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Hommages aux militants antinucléaires

Ernest Sternglass : grand adversaire du nucléaire civil et militaire

12 février 2015 |




Le 12 février 2015, Ernest Sternglass est décédé à l’âge de 91 ans. Physicien, il a joué un rôle pionnier, comme scientifique et lanceur d’alerte, dans l’étude des conséquences sanitaires des faibles doses de radioactivité. Sternglass a été pendant des décennies un pilier et un allié de la lutte contre les méfaits de l’industrie nucléaire.



Sternglass explique sa thèse liant les retombées des essais nucléaires au ralentissement, pendant la même période, de la baisse de la mortalité infantile aux États-Unis.

Encore étudiant, Sternglass postule l’existence d’un effet d’"émission secondaire d’électrons", qu’Einstein l’encourage à démontrer, ce à quoi il parvient. À partir de 1952, ingénieur employé par Westinghouse, Sternglass est un concepteur doué d’instrumentation nucléaire. Il utilise ainsi sa découverte pour concevoir la caméra amplificatrice qui permettra au monde entier d’assister aux premiers pas d’Armstrong sur la Lune en 1969.

En 1955, la britannique Alice Stewart, épidémiologiste pionnière, démontre pour la première fois que la radiographie des femmes enceintes provoque des leucémies infantiles, une découverte contestée par l’establishment nucléaire pendant 30 ans mais qui ne fait plus débat de nos jours. Alarmé, Sternglass commence en 1958 à étudier les effets des retombées des essais atomiques atmosphériques. En 1967, soucieux des effets sanitaires du nucléaire, Sternglass quitte Westinghouse et devient chercheur et professeur de radiologie à l’université de Pittsburgh, jusqu’au début des années 1990. Il joue un rôle clé dans la mise au point d’une nouvelle technique d’imagerie par rayons X, aujourd’hui banale, qui réduit nettement les doses de rayons administrées aux patients, et donc les risques de cancers induits. En 1967 toujours, l’Atomic Energy Commission (AEC, le CEA américain) organise un colloque pour "vendre" le projet Ketch, destiné à creuser à la bombe atomique un immense réservoir de stockage de gaz naturel au centre de la Pennsylvanie. Sternglass s’est invité et démonte les arguments de l’AEC, ruinant sa propagande. Les médias s’en font l’écho, et s’ensuit un mouvement d’opposition résolue qui obtient l’annulation de ce projet délirant.

En 1969, Sternglass publie une étude dans laquelle il met en lumière une corrélation étroite entre les essais atomiques au Nevada et le ralentissement marqué de la baisse de la mortalité infantile aux États-Unis entre 1951 et 1965. Il estime que les essais sur le sol américain ont entraîné la mort d’environ 375 000 enfants. Son étude déclenche immédiatement une polémique scientifique et médiatique nationale. Elle reste encore aujourd’hui des plus controversées, mais aucune autre explication crédible n’a été démontrée, et une fois l’intérêt médiatique retombé, aucun État n’a financé de recherches visant à clore la controverse...

Son étude contribue de plus à l’émergence en 1970 d’une controverse déterminante entre l’AEC et deux de ses chercheurs, Arthur Tamplin (initialement chargé de réfuter l’étude de Sternglass, sa contre- estimation de 4000 enfants tués par les retombées ne satisfait pas l’AEC, qui tente de la censurer) et son directeur, l’éminent John Gofman, physicien nucléaire co-découvreur de l’uranium 233 et docteur en médecine pionnier de la recherche sur le cholestérol. Gofman devient un lanceur d’alerte redoutable et joue un rôle crucial dans la réduction drastique des normes réglementaires internationales d’exposition à la radioactivité.

Par la suite, Sternglass révèle les émissions radioactives dissimulées du réacteur nucléaire de Shippingport, puis la corrélation plus générale entre diverses pathologies, notamment chez l’enfant, et la proximité des installations nucléaires. Son livre Low level radiation (1972), préfacé par le Prix Nobel de médecine George Wald, et sa ré-édition augmentée après l’accident de Three- Mile Island, Secret fallout (1981), lèvent largement le voile sur les impacts sanitaires du nucléaire. Au fil des années, il témoigne à de nombreuses reprises en justice et devant diverses institutions. Sternglass co-fonde en 1985, et co-dirige jusqu’à sa mort, l’ONG Radiation and Public Health Project (RPHP, voir son site http://radiation.org), qui publie régulièrement des études indépendantes sur les effets sanitaires des radiations, notamment sous la plume de l’épidémiologue Joseph Mangano et de la toxicologue Jeannette Sherman.

Xavier Rabilloud

Sternglass explique sa thèse liant les retombées des essais nucléaires au ralentissement, pendant la même période, de la baisse de la mortalité infantile aux États-Unis.

Encore étudiant, Sternglass postule l’existence d’un effet d’"émission secondaire d’électrons", qu’Einstein l’encourage à démontrer, ce à quoi il parvient. À partir de 1952, ingénieur employé par Westinghouse, Sternglass est un concepteur doué d’instrumentation nucléaire. Il utilise ainsi sa découverte pour concevoir la caméra amplificatrice qui permettra au monde entier d’assister aux premiers pas d’Armstrong sur la Lune en 1969.

En 1955, la britannique Alice Stewart, épidémiologiste pionnière, démontre pour la première fois que la radiographie des femmes enceintes provoque des leucémies infantiles, une découverte contestée par l’establishment nucléaire pendant 30 ans mais qui ne fait plus débat de nos jours. Alarmé, Sternglass commence en 1958 à étudier les effets des retombées des essais atomiques atmosphériques. En 1967, soucieux des effets sanitaires du nucléaire, Sternglass quitte Westinghouse et devient chercheur et professeur de radiologie à l’université de Pittsburgh, jusqu’au début des années 1990. Il joue un rôle clé dans la mise au point d’une nouvelle technique d’imagerie par rayons X, aujourd’hui banale, qui réduit nettement les doses de rayons administrées aux patients, et donc les risques de cancers induits. En 1967 toujours, l’Atomic Energy Commission (AEC, le CEA américain) organise un colloque pour "vendre" le projet Ketch, destiné à creuser à la bombe atomique un immense réservoir de stockage de gaz naturel au centre de la Pennsylvanie. Sternglass s’est invité et démonte les arguments de l’AEC, ruinant sa propagande. Les médias s’en font l’écho, et s’ensuit un mouvement d’opposition résolue qui obtient l’annulation de ce projet délirant.

En 1969, Sternglass publie une étude dans laquelle il met en lumière une corrélation étroite entre les essais atomiques au Nevada et le ralentissement marqué de la baisse de la mortalité infantile aux États-Unis entre 1951 et 1965. Il estime que les essais sur le sol américain ont entraîné la mort d’environ 375 000 enfants. Son étude déclenche immédiatement une polémique scientifique et médiatique nationale. Elle reste encore aujourd’hui des plus controversées, mais aucune autre explication crédible n’a été démontrée, et une fois l’intérêt médiatique retombé, aucun État n’a financé de recherches visant à clore la controverse...

Son étude contribue de plus à l’émergence en 1970 d’une controverse déterminante entre l’AEC et deux de ses chercheurs, Arthur Tamplin (initialement chargé de réfuter l’étude de Sternglass, sa contre- estimation de 4000 enfants tués par les retombées ne satisfait pas l’AEC, qui tente de la censurer) et son directeur, l’éminent John Gofman, physicien nucléaire co-découvreur de l’uranium 233 et docteur en médecine pionnier de la recherche sur le cholestérol. Gofman devient un lanceur d’alerte redoutable et joue un rôle crucial dans la réduction drastique des normes réglementaires internationales d’exposition à la radioactivité.

Par la suite, Sternglass révèle les émissions radioactives dissimulées du réacteur nucléaire de Shippingport, puis la corrélation plus générale entre diverses pathologies, notamment chez l’enfant, et la proximité des installations nucléaires. Son livre Low level radiation (1972), préfacé par le Prix Nobel de médecine George Wald, et sa ré-édition augmentée après l’accident de Three- Mile Island, Secret fallout (1981), lèvent largement le voile sur les impacts sanitaires du nucléaire. Au fil des années, il témoigne à de nombreuses reprises en justice et devant diverses institutions. Sternglass co-fonde en 1985, et co-dirige jusqu’à sa mort, l’ONG Radiation and Public Health Project (RPHP, voir son site http://radiation.org), qui publie régulièrement des études indépendantes sur les effets sanitaires des radiations, notamment sous la plume de l’épidémiologue Joseph Mangano et de la toxicologue Jeannette Sherman.

Xavier Rabilloud