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Pourquoi la "réversibilité" est une escroquerie
La réversibilité est un concept commun à 30 pays nucléarisés.
D’où sort ce concept?
- La majorité des Etats nucléarisés ont lancé dès 1970/80 des programmes de recherches visant exclusivement à l'évacuation des déchets H-M-AVL. Evacuation signifiant "stockage définitif en formation géologique des déchets radioactifs à vie longue".
- Ce projet est l'objet de rejet massif l'opinion publique depuis les années 1980. Les oppositions se fondent sur : confiance non absolue envers la Science, méfiance envers les promoteurs du projet, absence d'expertise indépendante, questionnements moraux et éthiques, bon sens commun, peur des échelles de temps et de la radioactivité, responsabilité envers l'avenir, etc. Le Comité de la gestion des déchets radioactifs de l'AEN, qui regroupe 30 pays au sein de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques), a créé en 2000 le Forum sur la Confiance des Parties prenantes (FSC). Celui-ci travaille à "comprendre les attentes de la société et à s'y adapter". Les méthodes des pouvoirs publics évoluent. Ils cherchent donc à créer de la confiance autour de cette voie.
- Des stratégies se développent, la principale reposant sur l'établissement d'un "processus par étapes", ou de "mise en oeuvre graduelle des projets".
- Ce processus par étape intègre des notions clés.
La réversibilité en est une.
La réversibilité, ou l’adaptation du sens des mots, en France
En France, la Loi Bataille de 1991 * ouvrait deux options "l'étude du stockage réversible ou irréversible en couche géologique profonde" ( art. 3), dans plusieurs laboratoires souterrains.
La Loi de 2006 * n'a retenu que le (...) "choix du stockage réversible en couche géologique profonde." (art. 3).
En retenant uniquement le terme réversible, les pouvoirs publics créent un flou idéal. Comme le prône le FSC, le symbolisme est important, et parfait : (...) "la réversibilité entraîne la connotation positive d'une marge de manoeuvre et d'une liberté de choix pour les générations futures". (OCDE 2010 NEA n°6870) Le terme largement utilisé aujourd'hui de stockage réversible en couche géologique profonde sur toutes les communications de l'ANDRA et des pouvoirs publics est un tour de passe-passe sémantique. On vide le mot stockage de tout sens dénotatif pour y accoler un sens connotatif.
Là réside l’escroquerie, car le stockage, ou action de stocker des déchets HMAVL pendant des millions d’années ne sera jamais réversible !
(Préconisation du FSC/OCDE NEA n° 2010 : “Il est capital de renforcer la conscience des sens connotatifs des mots qui sont appliqués quotidiennement dans le domaine de la gestion de Déchets radioactifs” (...) )
Réversibilité ne veut pas dire récupérabilité des déchets dans le temps
Elle concerne seulement les étapes de la construction du site d'enfouissement et de son exploitation. Elle ne signifie en aucun cas la récupération des colis dans le temps, quand ceux-ci relâcheront leur radioactivité. La fermeture du centre est inéluctable, au bout de 100, voire 120 ans. On parle bien de stockage définitif.
C'est pourtant la capacité, primordiale, de récupération en cas de danger et de risque de contamination qui intéresse les gens. Au-delà des trois générations actuelles et à venir. De nombreuses associations demandaient la poursuite de l'étude du maintien en surface de ces déchets, voie abandonnée en 2006*. Au rang des arguments invoqués : les garder en surface, “sous les yeux”, pour ne pas les oublier, pour pouvoir intervenir en cas de problème...
“Nul ne doit oublier que l'objectif ultime d'un dépôt est de garantir un confinement sûr et passif des déchets à long terme et que la récupérabilité n'est qu'un objectif secondaire “(...) (AEN/OCDE 2006)
“(...) Depuis le début, la réversibilité est inscrite dans nos concepts. En revanche, ne nous voilons pas la face ! Nous le disons et le répétons : un stockage profond de déchets radioactifs ne sera vraiment sûr à long terme que dans la mesure où il sera fermé définitivement. La loi prévoit une réversibilité pendant au moins 120 ans”. (Marie Claire DUPUIS, directrice générale de l’Andra - Est républicain, 17/02/2010)
“Toutes les études de conception sont menées de façon à ce que le stockage profond puisse être réversible pendant au minimum toute la durée nécessaire pour le remplir...c'est à dire au moins 100 ans!” (ANDRA / site internet dechets-radioactifs.com)
"Même si la mise en stockage des colis de déchets s’effectue sans intention de les retirer, c’est une bonne idée a) de ne pas exclure sans raison des niveaux de récupérabilité et b) de prévoir la réversibilité." (AEN/OCDE)
La récupérabilité est impensable, ne serait-ce qu'en terme de coût
Techniquement, les galeries contenant les colis vont s'écraser au fil du temps, la roche se refermant autour d'eux. La récupérabilité (ou possibilité technique de les retirer) des colis qui fuiront un jour n'est pas compatible avec l'option de stockage définitif recherché. Elle nuirait à la sûreté prétendue, exige un haut niveau de technologie peut-être improbable dans l'avenir, aurait un coût financier énorme.
“(...) si l'option de la récupérabilité devait être indéfiniment maintenue, au gré des orientations politiques et de la perception du public, l'industrie nucléaire serait alors bien incapable d'en prévoir les coûts et donc de définir le prix de son produit”. (AEN/OCDE)
"La complexité technique et le coût de la récupération auront tendance à augmenter au fur et à mesure de la progression des étapes allant vers la fermeture du stockage". (AEN/OCDE)
La "réversibilité" des décisions sert à favoriser l'acceptabilité sociale du stockage souterrain définitif
La réversibilité devient un argument majeur pour les défenseurs de l'enfouissement des déchets nucléaires. Pour neutraliser la notion de longévité quasi infinie du stockage qui va être mis en place. Pour "rassurer" les consciences qui pèsent, pour dédouaner les acteurs politiques qui légifèrent, pour alléger l'inacceptable.
“(…) On reconnaît aussi l’importance des questions éthiques qui peuvent contribuer à gagner la confiance de la société dans la solution du stockage géologique définitif. La réversibilité est un argument éthique de poids, puisque l'évacuation dans des formations géologiques profondes ne doit pas nécessairement être considérée comme un processus totalement irréversible, interdisant tout changement ultérieur de politique.” (RÉVERSIBILITÉ DES DÉCISIONS ET RÉCUPÉRABILITÉ DES DÉCHETS/AEN 2009)
(...) La réversibilité - c'est-à-dire l'idée qu'on peut revenir en arrière fait moins peur à l'opinion publique”. (Marie-Claire DUPUIS, directrice générale de l’Andra - L'Est Républicain Meuse / 17.02.10)
"Au moment de sa construction et de son exploitation, une installation de stockage doit être acceptable aux yeux de la majeure partie du public, et plus particulièrement des populations locales. (...)“ (AEN - Décision par étapes / 3. Acceptation par les individus et la société)
Réversibilité = prise de décisions par étape, ou stratégie de morcèlement d'un "gros" morceau
C'est un dispositif élaboré pour associer toutes les couches de la société aux étapes et prises de décisions technologiques qui mènent à la fermeture définitive du site.
En créant une échelle de réversibilité, les pays tentent de faire valider étapes par étapes par la collectivité toute entière, les dispositifs techniques qui mènent à l'irréversible.
"La réversibilité est donc une méthode de travail qui reconnaît que la prise de décisions s’opère par étapes et permet d’arriver à une décision finale à partir de bases techniques et sociales saines". (AEN/OCDE)
L'ANDRA prépare l'irréversible. Conseils pour le rendre présentable, étapes par étapes
L’enfouissement définitif a trois objectifs : confiner, retarder et limiter le retour des radionucléides dans la biosphère. Aucun scientifique au monde ne peut prédire l'avenir sur une échelle de temps aussi démesurée. Il est bien prévu que la radioactivité s'échappe de la roche hôte. Dans 200, 500, 1000, 5000, 100 000, un million, dix millions etc. d’années ?
Le dossier de sûreté que présentera l'Andra en France en 2015, en préalable à sa demande de construction du site, (BURE et les trois communes voisines désignées en 2010 (Bonnet, Mandres, Ribeaucourt en Meuse) reposera sur un empilement d'arguments par pallier. Plus le temps avance, plus l'on part dans l'inconnu. Le niveau d'argumentation s’adapte en fonction de l’évolution des scénarios prévisibles. Les recommandations de vulgarisation suivantes vont bien au-delà de toutes les études menées in situ. Et cela ne rassure pas.
L’enfouissement nucléaire repose-t’il plus sur des prévisions scientifiques temporaires que sur la capacité des promoteurs de celui-ci à rendre notre génération complice de l’effroyable réalité ?
"Néanmoins, sur des échelles de temps suffisamment longues, même les matériaux ouvragés et milieux géologiques les plus stables sont soumis à des perturbations et subissent des modifications (...)" "Vu les échelles de temps et d’espace à prendre en compte dans une évaluation de la sûreté, les incertitudes (ou des lacunes dans les connaissances) sont inévitables concernant les caractéristiques et l’évolution du dépôt et de son environnement immédiat. Toutefois, toute entreprise humaine est entachée d’incertitudes et toute prise de décision doit prendre en compte cette réalité". (AEN 2006)
"Globalement, un dossier de sûreté doit optimiser les arguments en faveur de la sûreté qui sont disponibles et qui peuvent varier selon les projets et au fur et à mesure de leur avancement. Dans la présentation d’un dossier de sûreté, l’accent est mis sur les fonctions de sûreté qui devraient être les plus efficaces et pour lesquelles on dispose des arguments jugés les plus convaincants à n’importe quel moment de l’évolution du dépôt et de son environnement. Il ne faut pas hésiter à admettre les faiblesses dans l’argumentaire et les replacer dans un contexte de sûreté globale. Par exemple, au départ les colis assureront un confinement total des déchets et les arguments relatifs à la sûreté peuvent insister sur les données corroborant l’intégrité des colis pendant une certaine durée. Toutefois, quand il s’agira d’expliquer sur quoi repose cette confiance, il faudra examiner les processus et les événements susceptibles de détériorer cette fonction de confinement.
Passé un certain délai, la confiance dans le confinement total n’est plus assurée, il faut donc produire des arguments fondés, par exemple, sur la stabilité des formes de déchets, l’immobilisation géochimique et la faible circulation des eaux souterraines ainsi que la stabilité de l’environnement géologique pour montrer que les relâchements vers l’environnement humain demeurent limités, même si l’on tient compte des incertitudes dans les données et les modèles. À un horizon encore plus lointain, lorsque la stabilité de l’environnement géologique devient problématique, il est probable que les arguments mettant en avant la décroissance radioactive et la baisse concomitante des dangers potentiels des déchets devraient tenir une place plus importante. Bien qu’une évaluation de la dose ou du risque puisse encore être requise par la réglementation, une évaluation moins rigoureuse de ces indicateurs pourrait bien être acceptable compte tenu de cette diminution des dangers potentiels à des horizons extrêmement lointains. " (AEN/OCDE)
La "réversibilité" masque le vrai problème,
occulte la question essentielle du pourquoi de ces déchets.
Les pays nucléarisés ont un impératif majeur : enfouir au plus vite ces
déchets qui font tache et les mènent à l'impasse.
Les associations et le réseau "Sortir du nucléaire" posent et poseront
inlassablement la même question : faut-il continuer à produire des
déchets nucléaires ingérables et empoisonneurs d'avenir ? NON !
La sortie du nucléaire est impérative, urgente, et doit être au centre de
tous les débats politiques à venir. |
Le sens des mots (dico)
- RÉVERSIBLE : Qui peut revenir en arrière, qui peut se produire en sens inverse
- IRRÉVERSIBLE : Qui suit un processus qu'on ne peut ni enrayer ni renverser - Qu'on ne peut faire agir en sens inverse
- ANDRA : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs
* Loi n° 2006-739 du 28 juin 2006 de programme relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs publiée au Journal Officiel
du 29 juin 2006 [sur le site Légifrance]
** Débat 2005 sur la gestion des déchets nucléaires et entreposage, préalable à la loi de juin 2006:
« Lors du débat public organisé en France avant la loi de 2006 sur les déchets nucléaires de haute activité et à vie longue, deux campsse sont manifestés quant à leur gestion, comme c’est le cas dans les autres pays confrontés à ce problème. Certains prônent la solutiongéologique, d’autres l’entreposage pérennisé. Les premiers, composés essentiellement de responsables de l’administration, d’industriels,de scientifiques, pensent qu’il faut stocker ces déchets en grande profondeur et ensuite boucher le trou. Le public exprimait de son côtéla crainte de procéder à des opérations irréversibles, alors même que des phénomènes qu’on n’aurait pas imaginés pourraient se produireen sous-sol au bout de cent, deux cents, quatre cents ou mille ans.Une autre option avait donc été avancée : garder ces déchets sous surveillance, dans des centres de stockage adaptés et placés en surface.Cet “entreposage pérennisé” avait ses défenseurs, d’autant que le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) affirme qu’il est techniquementpossible de repérer d’éventuelles fuites de ces colis de déchets à haute activité et surtout de les réparer. Le Parlement françaisa opté pour la solution géologique. Des recherches en ce sens ont été confiées à l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchetsradioactifs), qui travaille à la création d’un centre de stockage profond à horizon 2025.Le Parlement a néanmoins demandé une solution de réversibilité. (...). Quinze ans plus tard, des résultats avaient été obtenus, mais jen’ai pas entendu de voix scientifique défendre fortement cette solution. Le passage des expériences menées en laboratoire à l’échelle industrielleparaît notamment très complexe. Cela dit, la loi de 2006 affirme que le CEA doit poursuivre les recherches dans cette voie. Jepense pour ma part que la solution dite de “l’entreposage pérennisé” ne doit pas être totalement écartée. Cette solution n’a pas été retenue,car elle fait peser la gestion de ces déchets sur les générations futures. Certains s’inquiétaient notamment du fait qu’on ne pourraits’assurer que leur suivi serait garanti dans l’avenir. Pour explorer cette piste, il aurait fallu mobiliser les sciences sociales et l’histoire. »
LA CROIX 08/11/2010 - Georges Mercadal Président du débat public sur les déchets nucléaires

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Enfouissement des déchets: la "réversibilité" est une escroquerie
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