur nucléaire ! L'abandon du chauffage électrique
permettrait d'arrêter dix réacteurs.
Produisons autrement.
* En transition, il existe dautres moyens de produire de lélectricité :
centrales thermiques classiques, centrales au gaz à cycle combiné,
installations de cogénération, piles à combustibles
* à terme, les énergies renouvelables devront satisfaire tous
nos besoins. Il est urgent de se donner les moyens de développer ces
nouvelles technologies qui seront forcément les énergies de demain.
Une fin proche du danger nucléaire et de son
cortège de pollution est possible par ces modernisations. Cela
nécessite de la part de la France une volonté politique
ferme et des financements correspondants à la hauteur des enjeux.
Le vrai prix du nucléaire
Le nucléaire est compétitif uniquement
parce quil ne prend pas en compte son coût réel.
Le nucléaire a la réputation dêtre
peu coûteux. Mais cest oublier de prendre en compte ses coûts
cachés, qui sont payés par tous les Français, même
sils ne figurent pas sur la facture délectricité.
Prenons lexemple du Commissariat à lénergie atomique
(CEA). Cet organisme de recherche a bénéficié de 308 milliards
de francs de subventions publiques sur les 405 milliards de francs de budget
civil cumulé pour la période 1946-1992 (1). Le programme nucléaire
en est le principal bénéficiaire, puisquil monopolise plus
de 90 % de ces budgets de recherche, contre 1 % à 2 % pour les énergies
renouvelables (2).
Coûts inconnus. Dautre part, le coût du démantèlement
a toujours été sous-évalué par les producteurs
délectricité. De même, le coût total de la
gestion des déchets reste inconnu. Cela signifie que demain, nous et
nos descendants continuerons à payer pour les conséquences de
ces kWh nucléaires déjà consommés.
Amory Lovins est le fondateur du Rocky Mountain Institute (3), un organisme
américain de recherche et de conseil en énergie. Il estime que
le coût prohibitif du nucléaire justifie à lui seul quon
se passe de cette énergie : « Lénergie nucléaire
sest révélée beaucoup plus coûteuse que prévue
; bien plus coûteuse en réalité que tous les autres modes
de production délectricité. Les gouvernements feraient
mieux de respecter la loi du marché au lieu davantager cette technologie
aux frais du contribuable. » Selon lui, G. Bush nobtiendra pas
le soutien des financiers pour relancer le nucléaire aux états-Unis,
dans la mesure où cette industrie a déjà prouvé quelle
nétait pas rentable.
(1) « CEA, un demi-siècle de pouvoir nucléaire »,
Bruno Barrillot, Damoclès, CDRPC, Lyon.
(2) OCDE/Ademe, Energy policy in country.
(3) RMI : http://www.rmi.org
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