23/07/2004 : Libération La nouvelle majorité se divise sur l'implantation de l'EPR dans la Drôme.
En Rhône-Alpes, le nucléaire court-circuite l'union à gauche
Libération - vendredi 23 juillet 2004 - Par Olivier Bertrand
Lyon de notre correspondant
En Rhône-Alpes, il aura fallu le nucléaire pour redonner un peu d'énergie à
la droite. Les régionales l'avaient laissée défaite, dispersée. Après une
campagne conduite dans l'union, UDF et UMP étaient reparties chacune de son
côté. Les deux formations se sont retrouvées pour défendre l'implantation
d'un nouveau réacteur nucléaire dans la centrale du Tricastin, au sud de la
Drôme. Du coup, ce dossier monopolise l'actualité politique en Rhône-Alpes.
Et secoue la nouvelle majorité de gauche menée par le président PS de la
région, Jean-Jack Queyranne. Opposé au projet, celui-ci se retrouve accusé
de céder à l'influence des élus verts, quand les communistes et certains
socialistes militent, eux, pour l'arrivée de ce réacteur.
Promesse. EDF s'apprête en effet à installer en France le premier EPR
(European Pressurized Reactor). Pour ce prototype, qui doit renouveler les
centrales du pays, trois régions s'étaient portées candidates : Rhône-Alpes,
Nord-Pas-de-Calais et Haute-Normandie. L'investissement (3,5 milliards
d'euros) garantirait 5 000 à 10 000 emplois pendant les dix ans de la
construction. Mais, entre les deux tours des régionales, le PS et les Verts
ont annoncé que, s'ils étaient élus, la région n'y serait plus candidate. Et
Queyranne a confirmé la promesse en s'installant dans le fauteuil de
président. Depuis, les réactions débordent nettement les clivages habituels.
Le 7 juillet, une délégation a rencontré François Roussely, président d'EDF,
pour défendre l'implantation de l'EPR dans la Drôme. Dans ses rangs, des
représentants des organisations patronales, tous les parlementaires de la
Drôme et de l'Ardèche (droite et gauche confondues), mais aussi les
principaux syndicats de salariés : CFDT, CGT, FO, CGC, etc.
Queyranne continue d'estimer qu'il n'y a «pas d'urgence à prendre une
décision». La limite de durée de vie de la centrale du Tricastin ne sera
atteinte qu'à partir de 2019, rappelle-t-il, et «le procédé actuel produit
encore beaucoup de déchets». Selon l'ex-ministre du gouvernement Jospin, il
vaut mieux attendre «le réacteur de la quatrième génération». Et il juge
plus judicieux d'essayer l'EPR en bord de mer, pour un meilleur
refroidissement : «L'année dernière, on a frôlé la limite d'arrêt à cause du
réchauffement du Rhône, où sont concentrées les centrales.»
Robert Paris, président régional du Medef, estime au contraire qu'il faut
justement tester l'EPR là. «80 % des centrales françaises fonctionnent en
bord de fleuves, dit-il. Il faudra bien les renouveler. On ne va pas toutes
les démonter pour les installer en bord de mer. Du reste, au niveau du
Tricastin, le Rhône est particulièrement froid grâce aux eaux de la Drôme et
de l'Isère. Même la canicule l'an passé n'a pas entraîné de baisse de la
capacité.» Thierry Cornillet, élu de la Drôme, député européen et président
du groupe UDF au conseil régional, ajoute qu'il faut plus de dix ans pour
mener à bien un projet de ce type. «Or il faudra que le nouveau réacteur
fonctionne avant que l'actuel atteigne sa limite de vie.» Mais il refuse de
s'aventurer plus avant dans les détails techniques. Pour lui, la position de
Queyranne est avant tout «dictée par une préoccupation politicienne : il est
obligé de faire des risettes aux Verts». Robert Paris ajoute que le
président socialiste «est ficelé par l'accord qu'il a signé avec les
écologistes entre les deux tours». Aux régionales, les Verts avaient imposé
des primaires en concourant au premier tour sur une liste autonome. Après
avoir dépassé 10 % des voix, ils ont fait monter les enchères, et les
discussions pour fusionner furent serrées entre les deux tours avant d'être
finalement couronnées de succès. Queyranne se défend en rappelant que, sur
l'EPR, la position du PS avait été arrêtée plus tôt. Dès novembre 2003, le
programme proposait d'attendre de nouvelles expertises et de demander au
besoin un allongement de la durée de vie des réacteurs actuels.
Bec et ongles. Si la région n'est donc plus candidate, les partisans de
l'EPR ne lâchent pas le morceau pour autant. Le 1er juillet, au conseil
régional, l'UMP a déposé un voeu favorable à son implantation en
Rhône-Alpes. L'UDF a défendu le dossier et le PCF a joint ses voix à celles
de la droite. Le voeu n'a été repoussé que d'une courte voix (79 contre 78).
Et encore, Jean Besson, conseiller régional et sénateur PS de la Drôme,
avait préféré s'éclipser, laissant pouvoir à ses camarades qui ont voté
contre. Dans son département, le parlementaire socialiste défend bec et
ongles l'installation de l'EPR.
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